Le 1er juin, le ministère de l’Agriculture, avec l’accord des ministères de l’Ecologie et de la Recherche, autorisait huit nouveaux programmes d’expérimentations de maïs transgéniques en plein champ. Les semenciers, sous les contraintes du calendrier et des conditions climatiques, s’interrogent sur un possible report des semis. Les anti-OGM s’insurgent contre cette décision qu’ils estiment opposée à la volonté des citoyens et dépourvue de garantie de non-contamination des parcelles non-OGM.
L’autorisation de réaliser huit nouveaux programmes d’essais d’OGM a été décidée le 1er juin par Hervé Gaymard, le ministre de l’Agriculture. Une décision prise sur avis de la Commission du génie biomoléculaire, à la suite d'enquêtes de terrain menées par les agents du ministère (directions régionales de l’agriculture et de la forêt, services régionaux de la protection des végétaux-SRPV) auprès des maires et représentants des communes concernées par l’implantation des essais. De plus, une consultation publique a été ouverte sur le site internet du ministère du 10 au 24 mai. 2 725 courriers électroniques ont été reçus (contre 565 l’an dernier). 151 messages avaient un caractère favorable aux OGM, 1001 messages et des pétitions se positionnaient contre, 77 demandaient le maintien d’essais en milieu confiné et 18 concernaient réellement les programmes de recherche, objets de la consultation. « Cette action a surtout été menée dans un souci de transparence vis-à-vis du public, le peu de réponses n’ayant pas le poids d’influencer réellement une telle décision», dit-on au ministère.
Les essais en plein champ visent à observer le comportement en conditions réelles des nouvelles variétés étudiées. Ces expérimentations sont conduites selon des prescriptions strictes de distance d’isolement, de castration ou d’ensachage des épis, ce qui devrait permettre d’éviter toute pollinisation des parcelles avoisinantes. Malgré ces précautions, on estime à l'Inra qu’“ il n’existe pas de contamination zéro. Le pollen de maïs est lourd mais selon la force du vent, la présence d’insectes pollinisateurs, on peut s’attendre à retrouver du pollen de maïs OGM dans une parcelle située à 400m, mais en quantités infinitésimales.” L’ensemble des sites d’implantation fera l’objet d’inspections régulières par le SRPV afin de s’assurer du respect de toutes les prescriptions fixées.
Les nouveaux semis probablement reportés
Dans les faits, la mise en place des essais pourrait se révéler plus lente que prévu. La date avancée dans le calendrier et les conditions climatiques pourraient reporter les semis de ces nouveaux programmes de recherche. Monsanto a déjà prévu de repousser à l’année prochaine ses nouvelles expérimentations. Pioneer Semences, Biogemma et Geves (Groupe d’étude et de contrôle des variétés et des semences) n’ont pas encore décidé de leur mise en place. Tous insistent sur le fait que les implantations sont longuement discutées sur le terrain avec les acteurs locaux et que les demandes de diffusion d’informations exprimées par les anti-OGM ont été satisfaites. Les maires ont d’ailleurs, selon eux, des réactions partagées et les oppositions les plus virulentes semblent venir des hautes sphères politiques plutôt que du voisinage.
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De nouvelles menaces d’arrachages
Pourtant les actions d’arrachage continuent. Monsanto affirme que “l’entreprise n’a jamais connu autant de destructions de plants qu’en 2003.” Pour Biogemma, “c’est la légalité contre l’illégalité, les essais étant autorisés après de nombreuses procédures.” Un représentant ajoute que “dans les conditions dans lesquelles sont réalisés les essais, il n’y a pas de pollinisation, ni de contamination possible.” Les syndicats professionnels des semences et de la protection des plantes rappellent que “les essais au champ sont incontournables pour valider les effets obtenus sous serre et étudier l’interaction de la plante dans des conditions environnementales majeures.” Ils “appellent au respect de la recherche et demandent au gouvernement de prendre les mesures nécessaires afin de garantir le bon déroulement de ces essais.”
Les Verts, la Confédération paysanne et Midi-Pyrénées protestent
La Confédération Paysanne a déjà fait savoir à Monsanto qu’elle viendrait arracher les plants transgéniques. Martin Malvy (PS), président du conseil régional Midi-Pyrénées, s’insurge contre « la parodie de consultation publique qui a suffit au gouvernement pour prendre une décision aussi lourde de conséquences potentielles». De leur côté, les Verts reprochent au ministre de l’Agriculture « d’ignorer les recommandations de l’Afssa et les 91% d’avis défavorables émis lors de la consultation publique».
“Un maire n’a pas d’avis à avoir.”
Deux maires accueillant des essais OGM sur leur commune depuis plusieurs années se sont exprimés. Greneville, une commune du Loiret, n’a pas connu de réaction particulière. Le maire estime qu’il n’a pas d’avis à avoir, les autorisations venant du ministère. Monsieur Laurendeau, maire de Valdivienne, dans la Vienne, en accord avec son conseil municipal, n’a pas répondu à l’appel de Ségolène Royal, sa présidente de région, qui incitait les maires à déposer des arrêtés interdisant les OGM. Selon lui, le maire “ doit représenter une population qui demeure partagée sur le sujet.” “ Je ne vois pas pourquoi un maire irait se mettre en infraction avec la loi, surtout que la question des OGM se situe au niveau mondial”, déclare-t-il.