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Vin Le CIVB prévoit une année 2014 difficile pour les ventes de bordeaux

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Le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) prévoit une année 2014 difficile pour les ventes de bordeaux, a prévenu son président, Bernard Farges, lors de la conférence de presse annuelle de l'organisme le 13 mars à Paris. Les raisons : les faibles stocks et le repli des exportations vers la Chine.

«À LA conférence de presse de l'année prochaine nous aurons à vous annoncer des chiffres négatifs » pour la commercialisation, du fait des petites récoltes de 2012 et surtout de 2013, et du repli des exportations vers la Chine, qui représentent le premier débouché extérieur en volume (25% des exportations), a déclaré Bernard Farges.

« Nous ne pouvons pas vendre ce que nous n'avons pas », a développé le président du CIVB. La vendange 2013 de vin de Bordeaux, la plus réduite depuis 1991, est estimée à 3,84 millions d'hectolitres (Mhl), soit une chute de 27% par rapport à 2012 (5,25 Mhl). Pour mémoire, la vendange de 2011 était de 5,46 Mhl et celle de 2010 de 5,70 Mhl. Si le bassin viticole a pu écouler 23 bouteilles par seconde en 2013, c'est grâce à des stocks qui étaient abondants jusque-là, a fait remarquer Bernard Farges.

Chine : « Nous avons toujours cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes»

Une autre raison expliquant la probable inflexion de la courbe des ventes est l'évolution du marché chinois dans les prochains mois. « Nous avons toujours cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes », a indiqué Allan Sichel, vice-président au titre des négociants. En effet, les producteurs et les négociants restent suspendus à une résolution du contentieux anti-dumping intenté par Pékin contre les vins européens. Une prochaine étape possible est la visite du président chinois les 25 et 26 mars, qui fait espérer un règlement du différend.

Toujours à propos de la Chine, les professionnels prennent au sérieux les projets « pharaoniques » de développement du vignoble chinois, dans le nord du pays, près de la Mongolie. « La Chine a une véritable capacité à produire. Quelques pourcentages de surfaces consacrés à la viticulture peuvent représenter beaucoup pour nous Européens et a fortiori Bordelais », a poursuivi Allan Sichel. Mais il est vrai que pour l'instant ces initiatives se heurtent à des coûts de production élevés au niveau agronomique : en raison des froids intenses, les pieds de vigne doivent être en partie enterrés l'hiver, et découverts au printemps, tandis que le climat très sec rend indispensable l'irragation.

Le marché chinois reste une perspective sur le long terme 

Au-delà des considérations de court terme sur les ventes de 2014, le CIVB est confiant dans le marché chinois, qui « reste une perspective à travailler sur le long terme », selon Allan Sichel. « Nous avons les volumes et la qualité, alors que nos confrères de Bourgogne, qui ont la qualité, n'ont pas les volumes suffisants » pour être implantés en Chine, a complété Bernard Farges. Le CIVB estime qu'il « n'aurait pas été raisonnable » de croire que le bordeaux allait poursuivre longtemps la pente ascendante de ses exportations vers la Chine à un tel rythme. Le marché chinois devient plus mature, a expliqué le vice-président du conseil interprofessionnel : les consommateurs chinois se sont détournés des bordeaux d'entrée de gamme et des grands crus. Mais le cœur de gamme « continue de se développer », a-t-il assuré.

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Nouvelle stratégie sur le marché américain

Tirant la leçon de ses récents revers en Chine, le bassin viticole cherche à compenser ses replis en déployant ses ventes au Royaume-Uni (la première destination extérieure en valeur), aux États-Unis et en Allemagne. Le marché américain est « compliqué à travailler », mais il renferme de nouveaux potentiels. Des firmes de grande distribution ont cherché à occuper des positions au niveau fédéral, puis se sont retirées ; maintenant, la stratégie du CIVB est de travailler avec des importateurs à une échelle plus régionale, au niveau des États, et de façon plus ciblée et plus adaptée au terrain.

Le CIVB compte un réseau de 35 écoles du vin dans 11 pays, avec 209 formateurs. Il compte aussi trois bars à vins 100% bordeaux : un à New-York, deux à Shanghai. Son objectif est d'en avoir dix dans le monde dans les années qui viennent.

Un contrat pluri-annuel pour fluidifier l'écoulement

Sur le marché français, 45% du vin de Bordeaux sont vendus en grandes et moyennes surfaces (GMS), à 190 millions de bouteilles (-3%), pour un chiffre d'affaires de 906 millions d'euros (-1%).

Après les sinistres climatiques en 2012 et surtout en 2013, l'interprofession régionale a décidé d'intégrer dans ses accords interprofessionnels un contrat pluri-annuel. Mis en place pour une durée de trois ans, ce contrat intègre les modalités liées aux possibles évolutions de volumes et de prix. L'objectif du CIVB est de développer ce type de contrat entre viticulteurs et négociants pour faciliter la fluidité et la stabilité des échanges commerciaux et ainsi donner de la perspective aux entreprises. De plus, ce type de contrat a pour but de structurer les segments de marché : un vigneron et un négociant vont se mettre d'accord sur des vins d'entrée de gamme fruités ou au contraire sur des vins haut de gamme. « Chacun comprend le besoin de l'autre », a résumé Allan Sichel.