Abonné

L’Assemblée saisie de l’affaire des laits infantiles contaminés

- - 5 min

Une mission flash va être lancée à l’Assemblé nationale pour évaluer la responsabilité des industriels du lait infantile et la stratégie de l’Etat face à cette situation. Les décès de nourrissons et les hospitalisations ont amené la justice à se pencher sur le dossier.

Après les professionnels de santé, les organisations de défense des consommateurs et les juges, c’est désormais au tour des élus de la nation de se pencher sur l’affaire des laits contaminés à la céréulide. Une mission flash sur les laits infantiles, chargée d’évaluer « la responsabilité des multinationales » et « la stratégie de l’Etat », va être lancée à la reprise des travaux parlementaires, a annoncé le 11 mars la députée Mathilde Hignet (LFI-NFP), co-rapporteure de la mission. À l’initiative de la commission des affaires sociales, cette mission flash devrait débuter ses auditions fin mars et rendre son rapport d’ici juin.

Les industriels « pour qui il y a eu des rappels de lots comme Lactalis, Nestlé, Vitagermine, etc. » seront donc auditionnés par cette mission, tout comme les autorités sanitaires, « le ministère de la Santé, de l’Agriculture, l’Anses », ainsi que des associations comme le collectif Intox’Alim, a détaillé Mathilde Hignet. La députée, qui travaillera avec le député Michel Lauzzana (Ensemble pour la République), a également lancé un appel à témoignages destiné « aux parents dont l’enfant a été malade après avoir consommé du lait infantile, ayant fait l’objet de rappel ou non ».

Trois décès, une dizaine d’hospitalisations

Cette initiative parlementaire fait suite aux vastes rappels en cours de laits infantiles contaminés par la toxine céréulide depuis plus de deux mois. En France, trois décès ont été signalés parmi des bébés ayant consommé des laits visés par les rappels, ainsi qu’une dizaine d’hospitalisations.

Ces derniers jours, de nouveaux éléments sont venus actualiser ce dossier. Le ministère de la Santé a ainsi reçu un « premier résultat d’analyse de selles positif à la toxine céréulide », rapporte la Direction générale de la santé (DGS, ministère) le 27 février. La DGS précise que cela ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet. Il s’agit donc de la première identification de la toxine céréulide chez un bébé français ayant été hospitalisé après consommation d’un produit impliqué. « Ce résultat confirme que l’enfant concerné a été exposé à cette toxine », dont la présence « est susceptible d’expliquer les symptômes observés », reconnaît le ministère, se refusant toutefois à trancher pour une imputabilité. Cela « appartient aux experts compétents, notamment aux soignants ayant pris en charge l’enfant ainsi qu’aux spécialistes en toxicologie mobilisés dans le cadre des investigations », assure-t-il.

Lien de causalité pas établi

La toxine céréulide a aussi été retrouvée dans un lait infantile consommé par un nourrisson décédé à Angers en décembre, a indiqué le 6 mars le procureur de la République d’Angers Eric Bouillard. Le rapport d’analyse ne fait toutefois pas état, selon lui, d’un taux anormalement élevé de la toxine car « il n’y a pas de norme ». « Aujourd’hui, le lien de causalité entre la céréulide et le décès de l’enfant n’est pas établi », a précisé le procureur, qui attend les résultats d’autres analyses, notamment celles portant sur les selles de l’enfant.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Selon un communiqué des avocats de la famille du bébé, le nourrisson avait consommé ce lait infantile Guigoz (Nestlé) « dans les heures précédant son décès brutal ». En revanche, dans le cas du bébé mort près de Bordeaux début janvier, « en l’état des investigations, le décès du nourrisson n’apparaît […] pas en lien avec le lait artificiel qui a servi à son alimentation », a indiqué Renaud Gaudeul, procureur de la République de Bordeaux. Le bébé avait consommé du lait Guigoz ayant fait l’objet d’un rappel.

Le recours d’Intox’Alim rejeté

Dans cette affaire, le rôle de l’Etat est aussi questionné par l’association Intox’Alim qui a demandé la modification des recommandations sanitaires émises par le gouvernement à la suite des rappels de laits infantiles. Celle-ci a formulé un recourt auprès du Conseil d’Etat, qui a été rejeté via une ordonnance du 3 mars par le juge des référés. D’après un communiqué, après une série de retraits-rappels ayant débuté en décembre 2025, le ministère de la Santé a diffusé, les 23 et 31 janvier, des recommandations aux professionnels de santé « sur la conduite à tenir en cas de consultation par les familles de nourrissons ayant consommé des laits » concernés.

Comme le rappelle la plus haute juridiction administrative, Intox’Alim estimait notamment que « ces recommandations nuisaient à la bonne prise en charge médicale des nourrissons ». Le juge des référés a estimé que les recommandations gouvernementales « ne portent pas atteinte au droit à la protection de la santé ». L’audience a également permis de confirmer que « tous les lots identifiés comme susceptibles d’être contaminés par la toxine céréulide ont été retirés du marché ».

CB, YG

Les recommandations gouvernementales « ne portent pas atteinte au droit à la protection de la santé »

Lactalis, Nestlé, Vitagermine seront donc auditionnés par cette mission