L’interprofession du lapin (Clipp) a présenté, lors de son assemblée générale, un « pacte d’avenir à l’horizon 2025 », une série d’engagements à transformer la filière dans les domaines du bien-être animal, de la biosécurité, de l’environnement et des antibiotiques. L’annonce intervient dans un contexte économique morose pour la filière (baisse de consommation, prix bas et problèmes sanitaires) et à l’aube de rendez-vous importants avec les pouvoirs publics ; à Bruxelles où une enquête est menée en vue d’une éventuelle révision des conditions d’élevage du lapin, et à Paris où doivent débuter les États généraux de l’alimentation.
À l’occasion de son assemblée générale le 29 juin, l’interprofession du lapin (Clipp) a présenté, comme le lui avait conseillé en mars l’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, un Pacte d’avenir, articulé autour de quatre axes (biosécurité, bien-être animal, antibiotiques, environnement).
L’un des engagements forts du Clipp consiste à proposer d’ici deux ans de nouvelles normes minimales de bien-être animal pour la production française de lapin. À cette fin, l’étude « Lapin demain », conduite par l’Itavi et qui fait participer des ONG s'attachant à cet aspect, doit se conclure prochainement, pour proposer de nouveaux concepts d’élevage alternatif. Et une étude de l’Inra doit ensuite être conduite dans le sud de la France, au travers d’un « living lab », pour tester des prototypes en conditions réelles.
En matière d’antibiotiques, la filière s’engage à une réduction de 50 % de l’indice Alea entre 2010 et 2020 ; elle avait déjà atteint une baisse de 29 % entre 2010 et 2015. Pour ce faire, elle souhaite désormais accélérer la formation sur ce sujet (100 % des éleveurs formés sur trois ans) et prioriser les éleveurs les plus utilisateurs d’antibiotiques.
Une filière en grande détresse
Sur la biosécurité, le Clipp propose que 100 % des élevages soient audités d’ici fin 2018, avec des objectifs d’aménagement des élevages (plans de circulation, aires de stationnement stabilisées, sas à trois zones, matériel pour stocker les cadavres). Pour lutter contre les ravages de la maladie virale hémorragique (VHD), la filière a mis en place des fiches de biosécurité, sur le modèle de celles produites par le Cifog pour faire face à l’influenza aviaire.
La filière accumule les difficultés ces derniers mois. La consommation de viande de lapin baisse régulièrement depuis de nombreuses années, mais cette baisse a connu une accélération en 2015 (-9 %), et l’on craint une nouvelle forte baisse en 2017 (-12 % depuis le début de l’année), après un rebond en 2016 (-2 %). Elle est notamment confrontée, comme le veau et l’agneau, à de gros problèmes de visibilité en GMS, notamment dans les magasins de région parisienne.
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S’y ajoutent deux événements conjoncturels aggravants : la perte brutale du débouché chinois des peaux de lapins en 2014, et de graves problèmes sanitaires depuis 2016, avec la VHD. Cette maladie aurait couté 1,8 M € aux producteurs, dont deux tiers de coût vaccinal, explique Guy Airiau. 15 % des élevages français auraient été touchés depuis le début 2016.
Des opportunités à saisir
Avec ces objectifs, la filière souhaite fixer un cap à ses producteurs, dans un contexte de forte baisse de consommation et de développement d’initiatives privées vers l’élevage alternatif ou sans antibiotique. La filière veut aussi se montrer sous son plus beau profil auprès des pouvoirs publics, bruxellois, parisiens et régionaux. Elle souhaiterait pouvoir bénéficier plus fortement des aides à l’investissement du PCAEA, dans l’optique des États généraux de l’alimentation qui doivent fixer les orientations du plan d’aide à l’investissement de 5 milliards d’euros proposé par Emmanuel Macron. « Nous avons des défis sociétaux à relever, et nous avons déjà beaucoup travaillé sur ce sujet, mais parfois de manière esseulée, sans le faire savoir, a expliqué le président du Clipp, Guy Airiau. Ce pacte a été établi dans ce sens, le lapin a besoin d’être mieux connu ».
L’annonce intervient également alors que la Commission européenne débute son enquête sur les conditions d’élevage des lapins, à la demande du Parlement européen, qui souhaite que « les éleveurs de lapins soient encouragés à éliminer progressivement les cages en batterie et à les remplacer par des solutions alternatives plus saines ».
Des visites d’élevages de Bruxelles sont prévues à partir du juillet en France et en Espagne, respectivement deuxième et troisième producteurs européens de lapins. Les professionnels ont bien noté que la volonté des parlementaires était d’aider les éleveurs à transformer leurs pratiques d’élevages. « On parle de taux d’aide de 80 % », a même lancé Guy Airiau.
La consommation de viande de lapin a baissé de 12 % depuis le début 2017