Le 27 juillet, Stéphane Travert, à la recherche de financement pour boucler le budget des aides de la Pac, a fait le choix de transférer des crédits du premier pilier au deuxième pilier. Ce transfert a été très critiqué par l’ensemble du monde agricole. Pour certains, le niveau de transfert est insuffisant, pour d’autres, il est trop élevé. L’agriculture bio concentre les revendications et les déceptions.
À la suite du transfert de crédits (4,2 %) du premier pilier au deuxième pilier de la Pac effectué par Stéphane Travert le 27 juillet, les réactions de colère des syndicats et organisations professionnelles ont fusé de toute part (voir Agra Presse n° 3606). Ce transfert avait pour but de combler un déficit budgétaire de plusieurs milliers d’euros concernant les aides bio, les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) et l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN). Ainsi, la Fédération nationale bovine (FNB) a chiffré à 185 M d’euros le prélèvement total qu’auront à subir les éleveurs de bovins viande à la suite de ce transfert d’argent. Une ponction qu’« ils n’acceptent pas », le secteur ayant « les plus bas revenus de l’agriculture depuis de nombreuses années », selon un communiqué du 28 juillet. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a estimé de son côté que ce transfert entraînerait une baisse de 126 M€, soit 103 M€ pour les exploitations de plaine et 23 M€ pour les exploitations de montagne. Pour une exploitation laitière spécialisée de 100 ha, produisant 597 000 litres de lait par an et de 2,2 unités de main-d’œuvre, ce transfert entraînera une baisse de 1 150 € d’aides (premier pilier) (1). En 2016, ce type d’exploitation a reçu environ 27 450 € d’aides du premier pilier. De son côté, Arnaud Rousseau, président de la Fop, avait demandé vigoureusement, le 31 juillet, des « compensations en termes de compétitivité ». La FRSEA et les Jeunes agriculteurs de Bretagne réfutaient, le même jour, un arbitrage en faveur de l’élevage, estimant perdre 36,40 M€ par an pour les agriculteurs bretons. Quant à la FDSEA Ile-de-France, elle dénonçait le 1er août exactement l’inverse avec une décision pro-élevage et une perte de plus de 3 M€ par an pour la région. Même les syndicats minoritaires ont affiché leur mécontentement.
L’agriculture bio déchaîne les passions
Stéphane Travert semble bien s’être mis à dos toute la profession agricole. Au point que le lendemain de sa décision, il se justifiait et déclarait faire preuve de « réalisme budgétaire » dans la mesure où « l’objectif du président de la République est que nous soyons à 3 % du déficit public ». « Je prépare la Pac de l’après 2020 dès maintenant, et j’ai besoin d’avoir les coudées franches. […] C’est notre sauf-conduit auprès des institutions européennes, notre garantie pour mieux négocier la Pac », avait-il continué. Le 9 août, il s’était montré rassurant et déclarait « ne pas faire tous les ans le transfert que j’ai fait cette année », bien que Bruxelles l’y autorise (15 % de transfert maximum par an), mettant en avant les réactions négatives que cet arbitrage avait occasionnées. « Nous couvrirons les besoins budgétaires sur la période pour l’ICHN et l’assurance récolte, et nous continuerons à soutenir le développement de l’agriculture biologique », avait-il ensuite expliqué. Et, c’est effectivement sur le sujet des aides à l’agriculture bio que les passions se déchaînent. Le ministre fixait comme cap, trois jours après son arbitrage budgétaire, la conversion au bio de 8 % de la surface agricole française d’ici 2021, contre quelque 6 % actuellement. De fait, pour encourager cette conversion, il avait mis en avant la prorogation pour 2018 du crédit d’impôt en faveur de l’agriculture biologique, qui doit faire l’objet d’un « arbitrage » de Matignon. Si le ministre veut plus d’agriculture bio, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) avait fait observer, le 28 juillet, qu’« aucune nouvelle conversion biologique ne serait possible », faute d’un budget suffisant. Selon les estimations de la fédération, les besoins budgétaires sur la fin de programmation de la Pac (2017, 2018, 2019 et 2020) pour les aides bio seraient de 562 M€ pour la conversion et de 116 M€ pour le maintien (678 M€). En moyenne, cela correspondrait à un besoin de 170 M€/an.
