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Economie circulaire « L’agriculture est la référence… Mais quelle agriculture ? »

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François-Michel Lambert, député Europe Ecologie-Les Verts des Bouches-du-Rhône est président de l’Institut de l’économie circulaire, créée en février 2013, qui promeut le concept en France. Pour lui, l’agriculture fait partie de ce nouveau paradigme. À condition de savoir créer, selon les territoires, les filières adaptées, et de créer les dynamiques locales nécessaires. Explications.

Recyclage des déjections animales en agriculture, des co-produits dans les filières agroalimentaires et chimie verte… L’agriculture « fait » déjà de l’économie circulaire. Passer à une agriculture plus « circulaire » qu’est-ce que cela implique ?
F.-M. L. : Il y a un changement de mode de pensée à poursuivre, pour que les différents « déchets» ne soient plus considérés comme tels, mais vus comme des « produits ». On est déjà dans cette dynamique en agriculture, où tous les flux sont des sources de ce que nous appelons des « matières premières secondaires ». Mais en agriculture, l’économie circulaire, c’est aussi revenir à certaines pratiques qui étaient plus développées dans le temps : la coopération (qu’elle soit formelle ou informelle), l’échange, l’entraide, la solidarité, les synergies.
 
Des pratiques qui existent déjà, donc…
En effet. Les agriculteurs qui partagent des moissonneuses-batteuses, par exemple, font de l’économie circulaire, puisqu’ils rentabilisent les ressources qui ont été mobilisées pour la produire. Le fait de rassembler dans un méthaniseur des matières de natures différentes pour en améliorer le potentiel relève aussi de l’économie circulaire. Mais aux recettes d’antan, qui ne sont plus adaptées aux attentes sociétales, il faut ajouter de l’intelligence collective, de la modernité, de la science et de la connaissance. Il y a aussi de « nouvelles » filières à développer : chimie verte, matériaux produits à partir de la biomasse. Avec un bémol : il ne faudrait pas faire des matériaux bio-sourcés POUR faire des matériaux bio-sourcés, mais rester dans une logique de valorisation des co-produits.
 
Quelle est selon vous la place de l’agriculture dans cette économie circulaire pour laquelle vous plaidez ?
Pour moi et à titre personnel, l’agriculture est la référence. Mais quelle agriculture ? S’il s’agit d’une agriculture intensive, exportatrice grâce aux subventions, déconnectée des territoires, s’il s’agit de plaquer un modèle unique partout, alors, on n’aura rien compris. Prenons un exemple : le Nord-Pas de Calais a choisi de développer de nombreux biomatériaux à partir de lin pour la construction et l’isolation. Très bien ! Mais chez moi, dans les Bouches-du-Rhône, nous avons plutôt des pailles de riz et de lavande. Il faut le prendre en compte. L’économie circulaire suppose de mieux connaître les atouts des territoires et d’imaginer en conséquence les solutions adaptées.
L’intérêt de la logique circulaire est aussi qu’elle rend plus robustes les filières : elle les enracine dans la réalité des territoires et lie entre elles diverses activités qui se renforcent mutuellement.
 
L’économie circulaire semble passer peu à peu dans le langage politique et commun. Quels sont encore les freins à son développement ?
L’enjeu de l’économie circulaire, c’est aussi de faire rencontrer les gens. On voit encore trop souvent des activités payer pour se débarrasser de leurs déchets, quand des voisins payent pour s’approvisionner en cette même matière. Par ailleurs, notre schéma législatif et réglementaire actuel est fondé sur l’économie linéaire : produire – consommer – jeter. Quant à la fiscalité, elle n’avantage pas du tout la circularité des matières. Il reste aussi des freins dans les esprits. Pour les lever, nous attendons beaucoup des acheteurs publics qui pourraient envoyer un réel message. Enfin, nous espérons encore beaucoup du ministre Philippe Martin, et de la conférence de mise en œuvre sur l’économie circulaire, prévue du 17 au 20 décembre. Elle doit donner corps aux engagements issus de la 2e conférence environnementale qui consacrait une table ronde à l’économie circulaire. Car il faut encore un fort virage politique, qui prenne la forme d’annonces. C’est pourquoi nous prônons une loi-cadre pour l’économie circulaire. Seul un message politique fort pourra donner aux acteurs la possibilité de s’engager. On n’en est qu’aux balbutiements de l’économie circulaire, et nous n’avons pas toutes les réponses, mais une chose est sûre : on ne reviendra pas en arrière.

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