Le groupe viticole bourguignon Labruyère cherche à reprendre l’ensemble des activités de Raphaël Michel. Ce spécialiste du négoce de vin en vrac de la vallée du Rhône rencontre de graves difficultés.
Raphaël Michel revendiquait en 2017 la première place en tant que négociant de vins en vrac de la vallée du Rhône. Mais depuis juin 2017, le groupe situé dans le Vaucluse est mis en examen, tout comme son dirigeant Guillaume Ryckwaert, pour tromperie et escroquerie. La fraude porte sur près de 450 000 hl constatés sur trois ans de vins sans indication géographique vendus sous des appellations parfois prestigieuses de la vallée du Rhône. Soit 10 % des volumes ! Aujourd’hui, le passif de ce groupe atteint 38 M€.
Reprise sous contrôle judiciaire
Intéressé par une reprise, le groupe Labruyère, dans le cadre d’une action encadrée par l’administrateur judiciaire, négocie avec les banques (13,2 M€ de passif) ainsi qu’avec l’ensemble des apporteurs de vrac et de vendanges, une solution de paiement contre un engagement d’apports de vins et raisins sur le moyen terme. Mais le repreneur potentiel, basé à Mâcon, ne souhaite pas hériter de la mise en examen de la société. D’où le montage mis en place par le nouveau p.-d.g. de Raphaël Michel, Alexandre Desroches. La société mise en examen compte transférer 90 % de ses actions sur sa filiale à 100 % de vinification Dolia. Cette entreprise basée à Visan (Vaucluse), actuellement en redressement judiciaire, prendrait en contrepartie l’actif et le passif du groupe estimé à 28,4 M€ dont une amende de 3,1 M€, ainsi que les 22 salariés.
Montage juridique
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le traité d’apport partiel d’actifs entre Raphaël Michel et Dolia reste suspendu à une ultime décision des actionnaires avant le 31 juillet. D’ici là, la direction des deux sociétés sollicite une audience au tribunal de commerce de Montpellier, avant les vacances judiciaires et surtout avant les vendanges. Reste à l’institution judiciaire à mobiliser des juges bénévoles en plein mois de juillet, ce qui n’est toujours pas fait.
Pour Sébastien Bouvet-Labruyère, chargé du dossier, « cette entreprise dispose d’un bon modèle économique, sur un bon marché avec les bonnes certifications ». Pourtant, Raphaël Michel est passé d’un chiffre d’affaires de 56 M€ (12 mois) à 4,6 M€ (6 mois) et celui de Dolia de 4,5 M€ à 0,6 M€. Dans le même temps, les pertes se sont aggravées à 12,5 M€ pour Raphaël Michel sur 18 mois et 1,1 M€ pour Dolia sur la même période.
Important vignoble
Raphaël Michel possède 56 ha de vigne à Suze-la-Rousse (Drôme), 5 ha au Cannet-des-Maures (Var), 25 ha à la Garde-Freinet (Var), 22 ha à Valréas (Vaucluse), 1,3 ha à Cavanac, 28,5 ha à Couffoulens, 30 ha à Aragon (trois communes de l'Aude) couverts par des nantissements bancaires : 6,4 M€ d’immobilisations nettes sur le site de Piolenc (Vaucluse), 1,5 M€ de participations dans une entreprise viticole chilienne, 0,6 M€ dans la maison de négoce Claude Nicolas à Bordeaux… Contre 28,4 M€ de reprise du passif, ces actifs pourraient intéresser Labruyère qui investit, depuis 1850, dans les meilleurs vignobles du Beaujolais, de Bourgogne, de Champagne et du Bordelais.