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Produits de la mer Le MSC face au déficit de notoriété de la pêche responsable

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Le MSC, le principal label de pêche durable, a initié du 20 au 26 février une semaine d’animations destinées au grand public avec le concours des industriels et des distributeurs qui travaillent avec lui. Toutefois, il reste encore du chemin à parcourir pour que les produits labellisés « pêche responsable » entrent dans le quotidien des Français. Car, même si le label est bien installé en Europe du Nord, en Allemagne ou en Suisse, il reste confidentiel en France. Sur le marché national, il faudra convaincre des industriels de l’afficher et de rémunérer le MSC pour cela, mais aussi des distributeurs et des consommateurs sensibles à la guerre des prix.

Après plusieurs opérations du même type en Europe, le MSC (Marine Stewardship Council) a lancé la semaine de la pêche responsable en France, du 20 au 26 février, en collaboration avec les industriels (conserveurs, traiteur frais, surgelés) et les distributeurs partenaires, mais aussi le label ASC (Acquaculture Stewardship Council), certifiant l’aquaculture responsable. « L’objectif de la semaine de la pêche responsable est de créer un rendez-vous avec les consommateurs sous l’angle commercial mais aussi pédagogique », explique Edouard Le Bart, responsable de programme MSC France.

En effet, les produits issus de le pêche responsable demeurent encore méconnus en France, avec une notoriété limitée auprès des consommateurs. Quand on les interroge, les trois quarts estiment être mal informés sur la pêche durable, selon l’enquête Odoxa/Petit Navire menée en début d’année et dévoilée le 20 février. Et selon l’étude Globe Scan de 2016, seulement 30 % des consommateurs français de produits de la mer ont vu le logo MSC, alors qu’ils sont 37 % au niveau des 21 pays pris en compte par Globe Scan. Dans les rayons, les produits marqués du sceau du MSC se font encore rares : « On dénombre près de 1300 produits avec le label MSC en France », précise Edouard Le Bart, sur un total de 23 000 produits dans le monde. Selon le MSC, cela représente 2 % des volumes des produits de la mer vendus en France. Chez Petit Navire, le leader de la conserve de poisson en France avec environ 30 % de parts de marché, seulement 1 % du chiffre d’affaires de l’entreprise porte sur des produits labellisés MSC, soit 3 millions d’euros sur un chiffre d’affaires total, pour Petit Navire, de 300 millions d’euros en 2016.

2 % des volumes de produits de la mer sont porteur du label

Comment expliquer une présence aussi faible dans les rayons des GMS françaises ? « Il faut savoir que nous ne sommes présents en France que depuis 7 ans, ce qui est assez peu pour qu’un label s’impose, mais surtout, la quantité de produits est encore limitée », explique Edouard Le Bart. Et de poursuivre : « Nous souffrons aussi d’un manque de produits de la mer frais portant le label MSC ».

Opérateur d’un marché de niche, MSC n’en nourrit pas moins de grandes ambitions. Pour cela, il veut s’appuyer sur son expérience européenne. « En Allemagne, en Europe du Nord et en Suisse sont, on trouve beaucoup plus de produits labellisés MSC qu’en France », souligne Edouard Le Bart. Il s’agit de marchés où les consommateurs sont en attente de tels produits et sensibilisés à la préservation des stocks de poissons sauvages pour les générations futures. Et selon le MSC, il n’y a pas de raison que le marché hexagonal n’emprunte pas la même voie. Déjà, entre février 2016 et février 2017, le nombre de produits labellisés en France a grimpé de 16 %, selon lui. Mais le nombre de produits est lié au volume de poisson pêché sous le MSC et seulement 10 % des pêcheries mondiales sont certifiées comme responsables.

Le MSC veut surtout croire dans la demande des consommateurs. Ces derniers seraient partants pour consommer du poisson issu de filières responsables. Selon l'enquête réalisée par Odoxa pour Petit Navire, « 90 % des personnes interrogées jugent que la garantie pêche durable est importante ou prioritaire dans leur choix de produits de la mer, et la même proportion estime être prête à arrêter de consommer des espèces en danger », explique Ségolène de Marsac, directrice marketing de Petit Navire.

