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Volailles L’avenir de Doux entre deux projets de reprise

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C’est le vendredi 27 juillet que le tribunal de commerce de Quimper devait tenir une audience visant à décider de l’avenir de Doux. Deux propositions principales se présentaient devant le tribunal. D’une part une offre coordonnée par Sofiprotéol et rassemblant les principaux opérateurs du secteur et de la région ouest ; d’autre une proposition de « plan de continuation » de Charles Doux amenant à la vente de son groupe à la banque Barclays, principale créancière de l’entreprise. Au 26 juillet, rien ne permettait de dire avec assurance quelle serait la solution retenue par le tribunal. Il était peu probable qu’elle soit annoncée le jour même de l’audience. Mais le temps presse. Des fournisseurs aussi indispensables que les transporteurs, évoquant des créances impayées, commençaient à cesser des livraisons le 25 juillet.

D’un côté l’offre coordonnée par Sofiprotéol et émanant d’une dizaine d’entreprises du secteur avicole et d’aliments du bétail. Améliorée à la demande du gouvernement, elle a été présentée le 24 juillet à l’administrateur judiciaire et ensuite aux syndicats de salariés.

Relocalisation partiel du marché pour Sofiprotéol

La stratégie de cette offre table sur une réduction du volume de poulet congelé exporté et une augmentation du volume de poulet frais commercialisé en Europe. Cette proposition implique la reprise directe de 2 707 personnes du groupe Doux auxquelles s’ajoutent 371 personnes devenant prioritaires dans les offres d’embauche des repreneurs. Les salariés non repris seraient donc ramenés de 1 550 à environ 1 000 emplois. L’usine de Quimper (viandes séparées mécaniquement) serait reprise pour partie. En ce qui concerne le poulet congelé exporté, le volume potentiel passerait de 240 000 tonnes aujourd’hui à 200 000 tonnes à terme, soit une réduction de 1 million de poulets par semaine au profit du marché intérieur. La stratégie tient notamment compte du risque de disparition des subventions à l’export payées aujourd’hui par l’Union européenne. Le lendemain, Xavier Beulin, président de la FNSEA et de Sofiprotéol, estimait qu’il s’agissait bien de garder le grand export comme priorité mais à un niveau global raisonnable de 200 000 tonnes. Le coût est d’environ 50 M d’euros pour la reprise d’actifs, 18 à 19 millions pour l’achat du stock en vif et plusieurs dizaines de millions pour les investissements à venir.

Vente à Barclays pour la solution de Charles Doux

Pour sa part, Charles Doux, principalement par la voix de Michel Léonard, DG actuel de l’entreprise, faisait connaître les grandes lignes de son propre plan de continuation. Dans un entretien au quotidien Ouest France de ce 26 juillet, Michel Leonard, expliquait que le plan de continuation proposé par Charles Doux au tribunal de Quimper passerait par la prise de contrôle du groupe par la Barclays. Une solution qu’avait clairement refusée la famille Doux quelques semaines auparavant. La banque obtiendrait la conversion de sa créance de 140 millions d’euros en part majoritaire du capital. La famille Doux deviendrait ainsi minoritaire. Quant au plan, il prévoit la conservation des activités poulet export hors UE ainsi que la division produits transformés. « Les produits frais pourraient être cédés aux candidats ayant déposé une offre de reprise auprès du tribunal de Quimper » (Terrena pour l’essentiel, N.D.L.R.) explique Michel Léonard. Pour faire face aux échéances immédiates, détaille-t-il, « nous avons réuni 25 millions d’euros. La banque Barclays apportera 10 millions d’euros ; Al Munajem, un client saoudien 12 millions d’euros et Factor 3 millions d’euros ». Concernant les usines de Pleucadeuc et de Graincourt, Michel Leonard n’a pas de solution pour la seconde mais propose un plan de reprise partielle pour la première. Quant aux emplois, dit-il, « si nous ne sauvons pas tous les emplois, nous en préservons davantage : 3 185 contre 3 078 pour l’offre du consortium. Leur offre intègre 354 CDD seulement jusqu’au terme des contrats. De la même façon 371 postes sont des promesses de reclassement dans des usines des candidats à la reprise ». Charles Doux avait expliqué quelques jours avant qu’il propose aux éleveurs de payer une moitié de leur créance (12 millions d’euros au total) en proposant de transformer le reste en part de capital de l’entreprise. Le 25 juillet, le président de Sofiprotéol et de la FNSEA, Xavier Beulin avait estimé que cela ne représenterait qu’un intérêt très faible pour les éleveurs (« 6 millions d’euros pour une entreprise ayant une dette au bilan de 400 millions d’euros ») et que les éleveurs dans ce cas « ne verront pas la queue d’une cerise de leur créance ». Dans le cadre du plan coordonné par Sofiprotéol, Xavier Beulin attendait aussi « un geste du gouvernement » pour trouver « une solution aux employés les plus proches de la retraite ».

Options très ouvertes

Si les options semblaient très ouvertes, le 26 juillet, plusieurs acteurs ont pris clairement position. D’une part, plusieurs syndicats de salariés affirmaient leur préférence pour le plan coordonné de Sofiprotéol. Il s’agissait de FO, tandis que la CFDT estimait que la « casse » en termes d’emplois est équivalente dans les deux propositions, dont celle de Charles Doux « manque de clarté ». Sur le plan local, plusieurs élus semblaient opter pour la solution de Charles Doux tandis que sur le plan national, le ministre délégué à l’agroalimentaire se félicitait de l’amélioration de la solution Sofiprotéol. Enfin, les 200 éleveurs qui s’étaient prononcés en faveur de Charles Doux la semaine précédente ont annoncé le 24 juillet qu’au vu de l’offre coordonnée, ils préféraient finalement celle-ci.
Quelle que soit la solution retenue par le tribunal de commerce de Quimper (certains observateurs regrettant que le dossier n’ait pas été délocalisé) celle-ci n’aura pas fait l’unanimité. Mais le temps pressait. Selon Ouest France, les sociétés de transport qui travaillent avec le groupe Doux et représentent 2 000 emplois sont en grande difficulté. Le montant des impayés s’élèverait à plus de 8 millions d’euros. Allant de 2,5 millions d’euros à 50 000 euros selon les entreprises. Après avoir brandi la menace plusieurs fois, des adhérents de la FNTR sont passés à l’action le 24 juillet au soir. Interrompant leurs livraisons d’aliments et de poulets.

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