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Asie L’agriculture chinoise aux prises avec une pollution record

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L’état des eaux et sols chinois est plus que préoccupant. C’est ce que montre le premier Recensement national des sources de pollution publié le 9 février. Il comptabilise 5,9 millions de sources de pollution dont 2,9 millions d’origine agricole. Le constat est effrayant dans un pays qui utilise 40% d’intrants en plus que ce qui serait nécessaire et qui compte 800 millions de ruraux. Le gouvernement se donne un an pour mettre en place des mesures pour tenter de contrecarrer ces pollutions qui, à terme, ralentiront les rendements de production agricole et constitueront un problème de santé publique.

La Chine enregistre des taux de pollutions incroyablement élevés, c’est ce que révèle le premier recensement national des sources de pollution. Au centre du problème se trouve le secteur agricole, responsable de 2,9 millions sources de pollution. La Chine devrait réduire d’au moins 50% sa consommation d’intrants pour endiguer le problème qui mine le pays, en particulier ses ressources en eaux. La Chine devient victime de son développement économique trop rapide et le gouvernement doit agir pour prouver que le pays est en mesure d’équilibrer développement économique et protection de l’environnement.
Les résultats de ce recensement ont été communiqués par le ministère chinois de la Protection de l’environnement, le 9 février 2010. Cette évaluation a été menée au cours des deux dernières années, et a mobilisé plus de 570 000 employés et 737 millions de yuans. 5,9 millions de sources de pollutions ont été identifiées et regroupées en quatre grandes catégories : les sources de pollution industrielles, agricoles, ménagères et les installations de dépollution concentrées. En 2007, une étude avait déjà tenté de faire le point, mais avait donné un résultat deux fois moins important que la réalité car elle ne prenait pas en compte les conséquences liées à l’agriculture.

Un rapport accablant publié au début de l’année
Un rapport mené par l’université de Renmin et Greenpeace Chine publié le 14 janvier dernier avait soulevé la prégnance des questions relatives aux pollutions agricoles et la nécessité de leur résolution. Il révélait que le pays utilise 40% d’engrais de plus que nécessaire ce qui représentait près de 10 millions de tonnes de déchets par an. Le recensement confirme un tel constat et montre que les principaux polluants identifiés sont les phosphatés et les nitrates, provenant des exploitations agricoles. Il comptabilise 284 700 tonnes de phosphore et 2 7046 millions de tonnes d’azote provenant de ce secteur. Les principales sources de pollutions agricoles sont l’élevage de bétail et de volaille, pratiqués de manière intensive. Le recensement montre aussi que ces pollutions se concentrent dans des secteurs d’activité restreints et dans des régions isolées. Cependant, comme l’a indiqué Wang lianyang, inspecteur du département de la science, de la technologie et de l’éducation du ministère chinois de l’Agriculture, 30,5 millions de digesteurs ont été construits dans les fermes d’élevage jusqu’à la fin 2008. Le projet pilote « projet de propreté » mené dans 1 100 villages chinois a permis de traiter 90% des principaux polluants. Cette mesure est d’une grande simplicité et requiert un faible investissement.

85% des lacs chinois sont pollués
Ce recensement révèle que la pollution de l’eau est principalement due aux déchets agricoles qui sont la cause de 43% des rejets de la demande chimique en oxygène (DCO), indicateur principal de pollution des eaux. Près de 30 millions de tonnes de DCO auraient été rejetées en 2007 par le secteur comme l’a indiqué Zhang Lijun, vice-ministre de la Protection de l’environnement. Le problème de l’accès à l’eau devient pressant puisqu’en Chine, on dénombre près de 200 millions de personnes qui n’ont pas accès à une eau potable saine. En 2005, le ministre de la Protection de l’Environnement Zhou Shengxian avait annoncé que « la moitié des villes chinoises ont leurs nappes phréatiques polluées ». Actuellement, 26% de l’eau de surface est inutilisable et 90% des cours d’eau traversant les villes sont pollués. De plus, 85% des lacs chinois ont atteint le seuil de pollution grave des éléments nutritifs. L’une des conséquences immédiates est la prolifération d’algues bleu-vert qui sont la cause de la multiplication des méduses qui perturbent la pêche en mer de Chine. En 2006, les estuaires des rivières Yangtze et Des perles avaient été déclarés « zones mortes » par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. À l’été 2007, le gouvernement chinois avait débloqué 100 millions de yuans pour nettoyer le lac Tai dans la province du Jiangsu.

Une menace pour l’agriculture et la santé des populations
Ces pollutions menacent l’agriculture elle-même et la sécurité alimentaire du pays puisque d’ici 20 à 50 ans, les productions de riz et de maïs chuteront de manière significative, du fait du réchauffement climatique et de la pollution des sols qui les rend infertiles. La production totale de nourriture va décroître de 14 à 23% d’ici 2050, selon le rapport résumant les études scientifiques sur l’impact environnemental de l’agriculture en Chine publié en novembre 2009 par Greenpeace Chine. Il s’agit également d’un enjeu de santé publique puisque les risques de cancers, maladies neurologiques et de la baisse de la fertilité sont réels. Des conséquences qui pourraient peser sur la démographie de ce pays en plein essor économique.

Un an pour mettre en place des mesures
Grâce à ce premier recensement, la Chine prend la mesure du problème et se donne un an pour mettre sur pied son douzième plan quinquennal. Cela est nécessaire quand on sait que le pays compte 800 millions de ruraux et que l’utilisation d’engrais augmente de 2 millions de tonnes chaque année, plaçant le pays au premier rang des plus gros pays utilisateurs de fertilisants. Actuellement, 1,33 million d’hectares agricoles sont gravement affectés par ces pollutions. Pour Zhang Lijun, vice-ministre de la Protection de l’environnement, la prévention et le contrôle de la pollution d’origine agricole sont donc des priorités. Il a souligné que des mesures destinées à réduire le rejet de déchets en zones rurales mais aussi à améliorer la qualité des intrants seront prises. Cette décision s’inscrit dans la volonté d’équilibrer développement économique et protection de l’environnement.

Former les agriculteurs et réduire la dépendance aux intrants
Pour André Villalonga, travaillant au sein du service pour la science et la technologie à l’ambassade de France à Pékin, « le meilleur moyen d’endiguer la montée des pollutions d’origine agricole est la formation des agriculteurs ». Cependant, il souligne que « le taux d’accompagnement des paysans par un encadrement technique public est de 200 à 300 fois plus faible qu’en France ». Il rajoute que ce sont certainement les questions de santé publique qui feront avancer les choses, « sujet très sensible ». Parallèlement, la Chine devra trouver le moyen d’améliorer la qualité de ses intrants, mais aussi de réduire leur utilisation à long terme. Zhang Lijun a fait part de son optimisme puisqu’il souligne que les pollutions de l’air et de l’eau ont déjà commencé à décroître et que concernant les autres, le pic devrait être atteint lorsque le PIB par habitant sera de 3,000 dollars. Plusieurs ministères évoquent aussi la possibilité de créer une taxe environnementale. Reste à connaître les modalités de son application pour savoir si elle sera réellement efficace.

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