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Bovins à viande Le message de détresse des éleveurs au Sommet de l’élevage

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Les difficultés des éleveurs de bovins ont été au centre des préoccupations du sommet de l’élevage. Difficultés économiques à court terme, manque de visibilité à long terme.

Au Sommet de l’élevage cette année, il était quasiment impossible de ne pas voir les éleveurs arborant des t-shirts FNSEA « SOS revenu, fiers d’être paysans ». Impossible également de ne pas entendre leur message de détresse. « Nous sommes présents mais démotivés », explique Christian Estival, éleveur dans le Lot et exposant au Sommet de l’élevage 2009. Il ajoute : « Il y a 30 ans, je vendais les animaux (en poids carcasse) 20 à 30 % plus cher que mon fils aujourd’hui. Le problème c’est surtout pour les jeunes qui viennent de s’installer. » Le désespoir dont fait part Christian Estival n’est pas une exception dans la filière comme en témoigne Pierre Chevalier, président de la FNB (Fédération nationale bovine) : « Je suis allé dans le Cantal mardi 6 octobre. Si vous saviez ce que l’on entend dans les fermes ! Il n’y a plus de trésorerie. Les éleveurs sont incapables de rembourser leurs emprunts. Ils ne paieront pas leurs charges. »

Baisse de 50%
Cette réalité, Philippe Babaudou, éleveur en viande bovine dans le Limousin, la connaît bien : « Il y a un ras le bol à court terme sur la vie de l’exploitation. Les prix sont très bas. Les difficultés à l’exportation s’accumulent depuis des mois. Il y a des crises comme celle de la FCO (fièvre catarrhale ovine) qui ressurgissent. Et, en même temps, il y a plus de pression à cause des règles sanitaires notamment. Personnellement, au niveau trésorerie c’est assez tendu ces dernières années. » En clair, les éleveurs ne se sentent pas récompensés pour les efforts réalisés. À juste titre si l’on en croit les dernières estimations commandées par la FNB à l’Institut de l’élevage qui évaluent la chute du revenu par UTA (Unité de travail agricole) en viande bovine à 50 % entre 2008 à 2009 et à 70 % depuis 2006. Une estimation annoncée la veille de l’ouverture du salon par la FNB. Si l’on considère les chiffres du RICA (Réseau d’information comptable agricole), le revenu courant avant impôts par exploitation passe de 26 000 euros par an en 2006 à 14 400 en 2008. Au ministère de l’Agriculture, les services statistiques (SSP) sont plus modérés. « Le volume de production est plutôt stable de même que la moyenne des prix sur 2009 », y explique Maurice Desriers, un des responsables du service. De plus, explique-t-il, les prix de l’énergie et de l’aliment du bétail ont plutôt tendance, en 2009, à se réduire.

Pas de vision long terme
Mais pour l’éleveur Philippe Babaudou, éleveur dans le Limousin, le fond du problème n’est pas simplement économique : « Il n’y a pas que cela. On entend de plus en plus que la viande a un impact écologique négatif pour la planète. Il y a un malaise économique mais c’est plus profond que ça. » « Comment se projeter dans le futur ? C’est quoi être éleveur demain ? » demande Philippe Babaudou. Il explique : « On manque de vision à moyen terme par rapport à la PAC et aux modifications dans le cadre du bilan de santé. C’est encore assez difficile à mesurer par exploitations. En plus, on s’attend à une baisse des aides en 2010-2012. Et 2013 est la grande inconnue, c’est la redéfinition de la Pac. C’est le flou total. »
Une incertitude qui laisse présager le pire dans les semaines à venir. « C’est au bord de l’explosion. Je n’ai jamais connu un climat comme ça, même au moment de la vache folle », explique Pierre Chevalier, président de la FNB. Un propos confirmé par Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne : « Il y a tous les ingrédients pour que la situation dégénère dans les campagnes ». Les éleveurs exposants au Sommet de l’élevage cette année partagent aussi ce point de vue. Christian Estival, éleveur dans le Lot présent dans le hall des viandes bovines explique : « Tout cela risque de dégénérer. Les éleveurs n’ont plus rien à perdre de toute façon. Il y en a qui pètent vraiment les plombs. »

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