L’abolition des quotas laitiers de production n’a pas rendu le secteur européen plus réactif aux signaux du marché ou moins dépendant des soutiens publics, selon une étude commandée par le Parlement européen. Par contre, ce sont de nouveaux quotas qui pourraient s’imposer à l’avenir pour les producteurs laitiers : des quotas d’émission de gaz à effet de serre.
La révolution annoncée n’a pas eu lieu. Depuis l’abolition des quotas de production laitière en 2015, le secteur européen a, certes, conduit à une convergence des prix de l’UE et avec ceux du marché mondial, renforçant ainsi l’orientation de l’industrie de la transformation sur les exportations, mais sans évolution majeure du secteur européen, constate une étude du Parlement européen présentée en commission de l’Agriculture le 7 décembre. Un certain nombre de changements structurels (notamment une forte réduction du nombre d’exploitations laitières accompagnée d’une augmentation générale de leur taille moyenne) a été enregistré mais « les réactions des producteurs européens en matière d’offre de lait semblent être encore plus inélastiques aux prix depuis la période post-quota ». Selon ce travail, les producteurs laitiers continuent d’occuper une position vulnérable dans la chaîne d’approvisionnement et malgré une compétitivité accrue, la dépendance de leur revenu net aux soutiens publics reste importante (près de 40 % en moyenne avec des différences selon les États membres). Et à cela se greffent de nouveaux défis : obligation de réduction des émissions de gaz à effet de serre, renouvellement des générations… Auxquels il va falloir s’adapter.
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Des droits d’émissions progressivement réduits
La réduction des émissions de gaz à effet de serre sera, pour les auteurs du rapport, une des principales contraintes du secteur de l’élevage laitiers dans les prochaines années. Ils proposent d’envisager des mécanismes récompensant les agriculteurs pour les efforts individuels en la matière. Selon eux, il serait préférable d’encourager une réduction des émissions par l’adoption de technologies d’atténuation plutôt que de réduire la production laitière. Et dans cette optique, « un outil politique potentiel serait d’accorder dans un premier temps aux agriculteurs une quantité de droits d’émission, qui seraient ensuite progressivement réduits d’année en année. Un marché serait alors créé pour accéder aux droits d’émission, en fixant un prix carbone sur ces émissions » ce qui inciterait les producteurs laitiers « à adopter des technologies de réduction des émissions, si cela revient moins cher que le coût d’achat des droits d’émission ». De plus, un soutien aux solutions technologiques est susceptible de réduire les besoins en main-d’œuvre dans les exploitations laitières, avec pour conséquence de retarder la fermeture des exploitations laitières mais aussi d’augmenter leur attractivité pour la jeune génération. D’une pierre deux coups.