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Lutte contre le chômage L’agriculture peut apporter sa pierre

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L’agriculture peut apporter sa contribution à la lutte contre le chômage. Non seulement la production agricole mais des domaines connexes comme les services, le commerce ou la construction de machines agricoles. Considérées au sens large, les filières agricoles, qui font travailler pas moins de 3,2 millions de personnes, sont à la recherche de main-d’œuvre et de cadres qu’elles ne trouvent pas toujours. Les raisons : une méconnaissance, de la part des candidats, des filières qui embauchent ; des rémunérations pratiquées souvent inférieures à leurs aspirations et à ce qu’ils pensent pouvoir trouver ailleurs ; une réticence à changer de région ; Mais, surtout, parmi les causes des difficultés de recrutement figure une image dévalorisée de l’agriculture. C’est à cela que tente de remédier la FNSEA en orchestrant une grande campagne de publicité. Son message : « L’agriculture, des métiers à la mode ». Une campagne « décoiffante » lancée le 2 février.

Longtemps pourvoyeuse de main-d’œuvre pour l’industrie et les services, l’agriculture peut aujourd’hui apporter des emplois aux citadins. C’est en tout cas son ambition. En témoigne la campagne de publicité que vient de lancer, le 2 février, la FNSEA. Son slogan : « L’agriculture, des métiers à la mode ». De quoi attirer l’attention des citadins sur des métiers moins « ringards » qu’ils ne le croient depuis longtemps. Les besoins sont considérables, qu’il s’agisse de la production agricole elle-même ou des métiers connexes. Selon une étude Ifop commandée par la FNSEA, les exploitants agricoles auraient un besoin annuel de plus de 11 000 salariés en CDI (Contrats à durée indéterminée) et de 138 000 en CDD (Contrats à durée déterminée). Une grande partie des exploitants peinent à trouver la ou les personnes idoines. C’est une des raisons qui a poussé la fédération à signer un accord en 2002 sur la gestion prévisionnelle de l’emploi. Sa mise en place a réellement démarré en 2004. « On a entamé un travail de fond », explique Clément Faurax, directeur des affaires sociales à la FNSEA. La campagne de publicité sur l’image de l’agriculture fait partie de cette stratégie. D’autres initiatives sont prévues, comme des visites d’exploitants dans les collèges. Des études sont en cours, également, sur les rémunérations. Leur faiblesse est, à l’évidence, un des éléments qui freinent l’ardeur des demandeurs d’emplois à aller vers le monde agricole. Il y a d’autres causes, cependant.

Adéquation entre offre et demande

« Les métiers de l’agriculture attirent moins », confirme Olivier Gloker, délégué pour Paris et l’Île-de-France de l’Apecita, l’agence qui gère les emplois de techniciens, cadres et ingénieurs dans les métiers liés à l’agriculture. Le problème a sa source très en amont. Olivier Gloker constate qu’alors que des classes de BTS pouvaient avoir une trentaine d’élèves par le passé, il est plus fréquent aujourd’hui qu’elles en aient moins de vingt. Le problème est diabolique à résoudre : si on veut diversifier ces classes pour y adjoindre des formations en direction de la pharmacie ou de la cosmétique, on attire bien un surcroît d’élèves. Mais, en même temps, on incite un plus grand nombre encore à se diriger vers ces métiers plus à la mode que l’agriculture. Plus tard, c’est l’adéquation entre les demandes d’emplois et les offres qui pose problème. « Il y a une forte demande sur les métiers liés à la qualité,explique Olivier Gloker , alors que les offres d’emplois portent surtout sur les fonctions de production ». Autre souci, celui du niveau de formation. Comme dans d’autres domaines, les jeunes poussent souvent leurs études vers une licence ou un Bac Pro, croyant qu’une année de plus améliorera leur premier emploi. Or, ce n’est pas toujours le cas pour ces métiers qui demandent soit un BTS soit un ingénieur. De plus, en allongeant leurs études, les étudiants deviennent moins mobiles, condition indispensable pour ces métiers par nature délocalisés.

