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L’Anses recommande un suivi des variétés tolérantes à un herbicide

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L’Anses propose un dispositif de surveillance des « éventuels effets indésirables liés aux VRTH » (variétés rendues tolérantes à un herbicide), selon un avis confirmant des risques de développement de résistances des adventices et donc d’augmentation de l’usage d’herbicides.

Dans un rapport d'expertise paru le 28 novembre, l'Anses propose « d’améliorer les connaissances sur les pratiques culturales » associées aux VRTH et « d’augmenter la surveillance des résidus des substances herbicides ». En France, toutes les VRTH cultivées sont obtenues par sélection variétale traditionnelle ou par mutagénèse aléatoire, rappelle l’agence. Cela concerne, en 2017, 27 % des surfaces de tournesol (soit environ 160 000 ha) et 2 % des surfaces de colza (soit environ 30 000 ha), d’après ses chiffres, qui montrent « un palier » depuis cette date. Problème, de nombreuses incertitudes existent sur les données disponibles, d’après l’Anses. Il n’y a pas de liste issue des catalogues officiels permettant d’identifier de manière fiable les variétés VRTH cultivables, relève-t-elle. Et de pointer « l’absence de traçabilité de l’utilisation de ces semences faisant obstacle à l’évaluation de leurs impacts sur les plans agronomique et sanitaire ».

Risques déjà mis en avant en 2011

L’Anses confirme des risques de développement de résistances des adventices aux herbicides et, in fine, d’augmentation de l’utilisation d’herbicides, déjà mis en avant dans le rapport d’expertise collective Inra-CNRS de 2011. Trois facteurs de risques sont identifiés : la pratique de rotations culturales courtes ; l’application d’herbicides de la même famille des inhibiteurs de l’ALS (acétolactate synthase) pour les oléagineux et les céréales ; l’utilisation d’herbicides sur parcelles VRTH qui restent similaires aux parcelles sans VRTH. L’agence recommande donc de sensibiliser les agriculteurs au risque de développement des résistances.

Afin d’évaluer les effets sanitaires potentiels des VRTH, l’Anses préconise la mise en place d’une étude pour vérifier la formation éventuelle de métabolites spécifiques non pris en compte lors de l’évaluation européenne des substances actives phytopharmaceutiques. L’avis de l’Anses s’inscrit dans un contexte plus large de débat sur l’utilisation des biotechnologies en agriculture, et d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne susceptible d’avoir des répercussions sur leur encadrement réglementaire.

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Une absence de traçabilité faisant obstacle à l’évaluation des impacts agronomiques et sanitaires

Un type de semence contesté

Les travaux de l’Anses l’ont conduite à recueillir les points de vue des différents acteurs sur les VRTH, professionnels et associations, montrant un « désaccord sur la nature de ces variétés et des techniques pour les obtenir, ainsi que sur l’absence d’un encadrement réglementaire spécifique ». L’agence observe un clivage entre opposants, qui soulignent le risque d’utilisation accrue d’herbicides et l’absence de transparence, de traçabilité sur l’utilisation de ces variétés, et partisans des VRTH, qui les considèrent comme une solution agronomique permettant de désherber en fonction des adventices présentes dans les parcelles et de pratiquer ainsi un emploi raisonné des herbicides chimiques.