Un fonds dédié à l’agriculture bio
En ce qui concerne les aides au maintien des exploitations bio, qui sont versées après les trois années dites de conversion, le ministre a renvoyé la balle dans le camp des régions, qui gèrent les fonds européens agricoles pour le développement rural (Feader). « Il va y avoir une discussion avec les conseils régionaux qui sont autorité de gestion sur le Feader et qui sont les acteurs les mieux placés aujourd’hui sur l’accompagnement et notamment l’aide au maintien. À ce jour, rien n’est supprimé, c’est aussi une décision des collectivités territoriales », a déclaré Stéphane Travert. Près d’un mois plus tard, au micro de RTL le 29 août, Stéphane Travert déclarait : « Je vais proposer, faire en sorte qu’un fonds dédié soit créé […] pour qu’il aille spécifiquement à des filières bio qui sont plus en difficulté ou ont besoin d’être accompagnées pour continuer à investir et occuper des places de marché ». Ce fonds « serait redistribué par exemple par un acteur public à des bénéficiaires qui veulent faire émerger une filière en agriculture biologique », explique-t-il. Et de préciser, concernant son financement : « Ça peut être le fait qu’un industriel ou un distributeur puisse, sur un temps donné, rogner sur une partie de sa marge pour créer ce fonds spécifique ». La section bio de la Coordination rurale (CR) demandait la veille à ce que « la part manquante pour tenir les engagements de l’État sur les aides bio soit prise sur le budget du ministère de l’Écologie », exigeant une « régulation des conversions » et un retour des « aides bio dans le premier pilier » pour la prochaine PAC.
Une baisse de 1 150 € d’aides pour une exploitation laitière de 100 ha et 597 000 litres de lait par an
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(1) Ces calculs sont basés sur un montant du premier pilier de 7,3 milliards d’euros et une ponction de 307 millions d’euros correspondant aux 4,2 %.
Aides Pac : Stéphane Le Foll réfute les attaques de la FNSEA sur son budget
« Le choix politique que j’ai fait […] a été de réduire, par une répartition nouvelle des aides, l’écart entre les deux grands secteurs que sont l’élevage et les productions végétales, au profit de l’élevage et entre les régions » au profit des moins favorisées, se justifie Stéphane Le Foll, dans une tribune publiée le 1er août dans le Huffington Post. L’ancien ministre de l’Agriculture rappelle à « Madame Lambert », présidente de la FNSEA qu’il n’a pas commis le « hold-up » dont elle l’accuse, mais qu’au contraire, il a mis pour la période 2014-2020, 4 Mrd € supplémentaires à disposition du second pilier de la Pac, comparé à la période 2007-2013. Ainsi, doté de 9,7 Mrd € sur 6 ans, le second pilier n’est déficitaire que de 400 M€, affirme Stéphane Le Foll, réfutant les chiffres de la FNSEA (près d’un milliard d’euros). Un montant qui, selon lui, permettra de boucler le budget, « en sollicitant de manière modérée le premier pilier » qui lui, représente 7 Mrd € par an.
Aides Pac : entre 201 M€ et 854 M€ de besoins budgétaires hors ICHN selon le ministère
Dans un document du ministère de l’Agriculture intitulé « Transfert du 1er pilier - 2nd pilier », daté du 21 juillet 2017 que s’est procuré Agra Presse, l’assurance récolte, les aides bio et la lutte contre la prédation représentent des « besoins budgétaires » sur la fin de la programmation 2014-2020 dont la somme atteint entre 201 M€ et 854 M€. Dans le détail, les besoins pour l’assurance récolte sont estimés entre 86 M€ et 233 M€, pour les aides bio entre 80 M€ et 586 M€ et pour la lutte contre la prédation à 35 M€. Les besoins budgétaires ICHN sont confirmés à 853 M€ (+230 M€ liés à la révision des zones défavorisées simples, dont la date d’application est en négociation). Au total, les besoins budgétaires (ICHN, aides bio, assurance, prédation) estimés par le ministère sont compris entre 1 054 M€ et 1 937 M€. Selon les chambres d’agriculture (APCA), le gouvernement aurait dépensé un peu plus de 90 % du budget national prévu pour les aides bio (conversion et maintien) et 55 % du budget national pour les MAEC. Concernant l’ICHN, l’APCA chiffre quatre sources de dépassement des budgets : sur-programmation initiale visant à limiter le risque de sous-consommation de l’indemnité (450 M€), intégration des éleveurs laitiers au dispositif (225 M€), « renforcement de la part de l’UE dans les cofinancements » (180 M€) et révision des zones défavorisées simples (230 M€).