En raison de la crise, la Russie a opté pour la mise en place d’une nouvelle taxe sur les importations de matériels agricoles. S’il est vaste et prometteur, le marché russe reste difficile d’accès pour les fabricants européens.
«Ce n’est pas normal que nous importions autant de machines agricoles et notamment de moissonneuses-batteuses », a déploré Konstantin Babkin, président de Soyuzagromash (union russe des fabricants de machines et d’équipement agricoles), lors de la journée de la Russie organisée par le Sima (Salon international du machinisme agricole) à Villepinte le 23 février. Dans le contexte économique actuel difficile, les fabricants russes n’arrivent pas à écouler leurs marchandises. En visite le 18 décembre dans une usine de la région de Lipetsk, financée grâce à un partenariat avec l’entreprise d’état Rosagroleasing, Vladimir Poutine a constaté que le quart de la production annuelle était encore en stock.
Taxe temporaire de 15 % sur les importations
Conscient des difficultés du secteur, le Premier ministre russe n’a pas oublié les fabricants de matériel agricole dans la boîte à outils « anti-crise » présentée en tout début d’année. Trois mesures sont prévues en leur faveur : un dispositif pour réduire les taux d’intérêts pratiqués pour le rééquipement des fermes, 25 milliards de roubles d’investissement dans le capital de Rosagroleasing pour l’aider à se procurer du matériel… Et une taxe temporaire de 15 % sur le matériel importé. « Ce n’est pas une mesure de protectionnisme », a expliqué Konstantin Babkin, mais plutôt « un rééquilibrage » permettant de compenser les dommages causés par les taxes similaires mises en place chez les voisins de la Russie. Ce que contestent les importateurs européens, pour qui l’accès au marché se révèle particulièrement compliqué.
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Des « modes de coopération » à trouver
Présent depuis dix ans en Russie via un réseau d’importateurs, le fabricant alsacien Kuhn a créé en 2008 sa filiale, Kuhn Vostok. Pour Nicolas Raimbault, responsable de la filiale, le grand défi va consister « à maîtriser la logistique et la fourniture de pièces de rechange ». « Nous pouvons envoyer sous 48 heures une pièce à la frontière russe, mais là, nous rencontrons des problèmes de douanes », a-t-il expliqué le 23 février. Les retards qui s’ensuivent peuvent prendre jusqu’à 10 jours. Le groupe compte avoir un stock sur place pour améliorer le service, ce qui va prendre un peu de temps à mettre en place. Pour Ivan Prostakov, représentant commercial de la fédération de Russie, importateurs de matériel et fabricants russes doivent « rechercher des modes de coopération », leurs « intérêts mutuels » devant les aider « à surmonter les barrières ».
Machines contre blé ?
Beaucoup reste à faire, en tout cas. Directeur des ventes chez Lemken, Franz-Georg Busse s’est par exemple plaint des difficultés à faire venir ses machines dans des manifestations comme Agrosalon, initié en 2008. « Notre position n’est pas de bloquer le marché, mais nous insistons sur des conditions de compétition égales », a précisé le président de Soyuzagromash. Ce qui pourrait éventuellement passer par un meilleur accès des blés russes au marché européen, selon ce qu’a évoqué le responsable. A bon entendeur...