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Le maraîchage diversifié, fantôme de la statistique

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Impossible de savoir combien il y a de surfaces emblavées par légume bio, faute de données fiables sur le maraîchage diversifié. Un manque de statistiques qui n’aide pas à réguler le marché, selon le représentant des producteurs bio à Interfel.

Combien y a-t-il d’hectares de tomates bio en France ? La question semble simple. Pourtant personne n’a la réponse. « On ne sait pas », indique-t-on à l’AOPn tomates et concombre de France. Le nombre d’adhérents faisant de la bio est tellement « epsilon » que la structure n’avait jamais travaillé ces données. « Impossible à savoir », confirme le représentant des producteurs bio à Interfel Bruno Vila, également président du groupe de producteurs de tomates Rougeline.

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Interrogée, l’Agence bio recensait 663 hectares de tomates en mode de production biologique en 2021, dont 10 ha en conversion. Le problème : ces chiffres mettent dans le même panier les surfaces de tomates pour le marché du frais et pour la transformation. « À titre de comparaison, les surfaces déclarées à la Pac pour 2021 en tomates pour transformation (565,3 ha) et tomates [pour le frais] (105,3 ha) étaient de 670,7 ha. Il s’agit donc des mêmes ordres de grandeur », indique Aymeric Maillard, analyse de données à l’Observatoire de la production bio (lié à l’Agence bio).

On peut donc partir du principe qu’il existe au moins 105 ha de tomate bio pour le frais. Mais selon Bruno Vila, « il y en a bien plus que ça ! » La faute au maraîchage diversifié qui n’apparaît pas dans les statistiques. « Nous n’avons pas d’ordre d’idée concernant les tomates en maraîchage diversifié à vous communiquer, c’est très difficile à estimer », reconnaît Aymeric Maillard.

Manque de visibilité sur le marché

D’après Interfel, il existait 2 196 ha de serres et abris hauts consacrés au maraîchage bio en 2020, selon le dernier recensement agricole. Une donnée qui inclut le maraîchage diversifié mais recouvre d’autres légumes que la tomate. Même si la tomate est « un incontournable », souligne la cheffe de groupe bio d’Interfel Alice Richard.

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La fourchette de 105 à 2 196 ha est sacrément large. Un problème, pour les producteurs qui aimeraient avoir une meilleure vision du marché bio. « On ne connaît pas les surfaces emblavées dans les différentes productions (tomates, légumes ratatouilles et autres…) et donc on ne peut pas se dire : "Finalement il y a trop de tomates ou d’aubergines par rapport à ce que le marché est capable d’absorber, ou on manque de courgettes à tel moment" », dit Bruno Vila. « C’est quand même un gros problème car, par quel autre moyen peut-on faire que le marché se comporte mieux, si ce n’est en équilibrant l’offre par rapport à la demande ? »

Le représentant des producteurs bio à Interfel reconnaît que le travail de collecte des données « n’est pas simple » vu les rotations en maraîchage bio, et qu’il faudrait un suivi « assez fin ». « Je ne demande pas qu’on ait des informations fiables à l’hectare près, mais là on n’est même pas capables de connaître les surfaces cultivées alors qu’on a quand même un cahier des charges, des déclarations, des organismes certificateurs qui passent tous les ans sur les exploitations », regrette-t-il.

D’après l’Agence bio, il existe dix organismes certificateurs (voir liste), « tous susceptibles de certifier des productions végétales excepté Afnor », précise Aymeric Maillard. Celui qui détient la plus grosse part de marché est Ecocert, selon Bruno Vila.

« On ne connaît pas les surfaces emblavées par production »