Le nécessaire doublement de la production alimentaire mondiale d’ici 2050 est « très incertain » en raison de l’extension limitée des surfaces cultivables et d’une amélioration des rendements plus difficile à atteindre que dans les années 1960. Telle est la conclusion d’un rapport sur le thème « Nourrir le monde en 2050 », présenté le 4 février par l’Académie d’agriculture.
Le doublement de la production alimentaire mondiale d’ici 2050, nécessaire pour faire face à l’augmentation de la population et de la consommation de viande, est « très incertain ». Cela en raison des limites au défrichage de nouvelles terres et de freins à l’augmentation des rendements, qui n’existaient pas lors de la « révolution verte » des années 1960 en Inde notamment. C’est ce qui ressort du rapport sur le thème « Nourrir le monde en 2050 », présenté le 4 février par l’Académie d’agriculture. Ce rapport examine les « voies et moyens pour accroître la production agricole mondiale.
Un maximum de 120 millions d’hectares
La population mondiale, qui devrait passer de six milliards d’habitants en 2000 à neuf milliards en 2050, d’après les démographes, et l’augmentation de la consommation de viande, imposera de porter la production céréalière à quatre milliards de tonnes, contre moins de 1,8 milliard en 2008/09, a exposé André Neveu, ancien adjoint au directeur de l’agriculture de la Caisse nationale de Crédit Agricole.
Par quels moyens parvenir à ce saut de production ? Les experts, tels André Neveu, font leurs calculs. Les surfaces céréalières devront passer de 670 millions d’hectares en 2003 à 800 millions en 2050. Celles d’oléagineux devront passer de 148 à 200 millions d’hectares. Soit 182 millions d’hectares à trouver. Or, d’après la FAO, les superficies cultivées devraient augmenter au maximum de 120 millions d’hectares.
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Des terres moins faciles à cultiver
En outre, les extensions de surfaces cultivées se feront dans des conditions difficiles. Les terres encore disponibles sont moins faciles à cultiver. Enfin, un problème foncier porteur de conflits est en train d’apparaître. On voit surgir des comportements « néo-colonialistes », selon la FAO, de pays d’Asie ou du Proche-Orient qui achètent des terres en Afrique. En outre, le foncier reste peu accessible, tant au Brésil (paysans sans terre) qu’en Inde (intouchables) ou en Afrique (plusieurs propriétaires pour une seule terre).
C’est sur l’amélioration du rendement que doit reposer l’accroissement de la production. Mais il faudra le faire, dorénavant, avec moins de produits de traitement, pour des raisons environnementales, et surtout avec moins d’engrais, pour des raisons énergétiques et d’émissions de gaz à effet de serre. « Il semble que l’augmentation des rendements de céréales tend à s’infléchir », selon André Neveu : supérieure à 2% par an entre 1960 et 1990, elle est de l’ordre de 1% seulement maintenant.
Le doublement de la production agricole « requerra la participation de l’ensemble des forces productives » et « seule une véritable priorité donnée au développement agricole, tant au niveau international que national, pourra assurer des politiques de prix stables et réumérateurs, condition impérative pour réaliser l’objectif requis », conclut le rapport.