Le micro-crédit peut être une solution pour développer l’agriculture dans les pays en développement. Voilà ce qui semble résulter d’un colloque de trois jours à Paris, organisé par la fondation Farm (du 4 au 6 décembre). Une rencontre qui fut un vrai succès d’affluence, avec près de 300 participants en permanence, échangeant leurs expériences, faisant des suggestions, soulevant des problèmes nouveaux et trouvant des solutions. Des personnes venues autant d’Afrique que d’Amérique ou d’Asie. Avec, en point d’orgue, un accord signé entre le Crédit agricole et la FAO.
Le micro crédit a fait ses preuves en milieu urbain mais il peut aussi être efficace en milieu rural pour développer l’agriculture des pays en développement. Le nombre d’exemples exposés lors du colloque organisé par Farm (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde) sur le sujet, sans doute le premier du genre, à Paris, du 3 au 6 décembre, l’a prouvé. Mais c’est à condition que deux difficultés principales soient levées : celle des taux d’intérêt, très élevés (entre 2% et 3% par mois du fait des difficultés d’accès et de distribution des crédits), et celle des garanties apportées par les paysans. Du coup, si la plupart des expériences se révèlent positives, leur pérennité n’est pas pour autant assurée. Le micro-crédit reste une activité bancaire en tant que telle : elle doit rester rentable pour l’institution qui la pratique pour que son activité soit pérenne. Et en même temps, le niveau élevé des taux d’intérêt oblige l’agriculteur à une rentabilité au moins supérieure. Le grand enjeu réside donc dans la capacité à réduire les frais de gestion et d’approche pour diminuer les taux d’intérêt perçus. L’objectif est d’autant plus intéressant que les résultats sont probants : en Côte d’Ivoire, par exemple, la Ceco, Caisse d’epargne rurale, a démarré en 1991 avec 200 sociétaires et 3 000 euros de dépôt ; dix ans plus tard, en dépit de la crise politique, elle disposait de 76 000 euros pour 5 000 sociétaires. La caisse finance des prêts de campagne pour des producteurs de riz ou de noix de cajou. Le système est original : la caisse estime le besoin de financement à l’hectare pour la production concernée ; elle paie directement les fournisseurs et prestataires de service ; c’est elle, également, qui perçoit les revenus de la récolte, y prélève de quoi rembourser le prêt ; le reste est mis sur le compte de l’agriculteur. De cette manière, le taux de recouvrement des prêts est passé de 52% dans un ancien système à 97% dans le nouveau. Frustrés au départ de se voir déresponsabilisés, les paysans ont fini par accepter le système. Mais cela ne suffit pas. Les besoins sont énormes. La Ceco a un besoin de financement représentant dix fois ses moyens actuels.
René Carron : la mobilisation de financements extérieurs est indispensable
Cet exemple, et bien d’autres, montre que la microfinance agricole a besoin de nouvelles ressources. La microfinance pour l’agriculture « possède des atouts exceptionnels pour aider les paysans, mais elle ne peut, dans la plupart des cas, supporter seule les contraintes de l’activité agricole et les charges des réseaux de crédit », a commenté René Carron, président de Crédit agricole SA et de Farm. « La mobilisation de financements extérieurs est donc indispensable. Il faut le dire et le répéter ».
Il existe plusieurs façons connues d’aider les réseaux de microfinance : leur faciliter l’accès au marché des capitaux d’investissement solidaire, leur accorder des prêts à des conditions très avantageuses, les aider par des contributions en nature, bonifier des prêts pour certaines productions. Néanmoins, il faut aller plus loin. « Nous sommes tous interpellés : pouvoirs publics, bailleurs de fonds internationaux, banques et institutions financières, et aussi acteurs de la philanthropie. Il me semble que la réponse à cette interpellation ne peut venir que de la conjonction des efforts des uns et des autres ».
Pour donner un exemple d’actions conjointes, le président de Crédit agricole SA a cité l’accord, signé quelques minutes avant son discours, entre lui et Jacques Diouf. Cet accord entre la FAO et Crédit agricole SA vise à démarrer un partenariat dans le domaine de la microfinance. Il doit permettre de faire profiter les agriculteurs des pays en développement de l’expérience du Crédit agricole. Dans l’immédiat, deux projets communs devraient être identifiés tant à Madagascar qu’en Afrique sub-saharienne.
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Jacques Attali : la micro-finance doit davantage contribuer au développement
Tirant les conclusions du colloque organisé par Farm, Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand et aujourd’hui président de la fondation PlaNet Finance, a insisté sur la nécessité de faire de la micro-finance « un instrument d’aide au développement ». Trop souvent, l’aide au développement « arrive en fin de compte rarement à sa destination finale (c’est-à-dire aux ONG, aux communes, aux coopératives). Elle aboutit surtout dans les ministères » des pays destinataires, et sert souvent au financement de la dette de ces pays, a-t-il fait remarquer. Or, la micro-finance est un outil « efficace contre la pauvreté ». L’Allemagne a d’ailleurs fait de la micro-finance la stratégie essentielle de son aide au développement, a-t-il cité. De nombreux produits sont à inventer en micro-crédit rural. Beaucoup d’imagination a été déployée dans le micro-crédit urbain (crédit-bail, crédit-éducation, crédit-logement, micro-assurance). En milieu rural, il faut mettre en place des procédures très spécifiques et former des agents de crédit qui aient non seulement une bonne instruction, mais aussi une bonne analyse des situations, a-t-il ajouté. En clair, la micro-finance est un levier efficace, car la défense des productions locales est « essentielle au développement ». Une fois amorcé le développement économique, de nombreuses contradictions resteront à résoudre.
Jacques Diouf : financer la petite agriculture
Première contradiction à résoudre, celle du financement de la petite agriculture : « Nous savons tous que la petite agriculture est relativement peu rentable en raison, justement, des surfaces cultivées qui sont faibles et des méthodes de production souvent peu efficaces », a indiqué Jacques Diouf, directeur général de la FAO (l’agence des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation). Mais « le petit agriculteur est pauvre non pas parce qu’il ne sait pas gérer ses ressources, mais parce qu’il ne dispose pas des ressources nécessaires pour investir ».
Si le petit agriculteur ne dispose pas des ressources nécessaires, c’est en partie parce que la micro-finance se concentre dans les zones urbaines, en raison d’une « connaissance insuffisante de l’agriculture et au manque de produits financiers adaptés au secteur agricole, en particulier pour les investissements à moyen et long terme ».
Il faut « stimuler les investissements ruraux et agricoles », mais aussi étendre les financements à la collecte, au stockage, à la conservation et à la transformation, afin d’ajouter de la plus-value et d’accroître les débouchés des petites exploitations, a-t-il précisé. Le contexte international est aujourd’hui « plus favorable au financement de l’agriculture », et un signe visible est qu’ « après 25 ans de silence, la Banque mondiale, dans son dernier rapport sur le développement dans le monde, estime que l’agriculture est le secteur le plus utile pour les pays pauvres ». La Banque mondiale recommande en effet désormais d’accroître les investissements dans l’agriculture, sachant que la croissance du produit intérieur brut attribuable à ce secteur a environ deux fois plus d’impact en matière de lutte contre la pauvreté que tout autre secteur.