Les initiatives d’agriculture urbaine ont le vent en poupe. Dans un certain nombre de démarches, notamment celles présentées le 30 juin aux Grands Voisins, à Paris, la production agricole n’est pas une finalité. Elle contribue à atteindre d’autres objectifs comme l’emploi, la réinsertion sociale ou le bien-être au travail.
Les associations et organismes franciliens engagés dans des démarches d’agriculture urbaine partageaient leurs expériences les 29 et 30 juin à l’occasion de la 3e édition des ateliers d’été de l’agriculture urbaine et de la biodiversité, organisée par Natureparif et la région Ile-de-France. Parmi les quinze sites de la région parisienne qui ouvraient leurs portes, les Grands Voisins. L’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, inoccupé depuis 2012, accueille près de 1 000 personnes par jour : des résidents (migrants, sans-papiers, SDF) et une centaine d’entreprises et associations. Prêté par la mairie de Paris, le site de plus de 3 hectares sera valorisé en tant qu’éco-quartier à compter de 2018. En attendant, les associations qui l’occupent ont décidé de développer des activités d’agriculture urbaine. Le poulailler qui produit… 8 œufs par jour, les serres et les quelques ruches ne suffisent pas à nourrir les résidents du site. Mais qu’importe, l’objectif n’est pas là. La production agricole n’est pas la finalité, c’est un outil au service de l’économie sociale et solidaire.
La réinsertion par la formation
L’association Miel de quartier a installé des ruchers au pied du bâtiment qui héberge de jeunes mineurs migrants. Formés par les apiculteurs professionnels de l’association, ces jeunes participent à des ateliers de recherche et d’expérimentation sur la santé des abeilles, mais également sur le format des ruches et leur incidence sur la production de miel. Miel de quartier produit en réalité peu de miel. Les ressources de l’association proviennent des stages qu’elle propose à ceux qui souhaitent se former en apiculture. Car, selon Jérôme Veil, apiculteur à l’initiative du projet, on manque d’apiculteurs en France. « Il y a des débouchés », explique-t-il et la formation doit permettre de « repeupler cette profession sinistrée ».
Retour à l’emploi
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Naturespace, une association de « réinsertion sociale par l’écologie urbaine » emploie 8 jardiniers sur le site des Grands Voisins
Naturespace, une association de « réinsertion sociale par l’écologie urbaine » emploie quant à elle 8 jardiniers sur le site des Grands Voisins, grâce au dispositif départemental premières heures (DPH) qui permet aux personnes en « grande exclusion sociale » de reprendre une activité professionnelle selon un rythme progressif. Les salariés travaillent 9 heures par semaine, encadrés par des paysagistes, pour entretenir, sur un modèle agroécologique, les espaces verts du site. L’association Aurore, qui héberge des personnes en situation précaire, utilise également le DPH pour salarier 2 personnes en réinsertion sociale. Elles fabriquent des pains de substrats pour y faire pousser des pleurotes, en partenariat avec l’entreprise La Boîte à champignons et les cafés du quartier. Ces derniers fournissent le marc de café nécessaire avec les copeaux de bois et le mycélium, pour fabriquer les substrats.
Bien-être au travail
L’Association Zone-ah ! teste quant à elle sur le site des Grands Voisins « des solutions originales et collaboratives pour travailler autrement » autour de l’agriculture urbaine (aquarium d’aquaponie, espace comestible sur les terrasses…). Car dans ces locaux atypiques qui cachent un espace sieste, une salle de réunion équipée de tapis de course et où personne n’a de bureau personnel attribué, de nombreux "coworkers", issus d’entreprises différentes, passent chaque jour. Zone-ah ! peut alors concevoir ses innovations et en tester les effets sur place. Les premiers retours semblent unanimes : faire entrer l’agriculture dans les entreprises favorise le bien-être au travail, témoignent les "coworkers" sur place.