Une association camerounaise tire la sonnette d’alarme : selon elle, les exportations de poulets en provenance de l’Union européenne causent des dégâts importants en Afrique de l’Ouest en imposant une concurrence déloyale. Elles privent les producteurs de volaille locaux de leurs débouchés sur leurs propres marchés. Face « à l’invasion des congelés », une campagne pour le droit à la protection des marchés agricoles est lancée par plusieurs associations.
«Le mal causé est profond », résume Bernard Njonga, de l’association camerounaise ACDIC (Association citoyenne de défense des intérêts collectifs). Cette association a lancé depuis avril 2004 une campagne nationale d’information sur la question des poulets congelés. Son objectif est de promouvoir l’aviculture locale par la limitation des importations de poulets congelés. En moins de 10 années les importations sont passées de 60 tonnes en 1994 à 22 554 tonnes en 2003 au Cameroun. Les prix défient toute concurrence : « Les restes des poulets bas de gamme européens sont congelés puis exportés vers l’Afrique de l’Ouest à 0,5 euro le kg. Le poulet africain est vendu entre 1,80 et 2,40 euros le kg. »
Danger de mort
Dans un document intitulé Poulets congelés : danger de mort, diffusé à 70 000 exemplaires, l’association explique les conséquences de ces importations au niveau de la santé des populations, des paysans et de l’économie nationale. « Près de 67 % de la population camerounaise vit de près ou de loin grâce à l’agriculture», explique Bernard Njonga. Entre 1996 et 2002, le nombre de petits aviculteurs locaux est passé de 100 à 8 : « On va droit dans le mur », prévient-il. Cette mobilisation locale semble commencer à porter ses fruits, analyse Bernard Njonga. Il estime néanmoins en avoir « pour 5 ou 10 ans avec ce problème de poulets congelés» et ses conséquences désastreuses pour le « poulet du village ». Quant au gouvernement camerounais, « il nous soutient un peu », assure-t-il.
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Cartes postales
Au niveau français, quatre associations (Agir Ici ; CCFD : Comité catholique contre la faim et pour le développement ; CFSI : Comité français contre la faim ; Gret : Groupe de recherche et d’échanges technologiques) ont décidé « de donner un écho plus large à la mobilisation africaine ». Le lancement de la campagne « Exportations de poulets : l’Europe plume l’Afrique » appelle les citoyens européens à saisir les décideurs impliqués dans les négociations commerciales afin de défendre le droit de tous les pays ou régions à protéger leurs marchés agricoles. Cette campagne propose aux citoyens de se mobiliser par l’intermédiaire de cartes postales à remplir et à renvoyer aux décideurs politiques tels que François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur, Peter Mandelson, commissaire européen au commerce et Mariann Fischer Boel, commissaire européenne à l’agriculture. Le contexte de négociations internationales à l’OMC et à plus long terme celui des accords de partenariat économique entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) explique aussi le lancement de cette campagne. « Nous sommes conscients de la crise avicole qui secoue l’UE», souligne le CCFD. « Ce n’est pas une raison pour l’exporter dans les pays en développement »,conclut l’association.