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LDC négocie le rachat de Ronsard

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LDC, le leader français de la volaille, a annoncé avoir entamé des négociations exclusives pour la reprise de Ronsard auprès d’Eureden. Ce projet qui nécessite la reconstruction d’un site d’abattage à Brignan pour permettre la sauvegarde des emplois, entraîne le report de la construction du site à Châteaulin, programmé après la reprise des actifs de Doux en 2018. LDC a par ailleurs confirmé avoir atteint son objectif de résultat opérationnel courant lors de l’exercice 2019/2020. En revanche, aucune indication chiffrée sur les perspectives de l’exercice en cours ne sera dévoilée avant novembre prochain.

À l’occasion de la présentation, le 27 mai, de ses comptes pour l’exercice 2019/2020 (clos le 28 février), LDC a annoncé être entré « en discussions exclusives avec le groupe Eureden en vue d’une reprise des actifs de la Société Ronsard en Bretagne, Aquitaine, Bresse et en Ile-de-France ». Numéro 4 du marché français, Ronsard, spécialisé dans l’abattage et la transformation de volailles, a réalisé un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros en 2019 (plus de 750 salariés).

Cette opération, qui viendrait conforter ses capacités de transformation en produits élaborés, illustre la poursuite de la stratégie du leader de la volaille française dans la consolidation de la filière et de la reconquête du marché intérieur français vis-à-vis d’importations. Des efforts qui semblent d’ailleurs commencer à porter leurs fruits. Même si 2 millions de poulets frais continuent d’être importés par semaine, les volumes sont stables, « en 2019, pour la première fois depuis 20 ans, il n’y a plus d’augmentation », précise Denis Lambert.

Cette reprise qui constitue une opportunité pour LDC de conforter ses positions, a tout du sauvetage pour l’unité de Ronsard à Bigan (Morbihan) dont l’outil, faute d’investissements, est devenu obsolète. Certains parlent d’un million d’euros de pertes par mois… LDC qui reprendrait les sept sites du groupe, sans la dette, s’engage à signer un contrat d’approvisionnement avec les éleveurs de la coopérative Eureden.

Compte tenu du volume des investissements nécessaires pour sécuriser le site et les emplois, LDC a dû procéder à des arbitrages. Ainsi, la construction d’un nouveau site d’abattage et de découpe de poulet à Châteaulin (suite à la reprise des actifs de Doux en 2018), dans le Finistère, et pour lequel LDC n’a pas encore reçu les aides financières promises par la Région Bretagne, est « suspendue le temps de réaliser l’investissement à Bignan et de s’assurer de l’équilibre financier de ce dernier », souligne le groupe dans le communiqué co-signé avec Eureden et la Région Bretagne. « France-Poultry (ex-Doux) fonctionne bien aujourd’hui, alors que Ronsard est en difficulté, justifie Denis Lambert. Il faut rapidement construire un nouveau site d’abattage à Bignan, avec pour premier objectif d’atteindre une capacité de 400 000 poulets par semaine, contre 250 000 actuellement ». Un projet « dont les premiers résultats financiers, compte tenu de la durée des travaux et de la mise en route, pourraient être observés dans 4 ans environ ».

Le site de Bignan, qui représente le gros du tonnage de Ronsard, serait intégré à la Société bretonne de volailles (SBV), la filiale de LDC, et lui apporterait, selon son dirigeant Roland Tonarelli, "entre 100 et 120 millions d’euros de chiffre d’affaires".

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Cette opération reste soumise à la consultation des représentants du personnel et après la signature d’un accord définitif après audit des sites, au feu vert de l’autorité de la concurrence.

Pas de prévisions avant novembre prochain

En attendant la concrétisation de cette reprise, LDC a parallèlement confirmé son objectif de résultat opérationnel courant pour 2019/2020. Celui-ci dépasse comme prévu le seuil des 200 millions d'euros, à 201,5 millions d’euros, soit une progression de 6 % par rapport à l’exercice 2018/2019. Compte tenu d’un chiffre d’affaires, annoncé en avril dernier, de 4,4 milliards d’euros (+7,2 %), la marge opérationnelle courante reste identique à celle de l’exercice précédent à 4,6 %. Et le résultat net de son côté recule de 3,4 % à 143,7 millions d’euros sous l’effet du coût de financement des investissements et des acquisitions et de l’arrêt du crédit impôt compétitivité emploi (CICE). Réussite des fêtes de fin d’année, contribution des croissances externes à l’international et bons résultats du pôle traiteur expliquent ces bonnes performances (Agra Alimentation du 16 avril 2020).

En revanche, le début de l’exercice en cours est plus mitigé et compte tenu des incertitudes liées à la crise actuelle, le groupe n’a pas donné de prévisions chiffrées pour 2020/2021. S’il a bénéficié du surcroît d’activité en GMS, qui représente près de 50 % de son chiffre d’affaires, lors des premières semaines de confinement, LDC accuse en effet une baisse de l’ordre de 7 % de son chiffre d’affaires sur la période mars/avril 2020 par rapport à la même période de 2019. La hausse de la consommation en supermarché ne permettant pas de compenser « totalement l’arrêt de l’activité de restauration collective », explique-t-il. De fait, la forte baisse de l’activité en restauration a obligé LDC à mettre en œuvre de mesures d’activité partielle sur cinq de ses 70 sites. Le groupe prévoit de donner des objectifs financiers pour l’exercice en cours à l’occasion de l’annonce des résultats semestriels dont la date est fixée au 25 novembre prochain.

Pour autant, LDC, fort d’une situation financière solide, n’est pas vraiment inquiet pour l’avenir et compte bien poursuivre, comme en atteste l’opération sur Ronsard, « son développement en France comme à l’international », précise-t-il. Au 29 février 2020, il affichait 408 millions d’euros de capitaux propres et une trésorerie nette de 20,8 millions d'euros, après prise en compte du financement des quatre acquisitions réalisées sur l’exercice écoulé. Et sa capacité d’autofinancement atteint 302,7 millions d’euros, en augmentation de plus de 10 % sur un an.