L'édition du Salon de l'agriculture 2014 sera placée notamment sous le signe des machines agricoles de demain. Des drones survolant un champ de blé ? La fiction est en train devenir réalité.
«AVEC les drones, les agriculteurs vont pouvoir faire des économies d'intrants », s'enthousiasme Frédéric Serre, co-fondateur et président du directoire de Delta Drone, la premièreentreprise française de production de drones civils. En investissant dans l'agriculture de précision, Delta Drone entend améliorer la productivité, notamment des producteurs de céréales et des viticulteurs. L'aventure commence avec la publication de l'arrêté ministériel du 11 avril 2012 qui fixe les conditions de développement du secteur des drones à usage civil. « La France est le premier pays au monde à avoir autorisé les drones civils à évoluer dans son espace aérien », affirmait Frédéric Cuvillier, ministre chargé des Transports, en juin 2013. Les drones partent à la conquête du monde civil. « Notre secteur numéro un ? Le monde des mines et des carrières », poursuit Frédéric Serre. Delta Drone affiche sa volonté d'investir les métiers à risques. Et l'agriculture dans tout ça ? « L'idée est d'améliorer la productivité du travail des agriculteurs », rappelle-t-il. Deux robots survoleront les parcelles agricoles pour photographier l'état des cultures. Mais pas que : ces robots pesant entre deux et quatre kilos sont équipés de micro-capteurs qui emmagasinent d'immenses volumes de données. « Il est possible de connaître les déficits hydriques, les déficits en nutriments, etc., des plantes », raconte Frédéric Serres.
EuphorieLes drones sont rois dans le monde de l'innovation. Deux ans après sa création, Delta Drone est cotée en Bourse. Soixante-dix salariés dont quarante ingénieurs travaillent en collaboration avec des scientifiques et des laboratoires. « Nous recrutons encore », ajoute Frédéric Serre. Les drones mobilisent une fourmilière de neurones. La marche technique est franchie. La prochaine étape est de répondre présent au Salon de l'agriculture du 22 février au 2 mars prochains. « Nous y serons, c'est une nécessité », poursuit Frédéric Serres. La campagne de commercialisation française commence le 15 février. Fin 2015, les Etats-Unis devraient « ouvrir leur ciel » aux drones civils. Une perspective lointaine, mais c'est un marché potentiel pour Delta Drone : « Aux Etats-Unis, les immenses parcelles sont adaptées à l'utilisation des drones ». Des drones survolant un champ de blé ? La fiction est en passe de devenir réalité.
Engouement mitigéMais du côté des constructeurs « classiques » de machines agricoles, l'arrivée des drones ne soulève pas autant d'engouement. Thierry Panadero, directeur France de Claas, explique : « Ça ne concerne pas directement notre métier ». Autrement dit : son entreprise travaille pour fournir des outils de travail (tracteurs, moissonneuse-batteuse, etc.) aux agriculteurs. « Mais nous ne fournissons pas d'outils de surveillance, précise-t-il, pour le moment, ce n'est pas d'actualités ».
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L'autre limite reste le prix. Les constructeurs de drones ciblent des agriculteurs individuels sous forme de prestations de service (de l'ordre de 2 000 euros le diagnostic), mais aussi des groupements d'agriculteurs type Cuma (coopérative d'utilisation de matériel agricole). « Les agriculteurs devront s'organiser à plusieurs pour acheter un drone », pense Patrick Perard, président d'Axema, union des industriels de l'agroéquipement.
Big Brother ?« Les drones n'entrent pas en concurrence avec les agriculteurs ou avec les machines qu'ils conduisent », martèle Delta Drone. Une question de temps ? Au Japon, la réglementation autorise déjà les vols de drones civils de 200 à 300 kilos (interdit en Europe). Des drones d'une cinquantaine de kilos opèrent depuis plusieurs années en dehors du simple diagnostic. « Plus de 1 500 exemplaires sont utilisés au Japon pour des traitements agricoles », affirme Pascal Brisset, de l'Ecole nationale de l'aviation civile, dans un rapport publié en août 2004. Les entreprises françaises ont de nouvelles idées. En 2013, l'entreprise Delta Drone a répondu à un appel d'offres lancé par l'Union européenne. Le thème ? Pour une agriculture durable et propre. Frédéric Serre précise : « Il s'agit de contrôler les agriculteurs européens, s'assurer qu'ils appliquent correctement la réglementation ». Le résultat de l'appel d'offres n'a pas encore été annoncé, mais l'idée de Delta Drone circule d'ores et déjà dans les bureaux bruxellois.