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Coopérative Le coup d'accélérateur de Tereos sur les produits amylacés

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A l'occasion de l'entrée de la coopérative féculière de la Marne dans Tereos, Alexis Duval, président du directoire de Tereos, revient sur les activités du groupe dans l'amidonnerie (Tereos Syral). La coopérative a diversifié ses approvisionnements mais aussi ses implantations géographiques. Dans un premier temps européenne, l'expansion s'est mondialisée depuis quatre ans, d'abord au Brésil et maintenant en Asie.

En 2007, les planteurs fournisseurs de la féculerie de Haussimont (Marne), emmenés par Pascal Foy, sauvent le site de la fermeture. Ils se constituent en coopérative et s'associent à Sphere (industriel spécialisé dans les bioplastiques biodégradables) pour reprendre l'usine au groupe néerlandais AVB, qui prévoyait de la fermer. En 2011, la Scaf (société coopérative agricole féculière de Haussimont) s'adosse à Tereos-Syral, qui prend 75 % du capital de l'usine. « Nous étions déjà clients, et il était logique pour diversifier nos approvisionnements de nous engager dans la production de fécule de pomme de terre, explique Alexis Duval, président du directoire de Tereos. Elle présente des caractéristiques spécifiques qui la rendent vraiment pertinente à avoir en portefeuille. Ainsi en Asie, marché en forte croissance, elle est utilisée dans les soupes et les nouilles. Pour les produits de seconde transformation issus de la fécule de pomme de terre, on enregistre des croissances intéressantes même en Europe. »

UNE NOUVELLE COOPÉRATIVE MEMBRE DE TEREOS

Aujourd'hui, la Scaf, qui regroupe 268 coopérateurs devient, avec effet au 31 mars 2014, la neuvième coopérative membre de Tereos, après que le projet de rapprochement a été approuvé par les conseils d'administration respectifs. Une suite logique pour Pascal Foy, président de la Scaf, qui devient membre du conseil de surveillance de Tereos. « Investir dans la première transformation, puis la seconde transformation, voire la troisième transformation, c'est le seul moyen pour les agriculteurs de s'en sortir par le haut », argumente-t-il.

LA FIN DES QUOTAS, UNE PROBLÉMATIQUE COMMUNE AVEC LE SUCRE

Pour la Scaf, rejoindre Tereos, une coopérative agricole diversifiée et internationalisée, c'est un gage de sécurité. « Le régime de quotas qui prévalait dans la fécule de pommes de terre s'est arrêté en 2012, générant une forte volatilité, comme celle que nous allons connaître sur le sucre après 2017, explique Alexis Duval. Nous nous sommes engagés sur un prix minimum de 60 euros/tonne sur deux ans auprès des planteurs de la Scaf. Cela leur donne un peu de visibilité. » Une politique qui pourrait peut-être séduire des agriculteurs plus nombreux. C'est en tout cas ce qu'espère Pascal Foy, convaincu que davantage de surfaces peuvent être exploitées en pomme de terre de fécule dans la région de Haussimont. Cela permettrait notamment d'allonger la durée de la campagne pour écraser les coûts fixes du site (sur lequel 5 millions d'euros ont été investis depuis 2011, notamment pour des mises aux normes pour des utilisations alimentaires). « Autour de la sucrerie d'Artenay, nous avons gagné 2 000 hectares de betteraves supplémentaires auprès de nouveaux agriculteurs en quelques mois, et la durée de la campagne va rejoindre celle pratiquée au nord de Paris », détaille Alexis Duval, lui aussi persuadé que la visibilité est une clé pour convaincre les agriculteurs.

AU PLUS PRÈS DES ZONES DE CROISSANCE DE CONSOMMATION DES PRODUITS AMYLACÉS

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Mais les ambitions de Tereos dans l'amidon ne se résument pas à cette alliance dans la Marne, loin de là. Il faut dire que le marché des produits amylacés progresse de 10 à 15 % par an, porté notamment par une croissance très rapide dans les pays émergents. La Chine est ainsi devenue en 2010 le premier consommateur mondial d'amidon devant les Etats-Unis, alors que la consommation par habitant n'atteint qu'un tiers de celle des pays développés (source : rapport annuel 2012 de Tereos).

Ces dernières années, Tereos a multiplié les investissements à l'étranger et en R&D. Le plus important développement du groupe dans l'amidonnerie remonte à 2007. À l'époque, avec le rachat de l'activité ouest-européenne de Tate & Lyle, la coopérative avale un morceau cinq fois plus gros qu'elle dans le secteur, où elle est présente depuis 1996. Présente dans l'amidon de blé et de maïs, elle prend pied dans la fécule de manioc en 2010 avec le rachat d'un site au Brésil et dans la fécule de pomme de terre avec le rachat du site de Haussimont en décembre 2011. Elle a depuis construit une amidonnerie de maïs au Brésil, a initié un développement en Chine en partenariat à 49 % avec Wilmar (amidonnerie de maïs et construction d'une amidonnerie de blé) et a repris 50 % de Redwood Indonesia (unique amidonnerie de maïs du pays) en partenariat avec FKS. « Nous sommes en train de construire notre présence à l'international », résume tranquillement Alexis Duval.

IMPLANTATIONS INDUSTRIELLES DE TEREOS SYRAL

En Europe : Marckolsheim (blé et maïs), Nesle (blé), Lillebonne (blé), DVO (alcool de grains) et Haussimont (pomme de terre) (France) ; Saragosse (maïs, Espagne) ; Saluzzo (blé, à 50/50 avec Frandino, Italie) ; Selby (blé, à 50/50 avec Frandino, Royaume-Uni) ; Aalst (blé, Belgique) Au Brésil : manioc et maïs à Palmital (68 % Tereos Internacional, en partenariat avec la famille Fadel) En Chine (51 % Wilmar) : amidonnerie de maïs à Tieling, construction d'une amidonnerie de blé à Dongguan En Indonésie (50 % FKS) : amidonnerie de maïs à Cigading

DIVERSIFICATION, INTERNATIONALISATION, INNOVATION

Pour lui, la stratégie de Tereos tient en trois points. D'abord se diversifier, pour mieux affronter les périodes creuses dans certains secteurs d'activité. Ensuite, s'ouvrir à l'international. « La dynamique de consommation n'est pas en Europe. Il faut s'implanter à l'étranger. On n'exporte pas si l'on n'a pas d'implantation locale ; on ne gère pas les clients à 10 000 km de chez eux. » Enfin, il faut atteindre une taille critique pour avoir des moyens suffisants en R&D. « Le projet Improve, pour la valorisation des protéines végétales, c'est un budget de 45 millions d'euros. Le partenariat avec Michelin et l'IFP sur les pneus biosourcés, c'est 60 millions d'euros. Ce sont des enveloppes très importantes. » L'internationalisation permet aussi de travailler sur des projets adaptés aux marchés étrangers. Ainsi, en Chine, Tereos travaille avec Wilmar sur la valorisation du blé en aquaculture, comme alternative au soja. « Wilmar connaît très bien les nouilles et les soupes. Son aide est intéressante pour vendre de la fécule de pomme de terre pour ces produits », note Alexis Duval.

Tereos, troisième amidonnier euro-péen (et numéro deux européen sur les produits sucrants issus de l'amidon) réalise environ 1,5 de ses 5 milliards de chiffre d'affaires dans les produits amylacés.