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L’Anses ne peut se prononcer sur l’efficacité des alternatives aux antibiotiques en élevage

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L’Anses a publié le 27 avril un rapport visant à évaluer l’efficacité des alternatifs aux antibiotiques qu’elle recense en quatre familles : les extraits de plantes, les probiotiques, les acides organiques ou gras et les huiles essentielles. Cependant, par manque de données, l’agence ne peut formuler un avis quant à l’efficacité de ces produits.

Alors que le plan Ecophyto 2 (2017-2021) de lutte contre l’antibiorésistance a été dévoilé en début d’année, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publie le 27 avril un rapport visant à évaluer l’efficacité des alternatives aux antibiotiques. En effet, saisie par le ministère de l’Agriculture en 2013 pour réaliser un « état des lieux des alternatives aux antibiotiques en vue de diminuer leur usage en élevage », l’agence a depuis analysé l’ensemble de la presse agricole et de la littérature scientifique sur le sujet.

Une efficacité toute relative

Dans ce cadre, l’agence note que la notion même d’alternatives aux antibiotiques a évolué au cours des réflexions. Alors qu’initialement cantonnées aux produits de substitution à visée curative, les alternatives comprennent aujourd’hui les produits qui contribuent « à diminuer le recours aux antibiotiques » et qui s’inscrivent donc dans une approche préventive. Ainsi, quatre grandes familles de produits sont recensées : les extraits de plantes, les probiotiques, les acides organiques ou gras et les huiles essentielles. De plus, les maladies visées par ces traitements sont dans la grande majorité des cas des infections digestives.

En matière d’évaluation de l’efficacité de ces produits, l’Anses déplore que « faute d’éléments bibliographiques suffisants, l’agence ne puisse se prononcer sur l’efficacité de produits en tant qu’alternatives aux antibiotiques ». Et ajoute : « Cela ne signifie pas forcément que ces produits sont inefficaces, mais cela souligne la nécessité d’encourager les recherches dans ce domaine, afin de pouvoir identifier les produits prometteurs et caractériser leurs effets ». Dans ce cadre, les « probiotiques apparaissent comme une famille de produits prometteurs ». En effet, les données actuelles « suggèrent des capacités à prévenir, dans une certaine mesure, les désordres digestifs pour de nombreuses espèces » ce qui permet de réduire le recours aux antibiotiques.

Toutefois, l’agence de sécurité sanitaire souligne que, pour les différentes familles de produits « au vu de la bibliographie disponible, la perspective apportée semble être souvent caractérisée par un effet de plus faible ampleur que celle des antibiotiques et ces produits ne pourront probablement pas représenter seuls une alternative au sens strict aux antibiotiques ». L’efficacité de ces alternatives ne semble donc pas avérée en l’état actuel, mais l’Anses souligne qu’il faut les considérer « dans une démarche plus intégrée, les alliant à d’autres mesures ».

Des alternatives préventives

En effet, les alternatives aux antibiotiques semblent être plus à vocation préventive que curative. L’Anses souligne que cela « ne constitue pas une preuve d’inefficacité de ces produits en cas de traitement curatif mais qu’il est nécessaire, pour en savoir plus, de conduire des essais dans cet objectif précis ».

L’intégration d’alternatives préventives aux antibiotiques dans les pratiques d’élevages se pose alors.

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Par exemple, pour les probiotiques, qui semblent avoir « un effet favorable » en approche préventive, quelle chronologie d’utilisation mettre en place ? L’agence s’interroge si « une administration en continu est envisageable dans des conditions économiques acceptables ? L’utilisation de probiotiques en remplacement d’un traitement antibiotique classique pourrait être intéressante pour induire une protection des animaux encore indemnes, dans un lot dans lequel une maladie s’est déjà déclarée ». Pour l’Anses, « il s’agit là d’un domaine à explorer ».

Des produits qui ne sont pas sans risques

Dans le cadre d’une approche toxicologique, l’Anses souligne que « parmi l’ensemble de produits alternatifs considérés, un grand nombre présente une innocuité avérée après évaluation sur l’animal, le consommateur et l’environnement ». Cependant, le rapport mentionne un « dernier risque » concernant la « capacité ou non de ces produits à promouvoir la résistance des antibiotiques ». Ainsi pour les produits tel que « les acides organiques utilisés comme biocides, les probiotiques ou des bactériophages, quelques publications scientifiques montrent que le risque n’est pas nul ». Il conviendra alors de « mettre en place une surveillance postérieure à l’autorisation de l’usage et d’être en mesure d’assurer une surveillance de la résistance des flores environnementales ».

Les alternatives comprennent aujourd’hui les produits qui s’inscrivent dans une approche préventive et non strictement curative

Ces produits ne pourront probablement pas représenter seuls une alternative au sens strict aux antibiotiques

L’Anses veut déterminer une réglementation européenne sur les alternatives aux antibiotiques

Dans son rapport publié le 27 avril visant à évaluer l’efficacité des alternatives aux antibiotiques en élevage, l’Anses appelle les autorités à « déterminer en amont des études et expérimentations, le statut juridique de ces produits ». En effet, le positionnement réglementaire de ces produits est aujourd’hui lié « aux allégations et revendications développées » par les fabricants. Ainsi, les alternatives sont classifiées en trois catégories : les médicaments vétérinaires, les additifs alimentaires ou ne font pas l’objet d’une classification, ce qui est le cas des allégations comme « contribue à diminuer le recours aux antibiotiques ». En conséquence, l’Anses « recommande de porter au niveau européen, dans le cadre de la lutte contre la résistance aux antibiotiques, la question du statut juridique de ces produits ». Cela permettra de définir les études préalables nécessaires à la mise sur le marché du produit et à son utilisation.