Petit Navire compte réaliser 17 % de ses ventes grâce aux produits MSC

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Thai Union, qui représente environ un quart du marché mondial du thon, est très engagé dans la labellisation MSC. En France, sa filiale Petit Navire est encore timide avec seulement 1 % de ses ventes sous label MSC, mais se montre très ambitieuse. En 2014, elle a signé un accord sur le sujet avec WWF. « Nous nous fixons comme but de réaliser 16 % de notre chiffre d’affaires 2017 avec des produits labellisés pêche responsable », annonce Amaury Dutreil, p.-d.g. de Petit Navire. Pour réaliser un tel saut, Petit Navire compte étoffer sa gamme de produits durables avec des conserves de colin et de thon. « Pour le maquereau, cela est rendu possible grâce à l’une des plus importantes pêcheries de ce poison qui est désormais labellisée MSC », explique Amaury Dutreil. D’autres engagements sont pris par Petit Navire parmi lesquels le passage à terme à une production de thon provenant à 100 % de pêcheries certifiées MSC ou inscrites dans un FIP (programme d’amélioration), avec un premier palier fixé à 75 % en 2020. De son côté, la marque alsacienne Escal, qui a réalisé 142 millions d'euros de ventes de surgelés en Europe en 2015, va poursuivre sa conversion à la pêche et à l’aquaculture durables. "Notre gamme est actuellement composée aux deux tiers de références ASC ou MSC et à terme nous proposerons uniquement des produits certifiés et/ou durables" explique Alexia Muller, responsable marketing. 

Toutefois, l’ambition du MSC de proposer plus de produits certifiés peut se heurter à plusieurs écueils. Il faudra d’abord que les pêcheries se fassent certifier en nombre, afin d’assurer les volumes nécessaires au marché. C'est pourquoi la marque Escal n'est pas en mesure de fixer un calendrier précis pour passer à une gamme 100% durable : "Cela dépendra de la disponibilité de produits certifiés chez nos fournisseurs" souligne Alexia Muller. Il faudra aussi que les industriels acceptent de s’inscrire dans cette dynamique et proposent des produits afin que l’offre rencontre la demande. Certains sont engagés, d’autres pas. L’enjeu est aussi financier pour les transformateurs qui doivent s’approvisionner en matière première labellisée qui peut être plus coûteuse. « Comme pour une certification biologique, un industriel voulant obtenir le label MSC doit se faire auditer à ses frais », explique Edouard Le Bart. « En outre, il doit acquitter une redevance de 0,5 % de ses ventes de produits affichant le label MSC », poursuit-il. Ces ressources issues des audits et des redevances couvrent les trois quarts des ressources de MSC, le solde venant de donations de fondations. Le tout pour un budget total de l’organisation au niveau mondial de 15 M£ en 2016.

Comment les acteurs de la filière poisson vont-ils agir ?

Enfin, il faudra que les consommateurs concrétisent leurs achats de produits qu’ils déclarent apprécier à l’occasion des enquêtes. Or, on connaît la sensibilité de ces derniers à la guerre des prix, et les produits porteurs de labels sont en moyenne plus onéreux que les produits conventionnels. Ce qui poussera les industriels à être innovants et à développer des produits plus valorisés. Pour atteindre ses objectifs de développement durable, notamment réduire de 20 % en 2017 par rapport à 2014 ses prises de thon albacore de l’Océan indien, Petit Navire va travailler sur des nouvelles recettes : par exemple, un thon listao (peu apprécié des Français qui lui préfèrent l’Albacore) dont la texture sera améliorée grâce à une cuisson particulière. Il faudra aussi que les distributeurs fassent une place aux produits responsables dans leurs rayons. Petit Navire tient à souligner que le label MSC jouit d’un « bon écho » vis-à-vis des distributeurs. Certains ont d’ailleurs décidé de s’engager plus avant. L’année dernière, Carrefour a certifié MSC et ASC 33 rayons marée, une première sachant que ces labels étaient jusqu’alors présents seulement sur les conserves, les produits frais emballés et les surgelés.

Une semaine de lobbying et un enjeu de communication

Le MSC et certains acteurs de la pêche industrielle ayant opté pour le label de pêche responsable sont l’objet d’attaques régulières de Bloom, une ONG française qui milite pour la préservation des ressources marines. Elle met en cause les labels MSC et ASC, accusés d’avoir une « logique business ». Dans une communication diffusée le 14 février, elle reproche au MSC de « certifier actuellement 7 % de la pêche minotière mondiale, ce qui permet d’ores et déjà de certifier “responsable” une large part de l’aquaculture vorace en poissons sauvages. » Selon Bloom, la pêche minotière (destinée à la fabrication de farines pour l’aquaculture) est responsable de 25 % des captures de poissons depuis 1950. Fin 2016, le MSC a aussi été mis en cause par Bloom pour la certification d’une pêcherie d’empereurs néo-zélandaise, une espèce qu’elle juge en danger (Agra Alimentation du 5 janvier 2017). Et un rapport interne du WWF, qui fait partie des fondateurs du MSC, a émis des doutes sur la fiabilité du label. Quant à Greenpeace, ses militants ont bloqué l’usine Petit Navire de Douarnenez en mai 2016 pour protester contre l’utilisation de dispositifs de concentration de poissons (DCP) pour la pêche au thon par Thai Union, une technique qui n’est pas interdite par le MSC.

CB