Les pertes subies par les exploitants agricoles dans la province de Corrientes sont estimées à 630 millions d’euros, alors que ces feux – toujours hors de contrôle – ont déjà ravagé près d’un million d’hectares.
Zones de réserve naturelle, prairies, forêts, cultures… Selon l’Institut argentin de technologie agricole (INTA), près d’un million d’hectares ont été ravagés dans la province de Corrientes (nord-est) par des incendies toujours hors de contrôle. Seules les pluies attendues cette fin de semaine (du 21 février, NDLR) pourraient les freiner. La Société rurale argentine (SRA) a estimé les pertes subies par les exploitants agricoles, jusqu’ici, à un total de 630 millions d’euros.
Possible origine humaine
Nombre d’entre eux ont tout perdu. Le gouverneur de Corrientes, Gustavo Valdés, a témoigné hier de leur « souffrance » sur la chaîne de télévision argentine TN. « Plus de 10 % du territoire de notre province est sous les feux. Les moyens de lutte contre le feu à notre portée sont largement insuffisants. Nous allons demander au gouvernement fédéral une assistance économique aux agriculteurs, secteur par secteur, et nous devrons tirer les leçons de cette tragédie causée par le changement climatique », a-t-il dit. Le gouverneur s’est aussi ému de « l’état de désolation actuel du Parc naturel des étangs de l’Iberá », l’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde.
Les conditions climatiques sèches et venteuses expliquent la propagation gigantesque de tels incendies. Mais l’hypothèse de l’origine humaine des foyers n’est pas écartée. « Plus de 70 enquêtes policières liées à l’origine de ces feux ont été ouvertes à la suite de plaintes », a indiqué le ministre argentin de l’Environnement, Juan Cabandié.
Bilan aggravé pour le bétail
« Ces feux ont été provoqués intentionnellement par des motards, les traces de pneus détectées par la police sur au moins quatre lieux incendiés le confirment », a affirmé Samuel Saenz Rozas, de la SRA, au journal La Nación. Il compare ces feux à la vague de saccages au couteau de silos-sacs contenant des grains de soja qui avait mis en émoi, tout l’an dernier, les céréaliers argentins.
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Le recensement du bétail ayant péri dans les flammes n’a pas encore été établi, mais le bilan s’alourdira à cause du manque de fourrages. La province de Corrientes compte un cheptel bovin de 4,6 millions de têtes. « Le manque de fourrages va porter le taux de mortalité des bovins allaitants à au moins 6 % au lieu de 3 % en temps normal, cela équivaut à une perte de 140 000 bovins. De plus, les taux de fécondité à venir seront en très bas. Sans compter les clôtures entièrement détruites », témoigne Francisco Velar, de la SRA.
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Les premiers foyers d’incendies à Corrientes se sont déclarés dès novembre dernier. Ils sont devenus hors de contrôle dans un contexte de sécheresse qui touche tout le nord-est de l’Argentine, ainsi que le Paraguay.
Manque d’assurance
Face à l’urgence, le gouvernement argentin a sollicité l’aide internationale spécialisée en matière de lutte contre le feu, notamment auprès de la France et des États-Unis. Pour l’heure, seuls l’État brésilien du Rio Grande do Sul et la Bolivie ont envoyé des unités de pompiers.
Cette catastrophe naturelle inédite souligne aussi l’absence de système assurantiel du secteur agricole argentin contre ce type de phénomène, tandis que l’enveloppe allouée par le ministère de l’Agriculture au Fonds d’urgence agricole, inférieure à 5 M€, est dérisoire par rapport à l’échelle du pays. Le président de l’Argentine, Alberto Fernández, devait se rendre à Corrientes vendredi 25 février.