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Reportage Le blé français en Egypte à l’épreuve d’un euro fort

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« Le blé français est beau », souligne-t-on en Egypte. Pourtant, il se heurte à un euro de plus en plus fort qui limite son entrée sur le marché du premier pays importateur de blé au monde. Depuis 2000, le bureau de France Export Céréales au Caire se consacre totalement à la promotion de notre blé en Egypte. Le pays est devenu, suivant les années, le premier ou deuxième débouché du blé français sur pays-tiers. Malgré des obstacles, la France espère y vendre près de 500 000 tonnes en 2008.

Incontournable mais exigeant. Acteur majeur dans les relations géopolitiques au Moyen-Orient, l’Egypte l’est également dans les échanges agricoles mondiaux. Avec une population qui croît chaque année de 1 million de personnes pour un total de 76 millions, le pays est aujourd’hui le premier importateur de blé au monde avec près de 7 millions de tonnes par an. A cause d’une forte consommation de pain par habitant (400 g/jour contre 160 g/jour en France), les importations de blé, majoritairement réalisées par l’Etat, représentent en importance le troisième budget de l’Etat : 2 milliards de dollars en 2006. Le montant devrait fortement gonfler cette année et passer à près de 5 milliards d’euros à cause de la flambée des prix des matières premières agricoles. Il s’agit d’un enjeu capital pour les exportations françaises, qui sont confrontées à un euro de plus en plus fort.

Un bureau au Caire

En juillet 2000, France Export Céréales a ouvert un bureau au Caire afin d’assurer une présence permanente pour la promotion des céréales françaises en Egypte, mais aussi en Libye, Yémen, Iran et Inde. « Chaque année, nous organisons des séminaires professionnels où nous parlons de la qualité de nos blés, de la situation des marchés et de sujets techniques », expliquait récemment Laurent Dornon, responsable Proche et Moyen-Orient de France Export Céréales, lors d’une rencontre au Caire avec une délégation de l’Association française de journalistes agricoles (Afja). « C’est notamment grâce à l’action de France Export Céréales que les Egyptiens ont repris confiance dans notre offre », analyse Laurent Dornon. En moyenne sur 10 ans, l’Egypte a importé plus de 1 million de tonnes de blé français par an et le pays est devenu, suivant les années, le premier ou deuxième débouché du blé français sur pays-tiers.

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Nouveaux concurrents

« La campagne 2002-2003 fut exceptionnelle », souligne Laurent Dornon. Avec 2,5 millions de tonnes de blé vendues sur l’Egypte, la France est devenue cette année-là le 1 er fournisseur étranger du pays, dépassant de loin les Etats-Unis, jusque-là traditionnel partenaire du pays. Mais la récolte 2003, marquée par la sécheresse, a mis un coup de frein aux disponibilités françaises. Les importations égyptiennes de blé français ont littéralement fondu pour tomber à près de 250 000 tonnes. Aux effets du climat, s’est ajoutée l’arrivée de nouveaux concurrents sur les marchés, la Russie et de l’Ukraine notamment. Depuis, la France a réussi à bien se rattraper sur la campagne 2004/2005, avec 1,7 million de tonnes vendues. Mais les exportations françaises de céréales font face à un obstacle important, qui s’est accentué : celui de l’euro fort. « Sur le début de la campagne actuelle, nous n’avons pas encore pu vendre » explique Laurent Dornon. « Vous êtes trop chers », martèle devant les journalistes français Mahmoud Moselhy, directeur des moulins United Flour Mill (UFM) près du Caire.

« Le blé français est beau »

Pourtant, le prix n’est pas le seul critère pour les importateurs égyptiens. La qualité est logiquement un autre facteur important. « Le blé français donne une bonne qualité de pain, mais on ne peut pas l’utiliser dans les pâtes », résume Mahmoud Moselhy. Le blé tendre est utilisé à la fois pour la fabrication du pain et des pâtes. « Le blé français est beau. C’est un bon améliorant pour la couleur blanche de la farine, mais le taux d’humidité est trop élevé et le taux protéique trop bas », ajoute le patron d’UFM. « Le blé russe est très bon en gluten, mais sa couleur est un peu trop foncée. C’est la raison pour laquelle nous optons pour un mélange avec le blé français », explique-t-il. Malgré certains obstacles, le blé français garde en Egypte une très bonne image, « de sérieux », auprès des opérateurs de la filière. Selon Laurent Dornon, « la France espère vendre entre 400 000 et 500 000 tonnes de blé sur l’Egypte entre janvier et juin », un volume relativement faible par rapport à ceux expédiés en 2002/2003 et 2004/2005. « Les ventes des deux dernières campagnes ont été réalisées malgré des offres françaises qui dépassaient la concurrence de 4 voire 8 dollars la tonne », rappelle-t-il confiant.

(La semaine prochaine : le volet élevage de notre enquête en Egypte)