L'Anses se prépare à retirer leur autorisation de mise sur le marché aux produits à base de métam-sodium. Une décision « couperet » qui menacerait l’activité des exploitations selon la Fédération des maraîchers nantais, mais que saluent les associations de défense de l’environnement. Les syndicats agricoles demandent des mesures d’accompagnement pour la filière maraîchère. La Conf' demande l'activité d'une clause de sauvegarde.
L’Anses a annoncé le 5 novembre dans un communiqué avoir « notifié aux industriels son intention de retirer les autorisations de mise sur le marché de tous les produits à base de métam-sodium ». La décision de l’Agence nationale de sécurité sanitaire était attendue alors que l’utilisation de ces produits servant à « désinfecter les sols avant l’installation d’une culture » notamment en maraîchage (mâche, tomate…) et horticulture était suspendue pour trois mois par arrêté ministériel. Une décision prise après la survenue de 80 cas d’intoxications à proximité de différentes exploitations agricoles du Maine-et-Loire.
Dans son communiqué, l’agence indique ainsi avoir « évalué » les risques pour la santé humaine de chacun des usages des produits à base de cette substance. « Après réévaluation, l’Anses conclut que l’ensemble de ces usages représente un risque pour la santé humaine et l’environnement », spécifie-t-elle notamment.
« Une décision couperet » pour les Maraîchers nantais
À la suite de l’annonce, la Fédération des maraîchers nantais s’est inquiétée dans un communiqué de presse du 5 novembre « d’une décision couperet qui mettrait gravement en péril la filière ». La Fédération, qui regroupe 200 entreprises de production de légumes du bassin nantais, demande « en urgence un rendez-vous avec l’Anses ». La Loire-Atlantique est particulièrement affectée par la décision, le département produisant à lui seul « 85 % de la production nationale et 50 % de la production européenne » de mâche, selon le site du Comité départemental du développement maraîcher.
Dans son communiqué, la Fédération estime n’avoir été « ni informée ni consultée » avant l’annonce de l’Anses et souhaite que « son expertise sur le sujet soit entendue ». « Le métam-sodium constitue à ce jour l’une des meilleures solutions techniques lorsqu’il est mis en œuvre dans les conditions adaptées et régies par arrêté préfectoral », indiquent-ils également, rappelant que la substance « n’est pas utilisée sur les cultures […] mais sur sol nu ».
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Un révélateur des « défaillances du système » pour Générations futures
Un avis que ne partage pas Générations futures. L’association a salué une « victoire » dans un communiqué, jugeant que la décision de l’Anses « montre bien les défaillances majeures du système d’homologation des pesticides au niveau français et européen ». « Si notre association salue cette décision, nous regrettons le temps perdu », indique François Veillerette, directeur de Générations futures, cités dans le communiqué. Il juge qu’il faudra « rester très vigilant car le dossier n’est pas totalement clos, la substance restante homologuée au niveau européen ».
L’annonce de l’Anses « aura des conséquences assez lourdes », prévient pour sa part Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France (FNSEA). À l’heure actuelle, la seule méthode de substitution à cette molécule servant à la désinfection des sols en maraîchage est « la désinfection à la vapeur ». « Mais la machine à vapeur fonctionne avec du fioul, et a un impact carbone beaucoup plus important » et un coût bien supérieur, juge-t-il. Il estime nécessaire « un accompagnement financier » notamment pour les plus grandes surfaces.
« Toute interdiction [de phytos], pour nous, est à saluer », juge pour sa part Emmanuel Aze, représentant de la commission fruits et légumes de la Confédération paysanne. « Mais il ne s’agit pas de sortir des pesticides en sortant de l’agriculture », notamment par « des interdictions sèches sans accompagnement économique et sans une politique commerciale » allant de pair avec le retrait des phytos, notamment par la mise en place de prix minimum d’entrée sur le territoire. « Nous sommes probablement dans un cas où il est possible d’activer une clause de sauvegarde au niveau européen », estime-t-il par ailleurs en faisant le comparatif avec l’interdiction du diméthoate.
Pour l'Anses, «l’ensemble de ces usages représente un risque pour la santé humaine et l’environnement»