Après le lait et les œufs, Olivier Berthe, président des Resto du cœur, revendique la diversification des dons en nature, comme pour la viande, en démontrant les intérêts pour les filières agricoles. Il a abordé le sujet lors d'une audition à l'Assemblée nationale, le 3 mars dernier, portant sur la fiscalité agricole.
Olivier Berthe, président de l'association des Resto du cœur, en est convaincu, « le don de viande, c'est possible ! ». Pourtant « depuis l'origine, on nous dit que cela est compliqué, car il y a plusieurs morceaux dans un bête », relève-t-il. Effectivement, si le don de lait qui requiert un minimum de transformation semble bien marcher depuis la fin 2013, le don de viande reste plus complexe à imaginer au vu des spécificités du produit (multiplicité des morceaux, équilibre carcasse, transformation…). « Nous pourrions imaginer une grille de correspondance entre une carcasse et le nombre de kilos de viande qu'il serait possible d'en tirer », avance Olivier Berthe. Ainsi l'agriculteur pourrait donner par exemple une demi-carcasse correspondant à un certain poids de viande ou de steak haché. Il s'agirait de mettre en place des accords avec la partie abattage-transformation pour que l'éleveur puisse « flécher » un animal vers le don, tout en lançant – « pourquoi pas » – des appels d'offre. Toute la problématique reste également la défiscalisation de ce même don. « Nous pouvons donner des reçus de quantité de produits alimentaires », explique Olivier Berthe. La valeur de ce don pourrait être reconstituée à partir du reçu et d'un prix de marché dont les mécanismes seront à définir. Par la suite, l'éleveur pourrait bénéficier d'un crédit d'impôt de l'ordre de 60% de la valeur du don (art. 238 bis du code des impôts).
Défiscaliser, un soutien au développement
Pour les coûts de transformation et d'abattage, les entreprises peuvent également faire un don ou alors tenir une comptabilité spécifique à ces dons qui permettrait de fixer le coût de ces services. L'association les payerait par la suite, comme pour le don de lait. « Pour le don de lait, nous avons reçu 850 000 L de lait l'année dernière », commence Louis Cantuel, responsable des relations commerciales aux Resto du cœur. Avec la transformation, même minime, « le litre de lait nous revient à 0,30€ au lieu de 0,50€ sans don. Même si nous payons la transformation, le don de lait représente une économie de plus de 240 000€ », continue-t-il. Reste à quantifier financièrement l'abattage et la transformation d'une vache, d'un taurillon ou d'un veau. Un exercice plus complexe car les conformations des animaux, bien que normées, restent variables et les marges qui en découlent créent déjà des tensions entre producteurs et transformateurs. Le don de viande demanderait une plus grande transparence, un frein possible à sa mise en place de la part des opérateurs. De son côté, Olivier Berthe ne « sait pas ce qui bloque » cette mise en place. « Il faut accepter qu'il y ait des expérimentations comme avec Bigard. La viande est un aliment très important pour sa valeur nutritive et son coût élevé. Il me semble que des éleveurs sont prêts à être donateurs et des transformateurs prêts » à jouer le jeu, avance-t-il.
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Le don pour désengorger des marchés
L'avis de Guy Hermouët, président de la section bovine d'Interbev, diffère quelque peu : « Nous n'y avons vraiment pas réfléchi ». Effectivement, à l'heure où Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, incite les éleveurs à ne pas investir du fait de la fragilité des exploitations, le don d'animaux risque de ne pas être une priorité pour la filière. « Tous les éleveurs ne pourront pas le faire mais certains, si », reconnaît Olivier Berthe. « Toutes les filières ne sont pas en difficulté au même moment ». Pour lui, le don en nature est une manière de diversifier les possibilités d'approvisionnement. Le don pour désengorger des marchés ou éviter les gaspillages du fait de surproduction est un vrai enjeu pour les associations d'aide alimentaire. Louis Cantuel cite ainsi les effets de l'embargo russe sur la filière des fruits et légumes. Le don de lait avait été mis en place à la suite des dépassements de quota, par exemple. Aura-t-il toujours sa place dans un univers sans quota ? « Oui ! » répondent Olivier Berthe et Louis Cantuel. Il s'agit de s'inscrire dans une « logique de don complémentaire », dons financiers et dons en nature, et de ne pas « se cannibaliser entre dons ». De plus, selon eux, le don en nature a un impact psychologique plus fort que le don financier. En effet, dans l'esprit du donateur, il ne pourra pas être dévié de sa fonction première : nourrir.
« Nous savons que la demande en repas va augmenter », s'exclame Olivier Berthe, président des Resto du cœur. « Le nombre de chômeurs en plus a augmenté de 5% sur les douze derniers mois. Dans 18 mois, quand ils n'auront plus de revenus, après avoir également puisé dans leurs fonds propres, ils seront en difficulté et viendront nous voir », continue-t-il. Les Resto du cœur ont un approvisionnement basé sur l'achat £de denrées alimentaires. Sur 100 000 tonnes de denrées distribuées, 60 à 70 000 tonnes ont été achetées l'année dernière selon Louis Cantuel, responsable des relations commerciales pour l'association.