Les fondamentaux du marché laitier mondial dessinent une tendance de prix « stable à haussière », selon l’Idele. Et ce malgré la crise laitière en cours en Chine, où le gouvernement continue de pousser la construction d’élevages XXL.
À l’occasion d’une conférence sur les marchés mondiaux du lait et de la viande le 11 juin, l’économiste de l’Idele (Institut de l’élevage) Gérard You a expliqué que les prix du lait devraient suivre une tendance « stable à haussière » sur l’année 2024, portée par « des intrants toujours chers », qui grèvent la disponibilité de lait dans le monde. « Le prix du lait pourrait redevenir haussier au second semestre ; pour l’instant, on a des marges laitières peu incitatives tant en Europe qu’aux États-Unis », a expliqué l’économiste. Et de résumer : « On est dans un équilibre lié à de faibles disponibilités, plutôt favorable aux filières et aux producteurs. »
De même que le prix du lait, les cours des ingrédients laitiers sont plutôt attendus à la hausse, « du moins sur le beurre, secondairement sur la poudre maigre ». Et de rappeler que la demande en matières grasses est en progression tendancielle depuis une quinzaine d’années, portée par les changements d’appréciation nutritionnelle. La France est notamment devenue déficitaire en matière grasse laitière, alors qu’elle reste excédentaire en matière protéique.
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Génération 10 000 têtes
Malgré l’importante crise laitière que traverse la Chine depuis 2022, la production du pays ne devrait pas fléchir, portée notamment par les constructions d’élevages XXL de groupes nationaux soutenus par le gouvernement, a indiqué le directeur Économie du Cniel Jean-Marc Chaumet. Certes, les prix continuent de baisser dans le pays (après une embellie en 2020), passant même « sous le niveau des prix français », les exploitations « perdent beaucoup d’argent », même les principaux groupes, et la construction de nouvelles fermes a « ralenti en 2023 ». Mais « les projets des entreprises laitières nationales n’ont pas été affectés », soutenus par le gouvernement, qui continue de privilégier les installations de taille importante. Si bien que la baisse de la production nationale n’est pas encore à l’ordre du jour en 2024.
En 2023, la Chine comptait « 164 nouveaux projets de fermes impliquant 980 000 têtes, dont près de 70 % sont des fermes de 10 000 têtes », chiffre Jean-Marc Chaumet. Le pays poursuit sa restructuration entamée après la crise de la mélamine en 2008. En 2021, 50 % des vaches se trouvaient dans des exploitations de 1 000 têtes ou plus. Les dix premiers groupes d’élevage chinois produisent plus du quart de la production chinoise. Le gouvernement continue également sa politique plus générale de renforcement de l’autonomie alimentaire, relancée depuis 2021 (voir dans ce numéro).