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Le thé français, jeune filière en quête de reconnaissance

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En France métropolitaine, une vingtaine d’agriculteurs produisent du thé. Déjà structurés autour d’une association et d’un label, ils demandent davantage de soutien aux pouvoirs publics et aux organisations professionnelles pour développer une production haut de gamme gourmande en investissements et en main-d’œuvre.

Les cultivateurs de thé français ne se comptent déjà plus sur les doigts d’une main. Ils sont une vingtaine en France – essentiellement situés à la Réunion. Le pionnier en métropole s’appelle Denis Mazerolle, ancien ingénieur chez Thalès. Il s’est installé en 2005 dans une vallée verdoyante du Morbihan, où il cultive 3,5 hectares de thé dont un tiers est consacré à l’expérimentation. Installé avec sa femme Weisi, il croit dur comme fer à l’avenir du thé dans l’Hexagone, et notamment en Bretagne, malgré une concurrence internationale féroce.

De son nom scientifique Camelia sinensis, le thé se plaît dans l’ouest de la France, où il trouve des conditions hygrométriques favorables. Il apprécie les sols acides du Massif armoricain, une « terre traditionnelle de camélias », selon M. Mazerolle. Le climat serait également propice à la culture du thé dans les Hautes-Pyrénées, « grâce à une influence océanique encore importante », étaye Lucas Ben Moura. Ce jeune ingénieur agronome a installé des théiers depuis 2018 sur l’exploitation familiale.

50 000 €/ha d’investissement

Cultiver du thé en France est une prise de risque à plus d’un titre. D’abord parce que l’investissement dans cette plante réputée « exotique » est conséquent. « Un investissement de 50 000 €/ha est nécessaire pour planter, entretenir les plants et rémunérer la main-d’œuvre les deux premières années », estime Denis Mazerolle. Cet investissement est similaire à celui d’arbres fruitiers, qui peut varier de 25 000 à 75 000 euros de l’hectare selon l’espèce, la région et le mode de calcul.

Le projet de Lucas Ben Moura est financé par la fondation de son ancienne école (AgroParisTech) et une campagne de dons défiscalisés. Le jeune agriculteur a ainsi obtenu la somme de 30 000 €. Il n’a pas encore fait appel à la dotation jeune agriculteur. « Le jour où je voudrai construire mon atelier de transformation [de thé], je ferai appel à la dotation jeune agriculteur », prévoit Lucas Ben Moura.

L’autre point noir de la culture du thé en France est la main-d’œuvre. La récolte, qui a lieu de mi-avril à mi-juillet puis de septembre à octobre, est minutieuse. Il faut prélever un bourgeon, ainsi qu’une ou deux feuilles par pied de théier. Chez Denis Mazerolle, la culture et la transformation sont entièrement manuelles. Mais cet ingénieur de formation entreprend de construire un robot pour la récolte en partenariat avec l’Enssat de Lannion.

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Pour l’heure, les références technico-économiques de Denis Mazerolle sont loin des standards mondiaux. Son objectif est de produire 300 kg/ha par an alors que les rendements moyens mondiaux sont de 1,2 t/ha. Pour compenser les écarts de coûts de revient, les producteurs de thé français se positionnent sur un produit haut de gamme commercialisé autour de 1 500 €/kg contre 200€/kg pour du thé produit en Chine.

Après plusieurs années de tâtonnements, 2021 devrait être la première année où l’activité de Denis Mazerolle sera « à l’équilibre ». Pour compléter ses activités de production, Denis Mazerolle organise des visites, des formations et vend des plants. Avec ce modèle « économiquement viable et innovant », le producteur breton veut prouver « qu’on peut vivre de cette production ». Denis Mazerolle s’est fixé comme objectif, à l’horizon 2030 d’atteindre un chiffre d’affaires de deux millions d’euros et d’employer trente personnes.

Un label « thé de France »

À ses côtés, une association des producteurs français, l’ANVPTF (voir encadré) a déposé un label « thé de France ». Ce label s’appuie sur les cahiers des charge d’agriculture biologique et de Demeter. Il vise à « valoriser et protéger la filière du thé français », souligne son président Jérémy Tamen. « Ce label est la garantie d’une agriculture propre, saine, respectueuse de l’environnement et de l’eau », ajoute-t-il. L’association envisage d’aller plus loin en créant des programmes de formation sur la transformation des plantes, qu’elle veut faire reconnaître au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Enfin, l’association va présenter deux producteurs, l’un du Gard, l’autre de l’île de la Réunion au concours des thés du monde organisé par l’agence pour la valorisation des produits agricoles (AVPA) cet automne. Par ailleurs, l'exploitant présentera en octobre son thé blanc labélisé biologique lors du concours « Gard gourmand ». Autant d’occasions de faire reconnaître les qualités du thé made in France.

Le thé se plaît dans l’ouest de la France

Une association porte la voix des producteurs français

Créée en 2021, l’Association nationale des producteurs de thé français (ANVPTF) a pour objectif de fédérer les producteurs métropolitains et d’outre-mer (l’île de la Réunion est la première zone de production de thé en France). Une douzaine de projets existent en Bretagne, moins d’une dizaine dans le Pays basque. La production de thé permet de répondre à un engouement local croissant. L’ANVPTF cherche à « valoriser, faire reconnaître et professionnaliser la filière », explique son président, Jérémy Tamen. Il souhaite que le ministère de l’Agriculture, les préfectures et les chambres d’agriculture reconnaissent et soutiennent les producteurs, notamment en cas de sinistre. « J’ai dû notamment m’enregistrer en tant qu’apiculteur et maraîcher pour que le projet soit viable aux yeux de la chambre d’agriculture », indique Macq David, chef d’exploitation à la ferme de Bruguerolle dans les Cévennes. « Les chambres d’agriculture considèrent notre activité comme "un amusement" alors que dans certains aspects les rendements de notre filière sont comparables à celle de la vigne ».