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Dossier Niger Le Niger : des éleveurs nomades aux agriculteurs exportateurs

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Au cœur du Sahel, le Niger doit produire son alimentation malgré les sécheresses passées et à venir. Trois types de producteurs occupent le territoire : les éleveurs nomades du Nord, les agriculteurs de la zone agropastorale et les agriculteurs du Sud.

Le Niger, c’est un pays divisé en trois zones climatiques qui déterminent le développement des activités économiques. Le pays est au cœur du Sahel, zone de transition entre le désert du Sahara et l’Afrique tropicale humide. Ainsi, dans le Nord désertique vivent principalement des peuples nomades d’éleveurs. Dans le Sud, une fine bande traversant le Niger d’Ouest en Est qualifiée de « Niger utile » par Aïssetou Dramé Yayé de l’Université Abdou Moumouni à Niamey. C’est une zone de savane où sont concentrées les exploitations céréalières et les exploitations familiales. Entre les deux, la zone agropastorale accueille des agriculteurs pratiquant l’élevage et les cultures. Aïssetou Dramé Yayé résume ainsi : « Le Niger, ce sont des sociétés agricoles et pastorales confrontées à un complexe de facteurs (climat, démographie, épidémies…) limitant considérablement leurs stratégies adaptatives au milieu ». La production agricole augmente depuis plus de 20 ans, mais pas aussi rapidement que les besoins des Nigériens.

Transhumance au-delà des frontières

Les Nigériens étaient 17 millions en 2011 et la croissance démographique est exponentielle depuis plusieurs années : elle est estimée à 3,3% par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation). D’après un rapport de la Banque mondiale publié en 2012, 83% de la population vit en milieu rural. Le nord du pays est occupé par les éleveurs nomades Touaregs. En tout, ils sont 700 000 au Niger, mais leur territoire dépasse la frontière avec le Mali où les Touaregs sont 500 000. Les grands espaces pâturés qui recouvrent le Nord des deux pays sont autant de surfaces gérées en commun par les Touaregs du Mali et du Niger. Si bien qu’il est fréquent que des éleveurs maliens se déplacent vers le Niger pour la transhumance et inversement. Depuis le début du conflit malien, les migrations se font à sens unique : du Mali vers le Niger. Les pouvoirs publics nigériens en sont conscients et accélèrent la construction de puits pour accueillir la surpopulation sur les pâturages nigériens. Dans la zone intermédiaire, dite agropastorale, les femmes et les hommes sont des éleveurs qui cultivent aussi les terres. L’utilisation de ces espaces est l’objet de conflits locaux entre les éleveurs nomades et les agriculteurs de la zone agropastorale. Selon les pouvoirs publics nigériens, ces conflits sont résolus localement : il ne s’agit ni de conflits interethniques ni de conflits organisés par des groupes de personnes. Il n’empêche qu’avec la progression du désert, les conflits d’usages de ces terres pourraient augmenter.

Commerce avec le Niger

Dans le Sud, dit « Niger utile », les exploitations familiales produisent pendant la saison humide (de juin à septembre) des céréales et pendant la saison sèche, par exemple, des oignons et des poivrons grâce à l’irrigation dont la technique commence à prendre de l’ampleur. Ces productions maraîchères sont destinées à la consommation locale, mais aussi à l’exportation. Selon une enquête de consommation des ménages réalisée par la Direction de la statistique nationale, les besoins domestiques en oignons sont de 13 000 tonnes par an. 80% de la production est concentrée dans le département de Tahoua dans le sud du pays. Au-delà de la consommation domestique, les pouvoirs publics voient dans la vente d’oignons un moyen de réduire la pauvreté, et encouragent les maillons intermédiaires de la filière à s’approvisionner auprès des exploitations familiales. Néanmoins, les autorités nigériennes sont aussi conscientes que des progrès en aval sont à faire. Notamment sur la chaîne de conditionnement, de stockage et de conservation. L’exemple de l’oignon n’est pas isolé : c’est aussi le cas pour toutes les productions de rente du sud du Niger (poivrons, sésame…).
En filière animale, les exportations de bétail sont incontournables dans l’économie du pays. Le commerce avec le Nigeria est extrêmement développé car la population vivant de part et d’autre des 1 200 kilomètres de frontières avec le Niger est la même : ce sont les Houassa. Parlant la même langue, les échanges commerciaux se font très naturellement, d’autant que de nombreuses ville-marchés maillent le Nord du Nigéria. Pour les années à venir, l’idée est de créer de la valeur ajoutée en construisant des abattoirs pour exporter de la viande et non plus seulement des animaux sur pied.

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