Face à la volatilité des prix qui est devenue le problème agricole essentiel, Dacian Ciolos estime que « nous devons avoir les outils à disposition pour accompagner les agriculteurs dans les situations difficiles comme nous en avons vécues ces derniers mois.» Mais, précise le nouveau commissaire agricole européen, répondant en quelque sorte à la position de la France, «ces instruments doivent être bien ciblés et rester d’application exceptionnelle. » À la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture de Paris où il devait se rendre, Dacian Ciolos a répondu a une interview d’Agra Europe, le bureau européen d’Agra Presse. Selon lui, «l’agriculture européenne doit produire plus, avec plus de contraintes.» Il fait valoir que les contraintes environnementales sont le principal défi de l’agriculture, mais également la meilleure assurance-vie pour la pérennité de la politique agricole commune. Dacian Ciolos annonce son intention de parcourir l’Europe, dans les prochains mois, pour susciter un grand débat citoyen sur la Pac.
Le Salon de l’agriculture de Paris a choisi pour thème cette année la recherche et l’innovation. Vous-même, vous êtes plutôt sensible aux OGM ou à l’agriculture biologique ?
Face aux défis qui sont devant nous, l’innovation est un élément clef pour l’agriculture européenne. La recherche aura, c’est certain, un rôle important dans les prochaines années. Mais cette question ne doit pas se résumer aux OGM. Ce n’est pas mon option personnelle qui compte mais plutôt comment gérons-nous cette réalité. Les OGM existent en Europe comme l’agriculture biologique qui a pris un essor important ces dernières années. Nous devons assurer aux agricultuers la possibilité de choisir, ainsi qu’aux consommateurs.
La France veut changer l’orientation des réformes agricoles jugées trop libérales ces dernières années. Est-ce aussi votre intention pour 2013 ?
Il faut être clair : il n’est pas possible de revenir en arrière sur les réformes. Les décisions ont toujours été le fruit de compromis. Et la France, comme l’Allemagne et les autres Etats membres, ont été d’accord avec les orientations retenues. De façon plus générale, je crois qu’il faut éviter d’aller une fois dans un sens, une fois dans un autre. Il faut garantir une certaine stabilité, tant politique qu’économique, aux agriculteurs pour qu’ils sachent dans quelle direction aller. Cependant, je pense qu’à côté des mesures de libéralisation des marchés et d’adaptation au contexte international, il nous faut des mécanismes de gestion assurant une certaine stabilité des revenus, ainsi que la possibilité d’éviter des crises comme celle du secteur laitier par exemple.
Quand présenterez-vous votre projet de réforme ?
Je pense être en mesure de présenter dès la fin de l’année une communication avec des orientations pour l’après-2013. Avant cela, j’entends mener une vraie consultation, un vrai débat public au-delà des partenaires agricoles traditionnels. Je souhaite que le grand public, les contribuables, les organisations non gouvernementales y participent. Ce débat sera lancé dès le mois d’avril. J’espère que des premières conclusions seront dégagées au début de l’été, probablement à l’occasion d’une conférence que je souhaite organiser.
D’ici là, j’entends parcourir l’Europe et aller à la rencontre, bien sûr des ministres de l’agriculture, mais également des représentants agricoles et des élus locaux, visiter des exploitations. De ma formation, j’ai appris que l’on ne peut pas comprendre l’agriculture en restant derrière un bureau. L’enjeu de ce débat est clairement de montrer aux citoyens qu’il y a plus d’avantages à maintenir la politique agricole commune qu’à s’en passer.
Vous plaidez pour une politique agricole plus équitable. Les exploitations françaises toucheront-elles les mêmes aides qu’en Pologne ou qu’en Lettonie ?
Pour renforcer la crédibilité de la politique agricole commune auprès des contribuables, pour donner des perspectives à long terme aux exploitations, nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion sur des méthodes de calcul pour les aides directes. Il est difficilement imaginable qu’entre 2014 et 2020 ces aides, importantes pour assurer une certaine stabilité du revenu des producteurs, soient basées sur des niveaux de production des années 2000-2002. Les aides doivent être transparentes et équitables.
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La volatilité accrue des prix agricoles ne rend-elle pas nécessaire la création d’un fonds de crise comme il en existe déjà un pour aider les éleveurs en cas d’épizooties ?
Il n’y a pas de doute, la volatilité des prix est devenue ces dernières années un problème essentiel. Nous devons avoir les outils à disposition pour accompagner les agriculteurs dans les situations difficiles comme nous en avons vécues ces derniers mois. Mais ces instruments doivent être bien ciblés et rester d’application exceptionnelle. Sur cette question, je suis véritablement à l’écoute et ouvert aux nouvelles idées. Les premières discussions au Conseil agricole ont montré la diversité des solutions envisageables, mais déjà une convergence d’un grand nombre d’Etats membres sur la nécessité d’agir.
Pendant la crise du lait, beaucoup de producteurs ont réclamé un retour à une politique de quotas. Les quotas sont-ils vraiment voués à disparaître ?
La décision de supprimer les quotas en 2015 a été prise. Je ne compte par rouvrir le débat sur cette question. Bien sûr, je souhaite que les conclusions du groupe de réflexion à haut niveau sur le lait nous apportent de nouvelles réponses pour éviter qu’une crise d’une telle ampleur se reproduise sans que nous ayons les outils pour l’éviter ou y faire face.
Pensez-vous, comme Mme Fischer Boel, qu’il faille accroître encore le périmètre de la politique de développement rural au sein de la Pac ?
Cette politique de développement rural donne la possibilité de bien cibler certaines aides pour répondre aux demandes économiques, environnementales et sociales du secteur agricole. Le grand public comprend parfaitement leur intérêt et c’est d’ailleurs là leur force. Elles seront donc probablement très importantes à l’avenir. Mais il est difficile de dire, à ce stade, comment se fera la répartition des fonds. Nous n’en sommes qu’au début des discussions. Il faut aussi souligner que la politique de développement rural permet d’accompagner les exploitations dans les investissements à moyen et long terme pour faire face aux nouveaux défis. En cela, elle est très complémentaire des aides directes qui donnent de la stabilité sur une base annuelle aux revenus des agriculteurs, en particulier dans certaines zones fragiles ou éloignées. Sans ces aides, des exploitations disparaîtraient probablement de nombreux territoires.
Protection de l’environnement, lutte contre le changement climatique, bien-être animal. Les producteurs européens ne sont-ils pas surchargés de contraintes qui risquent de les étouffer et de les rendre de moins en moins compétitifs ?
L’agriculture européenne doit produire plus, avec plus de contraintes, en étant le plus possible économe des ressources naturelles. C’est un défi majeur pour le secteur agricole dans les prochaines années. Mais c’est également le meilleur argument en faveur de la politique agricole commune et d’un budget suffisamment ambitieux. Je suis conscient également du fait que le processus de simplification doit continuer afin de réduire la charge administrative pour les agriculteurs. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de ce que la société attend du secteur agricole et qui renforce aussi la crédibilité de l’activité des agriculteurs face aux contribuables.