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Intensification Le Maroc compte réduire ses surfaces céréalières de plus d’un million ha

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Le Maroc, qui importe 40% de ses besoins de blé tendre, surtout en France, compte réduire ses surfaces céréalières de plus d’un million d’hectares (Mha), de 5,3 millions actuellement à 4,2 millions d’hectares en 2020, dans le cadre de son Plan Maroc Vert, a indiqué le 9 novembre Abdeslam Bourfoune, chef de la division des productions végétales du ministère marocain de l’Agriculture. L’objectif est d’accroître la productivité, pour améliorer l’autosuffisance alimentaire, mais au risque d’accélérer l’exode rural.

Le Plan Maroc Vert (PMV), signé en avril 2008, compte réduire les surfaces céréalières marocaines de plus d’un million d’hectares (Mha), de plus de 5,3 millions actuellement à 4,2 millions d’hectares en 2020, la céréaliculture marocaine devant se concentrer sur les exploitations où elle est compétitive, selon Abdeslam Bourfoune. Le chef de la division des productions végétales du ministère marocain de l’Agriculture s’exprimait à l’occasion d’une rencontre de presse organisée par l’Association française des journalistes agricoles (AFJA), devant une délégation de journalistes français, en visite au Maroc pour étudier l’agriculture du pays. Ce plan pour l’agriculture du gouvernement du Royaume chérifien a pour objet d’améliorer la productivité de l’agriculture marocaine, afin de renforcer l’autosuffisance alimentaire, celle-ci ayant été mise à mal lors de la crise alimentaire début 2008.

Une prépondérance excessive des céréales dans la SAU

La céréaliculture marocaine se recentrera autour d’un cœur de « 3 Mha productivistes », a précisé Abdeslam Bourfoune. La sole céréalière représente 70% de la SAU. « Nous avons une surpopulation d’exploitants par rapport à la SAU, avec 1,5 million de micro-exploitations, qui ne sont pas en mesure à elles seules de nourrir la population du pays », a-t-il commenté.
« Cette prépondérance des céréales laisse peu de place aux autres productions (5% pour les légumineuses, 2 à 3% pour les cultures industrielles comme la betterave et la canne à sucre et le tournesol) », indique l’universitaire Najib Abeski, professeur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat.
Un témoignage, celui des frères Abdallaoui, qui cultivent plusieurs centaines d’hectares dans la région de Meknès (région qui concentre 70% de la collecte céréalière), a permis de comprendre à quel point la céréaliculture n’est plus viable que sur certaines terres et chez les producteurs les plus motivés. Un des frères, Taouffik Abdallaoui, a décidé d’abandonner la production des céréales : « Si vous voulez faire des céréales, il faut les produire sur 300 hectares et plus. Il ne faut aussi pas faire ce que fait tout le monde. Ici, les produits de traitement, contre la septoriose par exemple, coûtent trois fois plus cher qu’en France. J’ai décidé de convertir 102 hectares de céréales en plantations d’oliviers ». Les frères Abdallaoui cultivent déjà des olives et exploitent une usine de conservation d’olives. Taouffik Abdallaoui obtient, les meilleures années, un rendement de 45 quintaux/hectare de blé tendre.

Objectif : avant tout tendre vers plus d’autosuffisance alimentaire

L’objectif du PMV est d’accroître la productivité de l’agriculture marocaine, en la recentrant « sur ses avantages comparatifs », comme l’a développé Abdeslam Bourfoune, pour tendre vers plus d’autosuffisance alimentaire, mais sans grignoter les terres cultivables, trop rares. « La sécurité des approvisionnements alimentaires est un des objectifs essentiels du Plan Maroc Vert », a-t-il souligné. Cette préoccupation de l’approvisionnement alimentaire est visible dans les halles aux grains du Maroc, qui sont pour cette raison gardées militairement, comme a pu le constater la délégation de l’AFJA à Casablanca.
« Au moindre dérapage des prix de la farine, la rue bouge », a résumé Mustapha Jamal Eddine, président de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses, le 9 novembre. Les prix élevés des céréales épuisent les budgets d’État. En dehors du système de Farine nationale de blé tendre (FNBT, farine subventionnée par l’État), qui est destinée aux foyers les plus pauvres, une subvention existe pour abaisser le prix des céréales, qui oscille entre 30 et 40 euros par tonne de blé tendre. Actuellement elle est de 38 euros par tonne de blé tendre, a indiqué Yann Lebeau, responsable de l’association France Export Céréales (qui dépend de Céréaliers de France) pour le Maghreb.

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