En rachetant l’activité de transformation et commercialisation de volailles de la Coopérative des agriculteurs du Morbihan (CAM), le groupe LDC consolide nettement ses positions : il devient le numéro un du secteur en France, devant Doux, et le leader de la dinde et du canard en Europe.
Une opération ambitieuse » : c’est en ces termes qu’André Delion, directeur financier du groupe LDC, commente l’acquisition de l’activité de transformation de volailles de la Coopérative des agriculteurs du Morbihan (CAM). Ambitieuse par son importance parce qu’elle apporte à son repreneur 170 millions d’euros de chiffre d’affaires (estimation 2004, dont 35 % à l’international) pour 60 000 tonnes environ de produits de dinde, de canard et produits élaborés traités dans six usines. Ambitieuse aussi par la diversité de son portefeuille d’activités, puisqu’elle introduit LDC sur le marché des produits congelés (50 % de l’activité de la CAM, à parité avec le frais), destinés pour bonne part à l’exportation vers l’Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni, mais aussi vers le home-service, dont le groupe sarthois était absent jusque là et la restauration hors domicile.
« Une opération courageuse » pour la CAM, estime aussi le dirigeant, saluant la décision de la coopérative de confier la gestion de ses outils d’aval à un autre professionnel, faute d’avoir pu rentabiliser cette activité. Pour 2004, la perte d’exploitation est évaluée à 1,4 million d’euros, et compte tenu de ce qu’il va découvrir des produits et des marchés nouveaux, LDC se donne un délai de deux à trois ans pour amener ce pôle à
l’équilibre. Aucune fermeture n’est envisagée parmi les outils dont deux sont tournés vers le canard, deux autres vers la dinde, en Bretagne, et deux autres installés en Bourgogne (Chapons bressans et Bresdi dans l’élaboration de produits crus), indique André Delion. La cession des actifs industriels s’accompagne du maintien des contrats d’approvisionnement par les aviculteurs de la coopérative, qui ont représenté en 2003, par semaine, 85 000 dindes et 190 000 canards.
Premier européen dans la dinde et le canard
Par cette opération, LDC totalisera plus de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires et 40 % environ de parts de marché dans le canard de Barbarie, et plus de 300 millions d’euros dans la dinde pour un quart du marché environ en France. Non content de devenir le premier en Europe sur ces produits, il s’affirme aussi désormais comme le leader de la volaille dans l’Hexagone avec un chiffre d’affaires de 1,530 milliard d’euros, amont inclus, contre 1,45 milliard environ pour son concurrent Doux. Après intégration de l’acquisition, les ventes réalisées dans le domaine des produits élaborés seront portées à 20 % du chiffre d’affaires volailles, précise le groupe.
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Interrogé sur l’état des marchés de la dinde et du canard, André Delion fait état d’une activité qui demeure difficile dans la première espèce (- 6 % en CUM entre le 29 décembre 2003 et début septembre 2004, source Secodip), mais d’un redressement du canard (+3,1 % sur la même période). « Nous avons confiance dans la volaille française, elle va repartir », confie-t-il.
Spirale infernale
Du côté de la CAM, le directeur général Yvon Le Bolloch, souligne que les contrats d’approvisionnement ont constitué un point essentiel de la négociation. Les garanties données au conseil d’administration de la coopérative ont satisfait tout le monde. « Nous étions en sous-capacités dans certaines usines, en surcapacités là. Nous sommes parvenus à la conclusion qu’il était risqué de continuer seul », commente-t-il. C’est à cette spirale infernale que les administrateurs de la coopérative ont décidé de mettre fin, en donnant carte blanche à l’exécutif de la coopérative pour qu’elle trouve une solution radicale.
Cette opération est bonne « pour tout le monde, clients, administrateurs, salariés, éleveurs », insiste Yvon le Bolloch, qui a accepté de poursuivre l’aventure. Il deviendra, au 1er janvier 2005, président de la branche cédée qui, dit-il, formera un ensemble spécifique, sans doute tourné vers la restauration hors domicile et le home-service, segments sur lesquels la coopérative avait de bonnes positions.
Quant à la Coopérative des agriculteurs du Morbihan, si elle redevient une simple coopérative de base dans l’appro, la collecte de lait et de céréales…), elle détient aussi désormais un joli pactole.