Moins de candidats que de postes

Tout ceci n’arrange pas une situation devenue tendue depuis quelques années pour l’emploi dans les filières agricoles. Avant 2007, dans l’univers des techniciens, cadres et ingénieurs, il y avait traditionnellement plus de demandes d’emplois que les 16 000 offres traditionnellement proposées. Aujourd’hui c’est l’inverse. Il y a moins de candidats que de postes. Un vrai paradoxe alors que le chômage repart à la hausse !

La situation est d’ailleurs la même dans le monde du machinisme agricole. Un secteur plutôt florissant, bien qu’un revers de marché soit attendu pour 2009. Mais jusque-là, les industriels et distributeurs de machines agricoles clament haut et fort qu’ils ont besoin de recruter 5 000 personnes et ne trouvent pas ! Le Salon de l’agriculture va être pour eux l’occasion d’attirer l’attention du grand public. Ces industriels et distributeurs ont créé l’Aprodema, ou « Association pour le développement de l’enseignement du machinisme agricole et des agro-équipements ».

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Moins de familiaux, plus de salariés

C’est dire à quel point ils veulent remonter à la source du problème : l’enseignement et la formation initiale. Ils constatent que les lycées de formation professionnelle ferment des classées spécialisées en agro-équipement. Alors même que l’arrivée à l’âge de la retraite des personnels en place ouvre des possibilités considérables d’emplois. Pour l’agriculture elle-même, cet effet de « papy-boom » (la moyenne d’âge des agriculteurs redevient plus élevée après avoir baissé sous l’effet des départs en préretraite) est accentué par un phénomène parallèle : la concentration des exploitations. En se regroupant, les exploitations agricoles se professionnalisent. On emploie moins les membres de la famille, qui trouvent du travail ailleurs, et on les remplace par des salariés. C’est, aussi, le phénomène des groupements d’employeurs qui sont environ 4 000 en France. C’est, enfin, la quête de conditions de vie plus favorables qui incite à s’associer (entre producteurs de lait par exemple) et à faire travailler des salariés, au moins à temps partiel.

Accepter de produire

Voilà les raisons, structurelles, pour lesquelles les filières agricoles, si elles emploient globalement moins de monde, sont tout de même pourvoyeuses d’un nombre plus important d’emplois. C’est que la structure de l’emploi agricole est elle-même en mutation profonde. Mieux : en valeur absolue, les offres d’emploi pour certaines fonctions sont même en hausse, par exemple entre 2007 et 2008 : techniciens de culture, chefs de culture, techniciens de fabrication dans la transformation alimentaire, responsables environnement, animateurs dans les organisations agricoles, enseignants, etc. Des métiers à la mode ? Oui, à condition que ceux qui les exercent aient de l’expérience et soient prêts à assumer aussi des fonctions de production, ce qui n’est pas souvent le cas. Dans la production agricole elle-même, les exploitants qui recrutent ne sont d’ailleurs pas excessivement difficiles, même pour un emploi de chef de culture. Ils savent qu’avant tout ils formeront eux-mêmes leur recrue.

Les employeurs doivent s’adapter

Pour autant, les exploitants doivent sans doute, eux aussi, modifier leur démarche. « Si les candidats doivent s’adapter, les employeurs le doivent aussi », explique Olivier Gloker : il faut abandonner certaines discriminations, à l’égard des femmes par exemple, prendre conscience qu’ils dirigent une PME ou TPE (très petite entreprise) et non pas Danone ou Nestlé, prendre conscience aussi que le travail peut être physiquement pénible alors qu’il est moins bien payé que dans une grande entreprise. Il faut donc trouver certaines compensations pour les employés. Au-delà de l’image, c’est la nature même du travail qu’il faut faire évoluer. Cela concerne le travail saisonnier autant que les CDI. En agriculture, un accord tel que celui sur la protection complémentaire santé, signé en juillet dernier, va dans ce sens, affirme Clément Faurax, à la FNSEA. Autre initiative qui devrait améliorer l’adéquation de la demande à l’offre, un accord signé sur la formation des demandeurs d’emplois, comme il en existe dans d’autres domaines. Il a été paraphé le 6 janvier de cette année. De fait, derrière une grande campagne de publicité il y a aussi des tentatives plus concrètes pour que l’agriculture apporte sa pierre à la lutte contre le chômage.