La France, premier exportateur européen de blé, a dû acheter du blé britannique et lituanien pour pallier la mauvaise qualité de sa récolte et pouvoir ainsi honorer des contrats avec l'étranger. Ses capacités à l'export pour la meunerie semblent amoindries par d'importants volumes fourragers. En cause, une mauvaise météo estivale, qui a néanmoins épargné certaines régions.
Le port de Rouen a reçu mi-août un chargement de 27 000 tonnes de blé en provenance de Lituanie et un autre de 4 400 tonnes venu du Royaume-Uni, a déclaré un porte-parole du port. A Dunkerque, ce sont 3 000 tonnes de blé britannique qui ont été déchargées sur la même période et d'autres livraisons ne sont « pas exclues », selon Damien Vercambre, de la société de courtage Inter-Courtage, basée dans la ville portuaire du Nord.
La qualité du blé français fait défaut cette année, amenuisant ses capacités à satisfaire tous ses clients traditionnels. Pour honorer leurs contrats, les exportateurs vont donc jusqu'à mélanger au médiocre blé national une meilleure qualité venant de l'étranger. Le Royaume-Uni, qui produit habituellement du blé fourrager utilisé pour nourrir les animaux, a bénéficié d'une météo moins mauvaise, qui lui permet de récolter du blé apte à être transformé en pain, souhaité par la filière meunerie des pays importateurs. Mais la récolte n'y est pas encore terminée et « tout ne sera pas bon en Angleterre », prévient Damien Vercambre, qui souligne que les échanges continuent à se faire dans les deux sens.
Perte de valeurEn France, la récolte de blé pour la meunerie a été gâchée par une conjugaison exceptionnelle d'intempéries qui ont dégradé la qualité des grains. Le coup de froid du début juillet, qui a donné aux grains le signal de la germination, suivi d'une pluviométrie hors-norme, qui l'a accentuée, font qu'une grande partie des blés récoltés ne pourront plus être écoulés qu'en fourrages, donc à moindre prix. Et ce, à condition de trouver preneurs, résument les observateurs. « Les producteurs devront faire un sacrifice sur les prix. On parle là de 40 euros par tonne », a déclaré début août à l'AFP François Luguenot, analyste des marchés de la coopérative InVivo. Si le blé meunier se vend actuellement autour de 170 euros la tonne, le prix tombe à 120 euros pour le blé fourrager. Et même à ce prix le blé fourrager, explique-t-il, est pour le moment trop cher pour les marchés traditionnels du Moyen-Orient, du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest et même sur le marché français. D'autant qu'il se trouve en concurrence directe avec le maïs, dont les prix sont particulièrement attrayants cette saison avec de nouveaux records de production entrevus aux Etats-Unis.
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La qualité du blé tendre français sera très hétérogène, avec des blés qui ont germé sur pied dans certaines régions, mais les volumes concernés ne sont pas encore évalués, explique Agreste dans une note du 12 août. « Sur le plan qualitatif, les résultats seront particulièrement contrastés cette année en raison d'un contexte climatique tout à fait exceptionnel », ajoutent FranceAgriMer et l'Institut du végétal dans un communiqué le même jour. « Au moment du remplissage, les cultures ont d'abord connu une période de fortes chaleurs, suivie de températures froides et d'humidité persistante alors que les blés avaient atteint leur maturité physiologique », expliquent-ils. Ainsi, « localement, des défauts de qualité sont répertoriés, en particulier des cas de pré-germination sur pied qui entraînent des temps de chute de Hagberg inférieurs aux niveaux habituellement requis », prévient Agreste. Mais « certaines régions sont quasiment ou totalement épargnées : le Nord-Est ainsi qu'un large territoire du Sud-Est au Sud-Ouest, et couvrant la façade atlantique et Manche, du nord au sud du pays, ainsi que le Nord et le Pas-de-Calais », tempère FranceAgriMer. La récolte 2014 de blé tendre est évaluée à 37,3 Mt, en légère hausse sur un an. Les rendements sont bons, à 75 q/ha en moyenne nationale soit 1 q/ha de mieux qu'en 2013 et 2 q/ha de plus que la moyenne quinquennale (72,9 q/ha). La teneur en protéines est attendue autour de 11 % dans nombre de cas, malgré des situations contrastées.
En dépit des fortes pluies cet été, le groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS) assure que « la qualité et la quantité des futures semences certifiées de céréales seront là pour répondre aux besoins des agriculteurs à l'automne 2014 », dans un communiqué du 20 août. Pour les semis 2014, 167 403 ha assurent la production de semences de toutes les céréales à paille. « La répartition géographique des zones de multiplication dans 17 régions et la diversité des variétés multipliées réduisent l'impact des pluies sur les volumes disponibles », développe le GNIS. « Par ailleurs, les agriculteurs multiplicateurs de semences certifiées savent gérer leur culture en fonction du type de situation climatique et donnent la priorité à leurs contrats semences pour les récoltes ». Toutefois, les 98 entreprises de production de semences de céréales réparties sur l'ensemble du territoire « s'attendent à gérer une augmentation des déchets (grains germés) au cours des opérations de triage pour la production des lots de semences certifiées ». Mais « les investissements réalisés par les stations dans des tables densimétriques et des trieurs optiques feront un travail efficace ». L'UFS (Union française des semenciers) affiche « peu d'inquiétude » pour le disponible en semences de céréales à paille. Si le disponible en semences de blé tendre et d'orge d'hiver paraît « suffisant sur le plan national », restent « des incertitudes pour certaines variétés dans les régions les plus touchées », selon un communiqué le 25 août. Les semenciers se disent « attentifs à la situation pour le blé dur et le triticale ».