Le congrès du maïs qui s’est tenu à Lyon les 15 et 16 septembre a été résolument européen. La Confédération européenne des producteurs de maïs (CEPM), créée en 1985 à l’initiative de la France, au moment de l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans l’Union européenne, a accueilli cinq nouveaux adhérents. Pourtant, la Hongrie, pays exportateur net de maïs, va sans doute donner du fil à retordre à la France au niveau commercial, car elle va venir dès cette année lui prendre une part de ses marchés traditionnels. Mais qu’à cela ne tienne, tout le monde s’accorde à dire que les maïsiculteurs européensseront plus forts s’ils parlent d’une seule voix à Bruxelles. Les nouveaux entrants pourront s’appuyer sur le professionnalisme des organisations professionnelles agricoles françaises, comme le souligne un responsable hongrois. Quant aux Français, ils ont des leçons à tirer de la Hongrie qui vit avec la redoutable chrysomèle du maïs depuis plus de dix ans. Tous comptent sur la CEPM pour défendre les intérêts du maïs dans les accords bilatéraux UE-Mercosur ou à l’OMC. Malgré tous ces dossiers lourds, ce congrès du maïs a été placé sous le signe de l’optimisme grâce au colloque sur les innovations pour le maïs « le futur qui fait rêver ». Les perspectives de développement des bioplastiques issus de l’amidon de maïs ont enthousiasmé les participants. Les maïsiculteurs mettent aussi tous leurs espoirs dans le développement rapide du bioéthanol.
L’Union fait la force. Voilà la devise des maïsiculteurs français. L’Union européenne élargie à 25 membres depuis seulement 4 mois, la Confédération européenne des producteurs de maïs (CEPM) s’élargit elle aussi. Les producteurs de maïs de l’Europe de l’Ouest ouvrent la porte toute grande à leurs confrères de l’Europe de l’Est lors de cette édition 2004 du Congrès du maïs qui s’est tenue à Lyon les 15 et 16 septembre. La CEPM, créée en 1985, regroupait jusqu’alors la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et le Portugal. Cinq nouveaux pays vont être représentés : la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie. « L’objectif de cet élargissement est à la fois d’accompagner les nouveaux pays dans leur adhésion et de renforcer notre représentativité à Bruxelles », explique Christophe Terrain, La CEPM ne veut pas s’en tenir à ces cinq nouveaux. Elle compte établir des partenariats avec la Croatie, la Serbie et la Bulgarie, en préparation du futur élargissement de l’UE. Les maïsiculteurs voient loin ! « Par ailleurs, nous envisageons d’élargir le champ d’activité de la CEPM aux sujets techniques», précise Christophe Terrain, le président de la CEPM. Cette dernière est centrée actuellement sur les aspects syndicaux et économiques. « Parce que l’on constate une imbrication de plus en plus forte entre les problèmes économiques, techniques et politiques», poursuit-il
Chrysomèle : tirer les leçons des erreurs commises ailleurs
L’arrivée sur le territoire français de la chrysomèle du maïs en est un bon exemple. Le gouvernement français a imposé des mesures d’éradication, qui sont lourdes de conséquences économiques pour les maïsiculteurs concernés (estimées à 1,5 million d’euros en Alsace). Pourtant, il est impératif d’utiliser toutes les techniques de lutte combinées pour combattre cet insecte sournois qui progresse de 200 km par an ! Et là, l’expérience des Italiens, mais surtout des Hongrois est précieuse. La Hongrie subit en effet cet insecte depuis 1992. « Les entomologistes hongrois nous ont tenu des propos très inquiétants sur la capacité de cet insecte à envahir tous les biotopes», avoue Jean-Paul Renoux d’Arvalis-Institut du Végétal, qui a mis des essais en place en Italie cette année. « Nous n’avons pas fait assez d’effort de lutte pendant la phase d’installation de Diabrotica», s’accordent à dire Marco Pasti, président de l’association des maïsiculteurss italiens (Ami), et Geza Takacs, président de la fédération des semenciers hongrois.
