Coton, lin, soie : oui, mais pas seulement. A Milan, l'exposition Textifood, présentée le 30 avril à la presse, a révélé d'étonnants autres moyens de fabriquer du tissu : café, lait ou encore agrumes !
L 'EXPOSITION Textifood, développée par Lille3000 et inaugurée à Milan le 30 avril, commence par la présentation de deux robes haute couture… réalisées en soja et en baobab ! Si le début de l'expo semble surréaliste, les techniques et technologies utilisées pour confectionner de tels vêtements ne le sont pas. Les « textiles innovants » prennent leur envol. Nombre de productions agricoles et d'aliments peuvent servir à fabriquer des fibres. « Avec le marc de café, il est possible de fabriquer une fibre qui absorbe les odeurs et résiste aux UV », commente Caroline David, commissaire de l'exposition, en désignant un pull-over à capuche, à première vue des plus ordinaires. L'exposition regorge de produits textiles fabriqués à partir de productions alimentaires. Il y a les fibres dites « naturelles » qui sont fabriquées sans transformation chimique. On peut citer le lin, le coton, mais aussi le baobab, l'ananas, les orties et le riz ! Puis, il y a les fibres dites « artificielles » à différencier des fibres « synthétiques ». Ces dernières sont fabriquées à partir de pétrole. Les fibres artificielles, elles, sont obtenues « par le traitement chimique d'une matière naturelle » (ex : soja, agrumes, café, lait). La distinction fonctionne en admettant que le pétrole n'est pas considéré comme une matière naturelle, précise Caroline David.
« En France, le monde du textile n'est pas mort »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Certaines de ces nouvelles fibres sont déjà utilisées par les industriels. « En France, le monde du textile n'est pas mort », assure Caroline David. Selon le ministère de l'Economie, l'industrie du textile innovant a le vent en poupe : « La part des textiles techniques dans la consommation mondiale de fibres est passée de 7% en 1980 à 33% en 2012 ». Une aubaine pour la France et l'Allemagne, qui sont « très avancés dans l'innovation », selon Caroline David. D'autant plus que « depuis les années 80, l'industrie du textile subit un déclin constant », lit-on dans une étude du ministère des Finances publiée en 2000, soulignant la perte de 300 000 emplois en 20 ans. Avec les tissus « intelligents », une nouvelle ère du textile se dessine. Le ministère de l'Économie qualifie le textile de « filière d'avenir » dans son plan « la nouvelle France industrielle » qui met en exergue 34 filières industrielles françaises d'avenir.
Certaines des fibres intelligentes sont encore des prototypes. Caroline David rappelle que, sur le marché, elles sont minoritaires par rapport à la fibre synthétique. Mais d'autres sont déjà commercialisées. « La fibre artificielle va gagner sur le synthétique », assure-t-elle. C'est le cas des fibres fabriquées à partir de la bagasse de la canne à sucre qui sont déjà commercialisées. Ces fibres ont un effet rafraîchissant. Les industriels l'utilisent pour la confection de T-shirt de sport. Rien ne semble arrêter les industriels. D'autant plus que la concurrence avec la fonction alimentaire de l'agriculture ne semble pas poser de problème. « Beaucoup de gens cherchent à recycler la paille de riz », prend pour exemple Caroline David.