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Produits laitiers/Stratégie L’Armoricaine laitière se risque aux aliments-santé

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Habituée à valoriser le lait de ses adhérents en le transformant en produits à valeur ajoutée (fromages à pâte pressée cuite et ultra-frais notamment), la coopérative Armoricaine laitière se lance dans la nutrition raisonnée.

Depuis l’automne dernier, ce petit groupe laitier situé à Lanfains dans le centre des Côtes d’Armor commercialise « Perle d’Armor », une boisson laitière contenant 50 % d’oméga 3 de plus qu’un lait standard, grâce à la graine de lin incorporée dans l’alimentation des vaches, et à teneur réduite en sucre. Cible : les consommateurs adultes, avertis des bienfaits de la recette.

L’industriel breton a consacré près d’un an à définir précisément le produit, particulièrement pour déterminer les ingrédients nécessaires à l’obtention d’un produit « onctueux et long en bouche, avec un aspect nappant », explique Philippe Ramond, directeur commercial de l’Armoricaine laitière.

Avec une collecte de 37 millions de litres de lait (110 adhérents), l’Armoricaine laitière a réalisé l’an passé 22 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 65 salariés, en produisant plus de 500 tonnes de fromage de type parmesan, 9 000 tonnes de yaourts, près de 1 500 tonnes de crème fraîche et du lait ribot.

Segment en croissance de 15 à 20 %

L’entrée de l’Armoricaine laitière sur le segment des boissons laitières aux allégations « santé » « est un pari audacieux, reconnaît Philippe Ramond, mais nous estimons pouvoir mettre une filière en place. En France sur ce marché, la consommation est largement en dessous de celle du Royaume-Uni, par exemple. Mais ce segment progresse de 15 à 20 % par an. »

L’industriel n’a pratiquement rien investi dans l’opération, dit-il, à l’exception d’équipements visant à séparer le flux de lait spécifique à la boisson « santé », et d’une ligne de conditionnement. Le lait de « Perle d’Armor » provient en effet de cinq élevages engagés dans la filière Bleu blanc cœur qui complémentent l’alimentation de leurs vaches avec du lin.

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Ces élevages fournissent de quoi fabriquer « près de 5 tonnes de Perle d’Armor par mois », précise le directeur général, Jean-Paul Linet. Ces packs de quatre bouteilles de 100 grammes chacune sont actuellement commercialisées dans les hypermarchés E. Leclerc et Intermarché de l’ouest de la France. En fonction des demandes, la production pourra rapidement être doublée, poursuit M. Linet. Près d’une quinzaine de producteurs se tiennent prêts à entrer dans la démarche.

L’Armoricaine laitière concrétise la stratégie qu’elle mène depuis près de vingt ans : la recherche de niches haut de gamme pour se marquer sa différence de PME laitière. Au milieu des années 1980, elle se lance dans la production de fromage à pâte dure de type parmesan et s’invente une marque propre, Fromagio.

Ce type de fromage nécessite l’emploi de 12 litres de lait pour fabriquer 1 kilo de fromage. Sans l’appellation Parmesan, réservée depuis 2001 à une région d’Italie, l’Armoricaine laitière en fabrique entre 500 et 1000 tonnes selon les années, la moitié vendue en portion ou râpé. L’activité pèse pour le quart du CA aujourd’hui, réalisée en GMS, RHD, IAA et même auprès de grossistes italiens.

Egalement gros fabricant de crèmes fraîches et de lait ribot vendus au travers de la plate-forme de commercialisation en ultra-frais UCA Even, l’Armoricaine laitière a engagé un virage stratégique au début des années 2000 en nouant un solide partenariat commercial avec Intermarché. Le groupe laitier a nettement musclé sa production de yaourts, tous vendus sous MDD. Elle consacre la moitié de sa production (9 000 tonnes au total, production quadruplée en quatre ans) au groupement des Mousquetaires, en France comme à l’étranger, l’autre moitié à Carrefour, Auchan et Metro.

Avec « Perle d’Armor », l’Armoricaine laitière s’invente une nouvelle marque, la seconde en propre, et crée une filière spécifique destinée à renforcer son indépendance, à l’heure des grandes manœuvres dans l’univers du lait.