Mycotoxines : convaincre Bruxelles
Autre dossier très technique lourd de conséquences économiques : celui des mycotoxines. La Commission européenne a décidé d’harmoniser les normes dans l’UE concernant les seuils de mycotoxines sur les céréales destinées à l’alimentation humaine. La CEPM s’est mobilisée puisque la première version aurait eu pour conséquence le retrait de 4 à 5 Mt de maïs en France si on reprend les caractéristiques de la récolte 2002-2003 (10 Mt pour toutes les céréales). En tablant sur un prix à 115 euros/tonne, cela aurait représenté un préjudice financier de 500 millions d’euros pour la filière maïs. « Nous avons réussi à faire changer la copie et obtenu un délai d’application d’un an après la fixation des seuils », se réjouit Sophie Marquis, de l’AGPM-CEPM. « Les règles proposées par Bruxelles sont totalement déconnectées du terrain», s’emporte Christophe Terrain.
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Mercosur : déféndre le marché européen du bioéthanol
Quant aux dossiers internationaux, la CEPM pèse de tout son poids pour limiter les conséquences de l’accord bilatéral UE-Mercosur. Pour le maïs, il s’agirait d’une perte de marché de 700 000 t, contingent d’importation proposé par la Commission, soit un tiers des importations européennes actuelles ! Mais surtout, il s’agirait d’une perte d’espoir de développer une filière bioéthanol européenne avec une ouverture d’un contingent de deux fois 500 000 t (deux fois 6 millions d’hectolitres). « C’est un véritable cadeau aux Brésiliens», commente Christophe Terrain. Les maïsiculteurs européens s’y opposent radicalement et proposent une évolution du contingent en fonction de la production interne de l’UE. Le contingent serait alors de 40 Mt, soit dix fois moins.
Concurrence directe de la Hongrie
Si tous les pays producteurs de maïs ont de nombreux dossiers communs à défendre, il n’en reste pas moins que l’arrivée sur le marché européen de la Hongrie, pays exportateur, va sérieusement compliquer la tâche de la filière française, qui était jusqu’alors fournisseur principal de l’UE en maïs. De plus, si on s’attend à une production française 2004 plutôt moyenne, autour de 15 millions de tonnes, les opérateurs s’attendent à une récolte hongroise record, oscillant entre 7,5 et 8 millions de tonnes, au lieu de 6,5 millions de tonnes habituellement. Dans un contexte d’offre en céréales pléthorique au niveau européen (+ 20 millions de tonnes) et mondial, autant dire que la commercialisation de la récolte 2004 va être d’une grande complexité. La France devra partager le marché européen avec la Hongrie, tant au nord de l’Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas) qu’au Sud. « Nous allons sans doute perdre le marché grec », constate Claude Lacadée, directeur adjoint de l’AGPM. Au total, cela risque de se traduire par une perte d’exportation vers l’UE de 800 000 t à 1 million de tonnes pour la France (sur un total de 7 Mt), ce qui est considérable. D’autant que la parité euro/dollar en défaveur de l’euro, rend toute perspective d’exportation vers les pays tiers impossible. L’écart de prix entre le marché mondial et le marché communautaire est trop grand.
Mise à l’intervention
La filière prévient donc dès ce début de campagne : il faudra sans doute avoir recours à l’intervention du maïs, ce qui ne s’était pas vu depuis la fin des années quatre-vingts ! Quant aux Hongrois, la mise à l’intervention est une nouvelle solution qui tombe à pic. Mais la Hongrie a un vrai problème de logistique : « Nous avons une capacité de stockage de 12 Mt, dont 9 Mt vont être mobilisées pour l’orge et le blé », explique Laszlo Vajda, secrétaire d’Etat adjoint hongrois, en charge de l’intégration européenne. « Dans un mois, nous n’aurons plus de stockage. Nous avons interpellé la Commission sur ce problème, mais nous n’avons pas de réponse. Sinon, il nous faudra réquisitionner les hangars militaires, d’aéroport ou tout autre stockage temporaire ». Cela risque aussi de faire baisser les cours, étant donné l’empressement des Hongrois pour livrer leur maïs. Les prix français, quant à eux, sont déjà, avant la récolte, à peine plus élevés que le prix d’intervention (100 euros/tonne), autour de 103 à 105 euros/tonne. Tout le monde s’accorde à dire que l’année commerciale 2004/2005 sera compliquée ! Qu’à cela ne tienne : la France et la Hongrie vont se colleter au niveau commercial, mais il n’en reste pas moins qu’il sauront s’unir face aux concurrents américains, brésiliens ou argentins. L’Europe est en marche.