« Engagée dans la transformation agroécologique », l’AGPB a souligné le 20 août comment les céréaliers se sentent « incompris » face à un pouvoir qui « change les règles du jeu tout le temps ».
« Il faut que le gouvernement arrête les tergiversations, de changer de stratégie, la réglementation tous les quatre matins », a déclaré le président de l’AGPB (céréaliers), Éric Thirouin, lors d’une conférence de presse le 20 août. Et d’expliquer que l’AGPB entame un chantier, pour les « deux-trois ans » à venir, sur la certification HVE (Haute valeur environnementale) de niveau 2 des 250 000 exploitants céréaliers. Or, en parallèle, le contexte réglementaire se durcit avec un projet de ZNT (zone de non-traitement) dans le cadre de la protection des riverains vis-à-vis des pesticides. La loi Agriculture et alimentation prévoit déjà, à compter du 1er janvier 2020, la mise en place de chartes d’engagement, après concertation avec les riverains, argue l’AGPB.
« Pour arriver à réduire l’usage des phytos et rentrer dans la dynamique d’agroécologie, on a besoin d’investissement, d’innovation », a poursuivi Éric Thirouin. L’AGPB attend le soutien du gouvernement, notamment dans la recherche et en particulier sur les NBT (nouvelles techniques de sélection), qui permettent d’obtenir des variétés plus résistantes aux maladies. « Au lieu de nous aider […], avec la dernière loi de finances il y a eu mise en place d’une redevance pour pollutions diffuses » (RPD). D’après lui, cette RPD a été augmentée.
Un autre reproche au gouvernement concerne les récents accords de libre-échange (Ceta et Mercosur). Avant d’ouvrir les frontières, il faudrait que les céréaliers puissent lutter à armes égales avec leurs concurrents, juge-t-on à l’AGPB. Le syndicat craint de voir le marché intérieur « inondé de produits qui ne respectent pas les normes françaises », notamment l’interdiction de traitement à l’atrazine ou au 2,4-D.
Une récolte abondante, mais faible en prix
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Sur le front de la récolte, l’AGPB parle de très bons volumes en 2019, à l’exception de l’Auvergne, fortement touchée par la sécheresse, mais voit avec inquiétude les cours reculer. La moisson est « exceptionnelle » avec plus de 38 Mt de blé tendre (en hausse de 12 % sur un an), un chiffre « probablement en deçà de la réalité », selon Éric Thirouin. « Mais il y a une grosse inquiétude, car les prix ont dévissé de plus de 10 € en 15 jours », a déclaré le président du syndicat. Alors que l’année dernière à la même époque, sécheresse et canicule faisaient flamber les prix mondiaux, le marché affiche ces derniers jours 30-40 €/t de moins par rapport à 2018. Une tendance liée aux bonnes récoltes dans le monde.
Conséquence, l’espoir d’une amélioration du revenu s’envole. L’AGPB table sur un revenu moyen des céréaliers à 17 500 € sur 12 mois (avant impôts et après cotisations sociales), « soit moins que le salaire minimum », et il pourrait encore reculer si les prix continuent à baisser, a prévenu Éric Thirouin. De plus, le tableau général ne doit pas cacher la situation de certaines régions. Les agriculteurs de la plaine de la Limagne notamment (à proximité de Clermont-Ferrand) « ont connu une sécheresse en continu depuis décembre » et l’Auvergne enregistre une récolte « désastreuse en termes de rendement », selon lui. La canicule a également causé des incendies dans des champs à travers la France, mais le syndicat n’était pas encore en mesure d’évaluer les dégâts à la mi-août. Face à de tels aléas, l’AGPB réitère sa demande d’une meilleure assurance climatique. « On demande que l’État français applique la franchise » réduite comme le permet Bruxelles, a insisté Éric Thirouin : le règlement européen Omnibus permet d’abaisser le seuil de déclenchement de 30 % à 20 %.
« Que le gouvernement arrête de changer la réglementation tous les quatre matins »