Face aux pressions démographiques et aux importations croissantes, les pouvoirs publics et la communauté internationale appellent au soutien des productions vivrières locales.
LES investissements agricoles massifs ont mis sous le feu des projecteurs la Côte d'Ivoire, comme d'autres pays africains : Louis Dreyfus Commodities en 2013 dans la filière rizicole, Cémoi dans la filière cacao. Parallèlement à cette agriculture florissante et à grande échelle, l'agriculture vivrière, qui nourrit en partie les vingt millions d'Ivoiriens et qui couvre 96% de la surface agricole utile du pays, reste fragile. La Côte d'Ivoire importe 50% de sa consommation de riz, aliment de base des populations. Si la surface cultivée ne cesse d'augmenter, la production nationale ne permet pas de subvenir aux besoins croissants des Ivoiriens (1,3 million de tonnes par an). Entre 1999 et 2009, les importations de riz ont ainsi augmenté de 570 000 tonnes quand la production nationale n'a augmenté que de 290 000 tonnes. Même scénario pour le poisson, la première protéine animale consommée en Côte d'Ivoire. « La Côte d'Ivoire importe la majorité de sa consommation de tilapia », explique Delphine Lethimonnier, chargée d'opération pour l'association APDRA pisciculture paysanne qui travaille dans le sud du pays. Chaque année, 300 000 tonnes sont importées depuis la Chine.
Dépendance aux importationsOlivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation rappelait le 26 février au Salon de l'agriculture que « depuis les années 1980, les politiques ont favorisé l'agriculture d'export et indirectement augmenté la dépendance aux importations pour les besoins vivriers des populations ». Aussi critique, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture a analysé : « La libéralisation est une solution pour spécialiser les zones agricoles. Ce n'est pas une solution pour développer l'agriculture », en marge d'une conférence sur l'agriculture familiale au Salon de l'agriculture à Paris, le 26 février. En Côte d'Ivoire, la stratégie d'approvisionnement alimentaire semble s'être orientée dans deux directions. En 1989, l'économiste Dominique Harre (Solagral) soutient dans Production nationale et approvisionnement extérieur – Le cas de la Côte d'Ivoire que le pays a misé sur l'agriculture d'exportation pour augmenter les recettes. Mais aussi sur les importations de denrées alimentaires à moindre coût pour faire face à la baisse du pouvoir d'achat de la population. « Dans le même temps, une politique de substitution aux importations était développée », décrit-il. Trente ans plus tard, la pression démographique a renforcé la dépendance ivoirienne aux importations, notamment de riz et de poisson. Dans les 250 centres urbains, l'accès aux productions importées est plus simple. Néanmoins, ce n'est pas toujours le cas dans les 8 549 villages recensés par la FAO (Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation). Delphine Lethimonnier rapporte que « le prix du poisson local est relativement accessible pour les populations rurales ». Le poisson importé est vendu 1,68 euro le kilo, alors que le poisson local est vendu 1,98 euro le kilo. « En milieu rural, les pisciculteurs parviennent à s'en sortir, poursuit-elle, mais la production est marginale ».
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Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre de l'Agriculture de la Côte d'Ivoire, assure que les productions vivrières sont une priorité pour son ministère. L'objectif est de réduire la dépendance du pays aux importations de riz. « L'agriculture vivrière doit être organisée et structurée », poursuit-il. Cela passe par des constructions de route, d'entrepôts de stockage, mais aussi de la création d'un marché physique des productions vivrières. « Nous travaillons avec des cabinets d'étude pour la faisabilité du projet », explique-t-il. Concrètement, les agriculteurs et les acheteurs seront en relation directe. Des enchères seront organisées et les productions vivrières seront vendues au plus offrant. Mamadou Sangafowa Coulibaly espère que ce circuit de commercialisation sera plus rémunérateur pour le producteur. Pour Olivier De Schutter, une autre certitude émerge : « En se regroupant, les agriculteurs peuvent acquérir des motoculteurs, des silos, des camions pour transporter la récolte ». Même constat pour l'association APDRA pisciculture paysanne : « Un pisciculteur seul est plus fragile que les pisciculteur regroupés ».
Vers une intensificationStructurer est une première étape, intensifier en est une seconde dans la politique de développement agricole de la Côte d'ivoire. Le ministre assure : « Le pays a dépassé le cap de la diversification agricole. On doit intensifier notre agriculture ». Déjà, des petits magasins poussent dans les petites villes et le long des routes en milieu rural. « Ils vendent des engrais, des intrants », décrit Delphine Lethimonnier affirmant voir de plus en plus d'Ivoiriens à vélo portant une sulfateuse sur le dos.