Fluctuation des prix des matières premières, émeutes de la faim, crise financière… Face à une situation économique et sociale de plus en plus chaotique, les Etats africains – réunis à Paris dans le cadre d’une conférence sur la politique agricole sur le continent noir – ont affirmé la nécessité de réinvestir le champ de l’économie agricole. Avec un maître mot : réguler.
L’Afrique va devoir faire face dans les années à venir à deux défis cruciaux : la croissance démographique et le changement climatique. Ce constat, c’est Abdulai Jalloh, représentant du Conseil ouest- et centre-africain pour la recherche et le développement agricoles (Coraf), qui le dresse. La population africaine pourrait en effet passer de 290 millions d’habitants – actuellement – à 335 millions en 2020, pour dépasser les 400 millions après 2030. Alors qu’en 2000, 40% de la population africaine habitaient en ville, le taux pourrait passer à 60% d’ici 2030. En outre, la dépendance de l’Afrique aux importations ne cesse de croître. « Les céréales importées ont connu les hausses les plus fortes » explique Eric Hazard de l’organisation non-gouvernementale Oxfam International. Le coût des importations de céréales, lait et viandes a été multiplié par deux entre 1994 et 2004, ajoute-t-il. « Il s’agit d’une tendance lourde ».
Professionnaliser les organisations paysannes
Pour Abdulai Jalloh (Coraf), il faut, au cours des deux prochaines décennies, « accroître la production agricole au même taux que la population, augmenter la commercialisation de ces produits et fournir un revenu décent à un nombre croissant d’actifs agricoles. Et pour ce faire, le modèle de croissance antérieure ne peut être reproduit. Il faut donc un nouveau modèle qui permette d’augmenter les rendements et les capitaux, ralentir la déforestation et que les petits producteurs puissent faire face au changement climatique. Il faut à la fois un système productif, durable et équitable », indique-t-il. « Mais attention, l’Afrique représente une mosaïque de zones agro-écologiques. L’intensification n’est pas possible partout. Au Sahel, par exemple la terre est très fragile ; il n’y est pas possible d’avoir plus de bétail ». Eric Hazard attire également l’attention sur la place de l’exploitation agricole familiale : « Il s’agit de la base de production la plus répandue et elle accueille plus de 60% de la population ; il faut le prendre en compte. C’est une bombe sociale à retardement si on ne le fait pas », avertit-il. Le porte-parole de l’ONG appelle à mettre en place des politqiues agricoles nationales, un dispositif de protection commerciale, et à renforcer les investissements dans l’adaptation au changement climatique « en s’inspirant du savoir-faire paysan ».
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« La main visible de l’Etat est une condition du développement », indique à son tour M. Loco, représentant du Fonds international de développement agricole (FIDA), une institution spécialisée des Nations unies. Elle doit s’accompagner, à ses yeux, d’une professionnalisation des organisations paysannes et de la mise en place d’une politique de financement adaptée aux besoins. « Il n’y a rien entre le micro-crédit et les grandes banques », déplore-t-il. Nango Dembelé, professeur à la Michigan State University, confirme qu’il existe désormais un consensus dans la plupart des Etats africains sur la nécessité d’une intervention de l’Etat pour réguler les marchés agricoles. Le débat reste toutefois ouvert sur les instruments à mobiliser. Quel rôle pour le secteur privé ?, s’interroge-t-il. Et attention aux actions purement nationales, met-il en garde.
S’exprimant au nom du ministère français de l’Agriculture, Stéphane Le Moing a invité les représentants des Etats africains à se pencher sur l’expérience européenne dont ils pourraient tirer profit en terme de régulation des marchés. Une régulation qui, insiste-t-il, n’a de sens que dans le cadre d’une politique agricole de long terme.