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Compétitivité L’aviculture française part à la conquête de compétitivité

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Face à la nouvelle baisse des restitutions à l’export, la filière avicole française, depuis les fabricants d’aliments jusqu’aux industriels en passant par les éleveurs, se retrouve une fois de plus confrontée à son manque de compétitivité. Pour combler ce vide, les leviers politiques, économiques et techniques sont connus. Il y a urgence à les activer.

«Nos coûts de production en aviculture sont 35% supérieurs à ceux du Brésil et 10% supérieurs à ceux du reste de l’Union européenne », explique Dylan Chevalier, spécialiste avicole de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Cette différence révèle le manque de compétitivité de la filière avicole française, tant sur les marchés à l’export que sur le marché intérieur. Pour combler ce manque, il n’y a pas une solution miracle : il faut des actions ciblées sur les élevages, mais aussi en amont et en aval de ces derniers.
Tout commence par les approvisionnements des élevages en alimentation animale. Alain Guillaume, président du Syndicat national des industries de la nutrition animale (Snia) rappelle que « ne pas soutenir les productions animales, c’est perdre une opportunité de maintenir et de développer un secteur source de valeur ajoutée et d’emplois sur le territoire ». Plus concrètement, le Snia propose 18 mesures concrètes et ciblées qui permettraient aux industries de la nutrition animale de mieux participer à la conquête de compétitivité. Il s’agit par exemple de demander un délai de 10 ans pour mettre aux normes les gros camions (44 tonnes de charge totale) de livraison des aliments ou encore d’exonérer l’élevage de la future écotaxe sur les poids lourds. Sans cela, le coût de l’alimentation ne pourra pas être optimisé. L’enjeu est de taille : en 2011, 41 % de la production française d’aliments composés était destinée aux volailles.

Leviers à activer

Pour les élevages proprement dits, les leviers à activer sont aussi nombreux. Mais avant tout les experts de la filière avicole rappellent que l’éventuelle fin du débouché export serait une catastrophe pour la filière. « Dans certains élevages, le débouché export permet d’amortir en partie les charges fixes », explique-t-on à l’Itavi (Institut technique de l’aviculture). Par ailleurs, « le secteur de la production demeure entre les mains d’éleveurs possédant des exploitations agricoles de dimension familiale ». D’après Dylan Chevalier, la taille moyenne des élevages standards est de 1500 mètres carrés et de 2 000 à 3 000 mètres carrés pour les élevages exports de Vendée ce qui est nettement inférieur à la moyenne des pays concurrents. Pour l’Itavi, « la spécialisation des exploitations et un agrandissement de la taille des ateliers apparaissent être un moyen d’améliorer la compétitivité des élevages français ». Pour certains industriels, le modèle idéal tendrait vers 4000 mètres carrés de bâtiments. L’idée reste « d’optimiser l’organisation du travail de l’éleveur, d’amortir plus facilement les investissements de traitement des déjections et d’améliorer les résultats techniques obtenus ».

Manque d’investissements dans l’industrie

« Le problème de toute la filière de transformation animale réside dans le retard pris dans les investissements par rapport à nos voisins allemands et hollandais notamment, qui n’a fait que s’accentuer ces dernières années », déclarait Eric Philippe, directeur général de Glon-Sanders et directeur général adjoint de Sofiprotéol dans le 22 janvier. Car le manque d’investissements touche la filière depuis plusieurs années. « La production recule de 20% sur dix ans. Les effets induits par ce déclin de l’activité de la filière avicole de chair sont une diminution des marges (…) et un ralentissement des investissements générant un vieillissement des outils et une aggravation du déficit de compétitivité », écrivent les experts de l’Itavi dans un rapport sur « la filière avicole française à l’horizon 2025 » publié en 2009.
La comparaison avec nos voisins européens revient aussi sur la question du coût de la main d’œuvre dans les abattoirs. « 75% des salariés dans les abattoirs allemands viennent d’Europe de l’Est et sont payés quatre fois moins cher qu’en France », affirme Daniel Sauvaget, président directeur général de Tilly-Sabco. Sur les abattoirs, il y aussi le problème épineux de la surcapacité des abattoirs français. Fin 2012, lors d’une réunion organisée par les pouvoirs publics entre tous les maillons des filières, la solution de fermeture de certains abattoirs avait soulevé les inquiétudes de bon nombre de professionnels. Enfin, les problèmes du coût du transport touchent aussi les industriels. « Notre salut, à nous les Bretons, c’est la mer », garantit Daniel Sauvaget se référant à la filière export. Ainsi, le port de Brest est un point stratégique pour le commerce extérieur. Les acheminements par transport routier représentent un surcoût considérable.

Solution collective

Outre les leviers propres à chacun des maillons de la filière, il en existe impliquant toute la filière. C’est ce qu’explique Dylan Chevalier : « Il nous faut travailler sur le rendement filet, plutôt que sur le rendement poulet vif ». L’idée est de produire des filets plus lourds en modifiant notamment l’alimentation des poulets. « Il y aurait un surcoût de 20 à 30 euros la tonne d’aliments, mais la valorisation en aval améliorerait la production de ces filets plus lourds », poursuit le spécialiste en aviculture, « d’autant que nous avons le potentiel génétique de le faire ». En Allemagne, c’est déjà le cas et la filière fonctionne. Autre blocage et pas des moindres : il faut encore que les négociations avec la distribution progressent et que celle-ci accepte de proposer des portions avec des filets plus lourds.

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