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Le coronavirus pèse déjà sur les prévisions de Danone en 2020

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La crise sanitaire partie de Chine va avoir des conséquences sur les ventes d’eau en bouteille et de lait infantile de Danone dans ce pays, qui représente 10 % de son chiffre d’affaires mondial. En 2019, l’industriel a réalisé une forte amélioration de la marge opérationnelle courante et a multiplié les initiatives pour réduire son empreinte environnementale. En 2020, il investira 2 milliards d’euros pour "verdir" ses résultats.

L’épidémie de coronavirus partie de Chine se fait déjà sentir sur les ventes de Danone dans ce pays qui représente 10 % de son chiffre d’affaires annuel (25,287 milliards d’euros en 2019). « Nous avons perdu 100 millions d’euros au premier trimestre et nous venons d’apprendre que les autorités chinoises ont gelé tous les enregistrements de nouveaux produits destinés au marché chinois », a expliqué Emmanuel Faber, p.-d.g. de Danone, lors de la présentation des résultats annuels 2019 à Paris le 26 février. « Nous n’aurons pas la capacité de lancer de nouveaux produits en Chine probablement pour un certain nombre de mois », selon le dirigeant. Or, l’industriel avait, depuis un an, « un programme d’innovations concernant le lait infantile ultra-premium, qui est le segment qui croît le plus vite en Chine », a expliqué Emmanuel Faber. La nutrition infantile représente environ un tiers des ventes en Chine, tandis que les deux tiers sont issus de l’eau en bouteille. Le repositionnement de la marque Mizone, prévu pour mars, est donc remis à plus tard, Danone signalant « des incertitudes pour la haute saison d’été » concernant cette marque.

L’impact de l’épidémie, mais aussi une inflation d’environ 5 % du coût des matières premières stratégiques, va se faire sentir sur les prévisions de l’année 2020, qui sont donc revues à la baisse. Danone affirme viser cette année « une croissance du BNPA courant d’environ 5 % ». La croissance du chiffre d’affaires en données comparables devrait être comprise entre 2 % et 4 % (contre +4 % à +5 % précédemment) et la marge opérationnelle courante devrait être supérieure à 15 % (contre supérieure à 16 % précédemment).

Plus largement, Danone souligne que le contexte 2020 reste « particulièrement volatil et incertain dans l’ensemble ». Le contexte conjoncturel de la CEI et de l’Argentine est qualifié de « difficile » par Danone.

Des résultats 2019 en hausse

Ces prévisions 2020 font suite à une année 2019 qui s’est terminée sur une note positive, après un bon 4e trimestre, et des résultats en hausse significative à l’échelle de l’année 2019 par rapport à 2018. Les ventes mondiales 2019 ont progressé de 2,6 % (en comparable comme en publié) à 25,287 milliards d’euros, avec une hausse de 4,1 % au T4 (données comparables). La marge opérationnelle courante atteint 15,2 % (+76 points de base en données publiées) : tous les pôles progressent, la nutrition spécialisée restant l’activité la plus rentable avec un taux de marge opérationnelle de 25,26 %, et pesant pour plus de la moitié du résultat opérationnel courant. Danone a atteint en 2019 un free cash flow « record » à 2,510 milliards d’euros. Le résultat net (part du groupe) progresse quant à lui de 9,2 % à 2,516 milliards d’euros.

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La lutte contre le réchauffement climatique reste un enjeu stratégique pour Danone qui a annoncé avoir atteint un pic dans ses émissions de carbone en 2019 (27 millions de tonnes de gaz à effet de serre), avec cinq années d’avance sur son programme, et qu’elles vont désormais décroître. Annoncé comme une première par Danone, l’entreprise rend désormais visible « le coût de l’empreinte carbone dans la performance financière » de l’entreprise en publiant « un benefice net par action (BNPA) courant ajusté du coût du carbone, qui tient compte d’une estimation de l’impact financier des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Cette évolution a été de +12 % en 2019, plus importante que l’évolution du BNPA courant (+8,3 %), compte tenu des gains d’efficacité carbone de +9 % générés en 2019 », indique Danone.

Sur les années 2020 à 2022, l’industriel a prévu un plan d’investissement de 2 milliards d’euros sur « les marques, le climat et l’agriculture, les emballages et la transformation digitale ». Dans le sillage de certaines filiales, Danone souhaite parvenir en 2022 à une certification B Corp pour l’ensemble du pôle des eaux. Ce pôle devrait atteindre 100 % de PET recyclé en Europe d’ici 2025. Quant aux pots de yaourts, ils ne devraient plus utiliser de polystyrène en 2025 au niveau mondial. Une évolution qui devrait commencer par Alpro qui n’en utilisera plus dès 2021.

Danone veut augmenter le revenu des éleveurs en réduisant les coûts de production

Augmenter les revenus disponibles des éleveurs français de 15 % d’ici à 2025, tel est l’engagement qu’a pris Danone Produits Frais France dans un communiqué diffusé le 24 février à l’occasion du Salon international de l’agriculture de Paris. Mais, ici, il n’est pas question de prix du lait payé aux producteurs laitiers. « Grâce aux projets d’accompagnement pour la transition vers l’agriculture régénératrice et une baisse des coûts de production des exploitations laitières, Danone s’engage pour conduire la transition agricole et aider les éleveurs à mieux vivre de leur travail », assure l’industriel. Aussi, « pour faire progresser [le] revenu disponible durablement », l’industriel promet « un accompagnement personnalisé pour ceux qui souhaitent baisser leurs coûts de production afin de leur permettre d’augmenter leur revenu disponible de 15 % d’ici à 2025 ». Danone évoque aussi « des formules de prix qui tiennent compte des coûts de production du lait, adaptées aux réalités de chaque bassin de collecte et qui soutiennent les efforts des agriculteurs dans l’adoption de pratiques toujours plus durables », ainsi que « le financement de programmes pilotes et d’initiatives pour accélérer le virage vers l’agriculture régénératrice ». Un premier accord est d’ores et déjà signé avec l’OP des producteurs du Centre-Est.