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Légumes Le groupe coopératif CapSeine, nouveau numéro un français de la pomme de terre

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En rachetant Pom’Alliance, puis en intégrant Lunor dans son périmètre coopératif, CapSeine concrétise sa forte volonté de diversification. En créant ex-nihilo une filière pomme de terre puissante sous la nouvelle bannière « Noralliance Légumes », le 20e groupe coopératif français, implanté à Rouen, devient désormais leader français de la pomme de terre fraîche. Pom’Alliance, Terre de France et Parmentine, les trois majors français du négoce de pommes de terre, ont désormais tous des racines agricoles. Un terreau favorable à la mise en oeuvre de futures stratégies qui devraient notamment mobiliser Coop de France et Felcoop dans les mois qui viennent.

Pom’Alliance vient de quitter la sphère des fonds d’investissement en s’ancrant désormais à CapSeine, 20e groupe coopératif français. Dans la foulée, ce dernier entame parallèlement un processus de fusion avec la coopérative de Luneray, dont le principe en a été acquis le 3 avril dernier au terme d’une réunion des 80 coopérateurs fondateurs de la coopérative et dont la moitié sont aussi coopérateurs de CapSeine !
Les deux nouvelles activités « légumes » seront intégrées dans une filiale de CapSeine baptisée Noralliance Légumes. Cette nouvelle société, créée à l’occasion de ce rachat par le groupe coopératif haut normand CapSeine, est désormais la nouvelle filiale légumes de la coopérative rouennaise, tournée historiquement vers la collecte et le négoce de céréales.

Perçue d’un bon oeil

Le 26 mars dernier, l’autorité de la concurrence a en effet donné son feu vert au rachat par Noralliance Légumes de la totalité des titres de la société Financière PA, qui détient 100% du capital social et des droits de vote de la société HPA2 (1) présidée par Marc Morelatto (directeur commercial de Pom’Alliance), et contrôlée par la société LBO France depuis 2008. Noralliance Légumes devrait également intégrer les activités de la coopérative de Luneray, spécialisée dans le commerce de pommes de terre, mais surtout dans la production de légumes cuits sous vide… à condition toutefois que l’ensemble des coopérateurs de Luneray et de CapSeine donne leur feu vert lors des assemblées générales extraordinaires de décembre prochain.
Cette opération est perçue d’un bon œil par les représentants des producteurs qui y voient la possibilité de mettre en œuvre une stratégie plus ambitieuse en matière de négoce de pommes de terre, principalement à l’exportation. Car, du côté de l’amont, on n’hésite pas à souligner que même si les trois majors de la pomme de terre ont désormais tous des racines agricoles, ils sont encore peu armés pour affronter certains concurrents étrangers. Que ce soit Pom’Alliance, Terre de France ou Parmentine, aucune de ces trois structures ne dépasse aujourd’hui les 300 000 T de tubercules commercialisés par an !
« Mais ça va dans le bon sens », souligne Patrick Trillon, le président de l’UNPT (Union nationale des producteurs de pommes de terre) plaidant pour que les producteurs français puissent prendre leurs destinées en main ! L’opération devrait également être vue d’un bon œil par les responsables de Coop de France et de Felcoop, toujours attentifs aux équilibres privé-coopératif dans les filières, tandis que du côté des négociants de pommes de terre (Fedepom) ou du côté des dirigeants de CapSeine, on affirme qu’il est un peu tôt pour commenter une telle opération.

Beaucoup de questions

Il n’en demeure pas moins que nombre de questions demeurent encore ! D’abord, celle de l’organisation future d’une filière « légumes » créée ex nihilo dans une coopérative céréalière. La greffe de ces deux structures prendra-t-elle ? Comment CapSeine compte-t-elle intégrer les équipes de Pom’Alliance et de Lunor dans une filière légumes et les faire adhérer à une véritable stratégie cohérente à partir d’un amont qu’il maîtrise certes plus facilement en théorie, mais qui se heurtera toujours à un aval exigeant (principalement la GMS) ?
Puis celle des futurs liens que pourraient développer les deux groupes coopératifs voisins, détenteurs des deux plus gros négoces de pommes de terre, à savoir le normand Agrial (Terre de France) et le haut-normand CapSeine (Noralliance Légumes) ?
Enfin quelle sera la future stratégie développée par Noralliance Légumes en terme de marque commerciale ? Les marques de Pom’Alliance vont-elles subsister (les marques propres comme Doreoc, La Cabrette, Les Gourmandes, Pom’Saveur ou la marque commune à plusieurs négoces comme Princesse Amandine) ? Seront-elles adossées à la marque Lunor ?

Pom’Alliance créé en 1996

La coopérative de Luneray (76) est notamment réputée pour sa marque Lunor et ses gammes de légumes cuits sous vide travaillée depuis 1990 (environ 45 à 50 000 tonnes de légumes commercialisés par an sur un marché estimé à 130 000T). En outre, elle a investi en 2007 dans un centre de conditionnement de tubercules qui lui permet de commercialiser sur le frais environ 50 à 55 000 tonnes/an. Outre le site historique de Luneray, elle possède également depuis 2004 45% des parts dans la société de légumes pasteurisés (Vegetable) implantée à Arcis-sur-Aube (10). Elle s’appuie également sur la plateforme logistique Lunor Distribution basée à Chaulnes (80). Lunor réalise un chiffre d’affaires de 40M€ et emploie 450 salariés.
C’est en 1996 que six négociants-conditionneurs français (La société Nouvelle Robert Durand, les Ets Denis, la SA Toczé, Pom’Champ, Nord-Pom et La Jacobine) décident de se regrouper pour se positionner comme interlocuteur unique auprès de la GMS en créant Pom’Aliance dont le siège social est implanté à Orly depuis 1979.
2006 verra la disparition de Nord-Pom et 2008 l’entrée de LBO France. Depuis, les 200 producteurs livrant 120 000 t /an sont implantés en Ile de France, Beauce, Provence, Artois-Picardie et Champagne. Pom’Alliance commercialise 250 000 t/an de pommes de terre, emploie environ 250 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 118 à 120M€. Le groupe est également implanté en Roumanie où il a constitué une joint venture avec un producteur de plants allemand.
Le groupe coopératif CapSeine a réalisé quant à lui un chiffre d’affaires de 716M€ (dont 56% générés par la collecte) et emploie 613 salariés. Son résultat net part du groupe s’est élevé cette année à 8,6M€, « un résultat historique » expliquaient les responsables du groupe lors de la dernière assemblée de décembre statuant sur l’exercice 2011-2012.
Sur un territoire allant du Havre à Dieppe et de Beauvais à l’ouest de Paris, CapSeine a collecté 1,5 MT de céréales provenant de ses 3350 adhérents. Il est présidé par Jean-Jacques Prévost et dirigé par Patrick Aps.

(1) La société HPA2 détient elle-même 99,98% du capital social et des droits de vote de Pom’Alliance.

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