Abonné

Energies renouvelables L'Allemagne, géante du biogaz, trébuche

- - 4 min

L'engouement pour la méthanisation en Allemagne est terminé. Les experts réunis au colloque biogaz à Berlin, le 9 octobre, ont été unanimes. La loi « Energies renouvelables » allemande (EEG), votée en août, vient de supprimer des privilèges jusque-là accordés aux cultures dédiées à la production de biogaz.

LES énergies renouvelables en Allemagne traversent une période difficile depuis plusieurs mois : faillite de sociétés d'éoliennes, concurrence chinoise sur le photovoltaïque… Le biogaz n'y échappe pas. La « faute » à la loi « Energies renouvelables » allemande, votée en août. « Elle vient de supprimer les privilèges accordés aux cultures dédiées », a signalé Katherine Böttcher, chef de service enjeux énergétiques et bioénergies du ministère allemand de l'Agriculture, lors d'une conférence sur le biogaz (1), à Berlin, le 9 octobre. « On va se concentrer sur les déchets et les résidus » annonce-t-elle. Ce choix politique a enflammé les débats au Bundestag, rapporte-t-elle. Par exemple : les tarifs d'achat préférentiels pour le biogaz produit à partir de maïs ont été supprimés. Jusque-là, les opérateurs y avaient droit pendant vingt ans. Si les opérateurs installés sous la loi précédente bénéficieront toujours de ce privilège jusqu'au fameux terme des vingt années d'activité, les « nouveaux » n'y auront pas droit.

La colère des citoyens a eu raison du Bundestag

Ce revirement est lié à la colère des contribuables. « Les Allemands ont vu leurs factures d'électricité grimper d'année en année », confie Birger Kerchow, chef d'équipe pour l'Agence allemande des énergies renouvelables. En Allemagne, l'augmentation des coûts générés par les énergies renouvelables est payée par le consommateur. Tout est répercuté. « Au début, ça va. Mais depuis quelques années, la hausse est beaucoup trop importante », poursuit-il. La colère des citoyens a eu raison des discussions au Bundestag (parlement allemand). Soutenir les énergies renouvelables, c'est bien, « mais si c'est trop cher pour le contribuable, il n'en veut plus », assure M. Kerchow. Un rejet d'autant plus fort, que les grandes compagnies industrielles, premières consommatrices d'énergie, ne payaient pas cette redevance. L'objectif, selon les pouvoirs publics, était de « préserver leur compétitivité ». Là encore, les citoyens n'acceptent plus de payer pour ces grands groupes. Avec la nouvelle EEG, « elles vont devoir mettre la main à la poche, comme tout le monde », explique Katharina Böttcher.

La filière est en zone de turbulence

Si la loi EEG avait l'intention de secouer la filière, c'est réussi. D'après le ministère allemand de l'Agriculture, 8000 méthaniseurs ont été recensés sur le territoire en 2014. « Mais la fin de l'engouement pour la méthanisation en Allemagne est prévisible », se lance Maria-Louise Schrader, chef de projet chez Agrogaz France, filiale d'un groupe allemand qui opère aussi outre-Rhin. Car c'est la douche froide pour les candidats qui souhaitaient bénéficier du soutien au biogaz. « Je n'ai pas de nouveaux cas depuis le vote de la loi », raconte Andreas Große, avocat spécialisé dans les procédures d'autorisations de projet de méthanisation.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

photovoltaïque
Suivi
Suivre

Le biogaz allemand a un genou à terre, mais il ne s'avoue pas vaincu. « Ne nous leurrons pas, l'utilisation des cultures dédiées va se poursuivre. On ne pourra pas l'empêcher. Ces cultures restent rentables pour la production de biogaz, même si les aides diminuent », ajoute Katharina Böttcher. En revanche, Birger Kerchow assure que l'avenir du biogaz allemand est autre : « Il nous faut augmenter le rendement des unités existantes, travailler sur d'autres cultures, sur la valorisation des déchets…». L'Allemagne, géante européenne du biogaz, n'a pas dit son dernier mot.

(1) conférence organisée par l'Office franco-allemand pour les énergies renouvelables

Méthanisation : quand l'Allemagne va mal, la France se structure

«O N nous remonte les difficultés des sociétés mères allemandes des énergies renouvelables, ça nous inquiète, bien sûr », explique Nicolas Chapelat, chargé de mission énergies renouvelables au Semaeb (société d'économie mixte pour l'aménagement et l'équipement de la Bretagne), à Berlin, le 9 octobre. L'inquiétude vient du fait que « les sociétés françaises sont souvent des petits relais français de ces grands groupes allemands ». À titre d'exemple : Methajade (huit salariés), entreprise experte dans le biogaz, était une filiale de SolarEnerJade, grand groupe allemand spécialisé dans le photovoltaïque. Les difficultés rencontrées par la maison mère ont eu des conséquences définitives pour ses filiales. En mars 2014, Methajade était placée en redressement judiciaire. Elle a fini par être rachetée par la tête de file des constructeurs français de méthaniseurs, Naskeo Environnement.