Abonné

Politique française Le Parti socialiste veut construire un « pacte » avec la « nation agricole »

- - 7 min

Le 1er forum des idées du Parti socialiste a été consacré au secteur agricole. Histoire de montrer que les socialistes dans leur projet politique en prévision de l’élection présidentielle de 2012 s’intéresse à un sujet, jusqu’ici jugé non prioritaire pour la gauche. « L’agriculture concentre tous les problèmes que pose l’économie libérale », a résumé la première secrétaire, Martine Aubry, le 14 juin en déplacement en Saône-et-Loire, dans le département d’Arnaud Montebourg. Elle a pris le temps d’écouter les responsables professionnels du département qui, « sans vouloir noircir le tableau », n’ont pas caché « la grande détresse » du monde agricole. Le PS fait 25 propositions pour une « révolution agricole et alimentaire ». L’ambition est de fixer une orientation à des agriculteurs « qui ne savent plus ce qu’on attend d’eux ».

Le Parti socialiste (PS) veut faire la « révolution agricole et alimentaire ». Pas moins. Le 1er forum des idées du Parti socialiste, intitulé « Pour une révolution agricole et alimentaire » s’est tenu à Cluny en Saône-et-Loire, le 14 juin en présence de la première secrétaire Martine Aubry et d’environ deux cents invités. L’occasion pour le PS de faire 25 propositions sur le sujet agricole qui symbolise « le système libéral qui ne fonctionne plus », a expliqué Martine Aubry. Celle qui « connaît bien le monde agricole » selon sa formule, en ayant comme beaucoup de Français des grands-parents agriculteurs, veut construire « un pacte » avec la « nation agricole ». « Il n’y a pas de société vivable sans agriculture forte », a-t-elle lancé face aux syndicalistes du département qui évoquaient « la détresse du monde paysan sans vouloir noircir le tableau ». Face à « des crises agricoles qui n’en finissent pas », dit-elle, il faut penser autrement ». Le risque, explique la première secrétaire, est « de lâcher un élément essentiel et fondamental économiquement parlant ». Plus mesurée que Germinal Peiro, sur l’utilisation du terme de « révolution », Martine Aubry « estime nécessaire d’arrêter de mettre des rustines, après des rustines » comme le fait, par exemple, le plan d’aides que Nicolas Sarkozy a mis en place pour accompagner le monde agricole en crise.
Face à cette situation de crise du monde agricole – 40 000 agriculteurs supplémentaires ont fait des demandes de RSA (revenu de solidarité active) cette année, et plus de 10 % dans le seul département de Saône-et-Loire –, Martine Aubry est convaincue qu’il ne faut pas proposer « un modèle d’assistance » aux agriculteurs mais des lignes directrices. Ce qui rompt avec les critiques habituellement faites aux socialistes d’être trop centrés sur le social, voire l’assistanat.

Des politiques publiques
Pour autant, le PS dans ses 25 propositions défend « une politique de soutiens publics » et la considère comme « indispensable ». Elle se décline notamment pour promouvoir le développement de valeur ajoutée dans chacune des filières agricoles ; accompagner les agriculteurs dans leur engagement en faveur d’une agriculture durable, et soutenir la recherche publique… Des politiques publiques qui ne sont pas quantifiées ni évaluées financièrement dans le projet socialiste.
Le PS se place logiquement « en opposition » avec les propositions néolibérales de l’OMC et demande « un régime particulier de l’agriculture dans le cadre de l’OMC » et non pas de sortir l’agriculture de l’OMC. Le PS considère que « le droit des peuples à se nourrir est un droit fondamental ». C’est dans ce cadre, que le PS « promeut la relocalisation des productions agricoles à l’échelle mondiale ». « Il faut produire là où les gens ont faim ! ». Cette relocalisation des productions est déclinée au niveau européen mais aussi au niveau français. Au niveau européen, « la France doit promouvoir le principe d’une production locale devant satisfaire les besoins locaux ». Et à l’échelle de la France, il s’agit de mettre en place« un plan ambitieux de relocalisation de son agriculture à l’échelle nationale », peut-on lire dans les propositions de PS. Le porte-parole de la Confédération paysanne du département, Christophe Brethenet, favorable à cette orientation, estime qu’elle nécessite des aménagements. « Privilégier une consommation de plus en plus locale, dans notre département d’élevage extensif cela voudrait dire que la consommation de viande par habitants devrait passer à 37 kg/an, ce qui n’est pas possible », a-t-il expliqué, soulignant que la production est aussi à destination du marché italien. « Il faut accompagner cette mutation », a-t-il prévenu.

Des conventions de filière
C’est sans surprise aussi que la régulation est prônée dans le document. Mais il s’agit d’une « régulation publique des marchés alimentaires agricoles ». Les pouvoirs publics doivent intervenir grâce à des moyens jugés « efficaces » comme « les quotas, droits à produire, stockage public ou privé ». Des outils qui n’ont rien de « révolutionnaires » mais plutôt un air de déjà vu. Au niveau national, pour que les filières se dotent de « capacité de régulation », le PS propose le « développement de conventions de filières ». Il s’agit d’une « contractualisation collective au sein de structures interprofessionnelles qui permettront, par exemple d’assurer un prix minimum pour les producteurs ». Toute ressemblance avec la contractualisation proposée dans la loi de modernisation agricole est purement fortuite ! Pour Germinal Peiro, député de Dordogne en charge des questions agricoles au PS, l’idée est d’impliquer plus de deux acteurs, à savoir les producteurs et les industriels mais aussi la grande distribution.
Logiquement le PS se montre très en pointe sur les problématiques sociales et le principe d’équité. Et l’agriculture ne fait pas exception. Ainsi, « la France doit exiger une harmonisation des règles sociales et environnementales » en Europe. Elle doit promouvoir « le juste échange ». Le PS demande la mise en place de dispositifs permettant d’examiner le contenu social et environnemental des produits agricoles entrant dans l’espace européen. Ce que le gouvernement actuel tente de faire passer au niveau européen sans succès jusqu’ici.

Réconcilier agriculture et environnement
Sur le sujet de l’environnement, le PS ne force pas le trait dans son programme, finalement très « light » sur cette question qui n’est évoquée que dans une des 25 propositions. « Rompre avec l’utilisation systématique des pesticides, d’engrais, le gaspillage de l’eau et des énergies fossiles est devenu aujourd’hui indispensable », précise le texte. Martine Aubry parle de « réconciliation entre l’agriculture et l’environnement ». Sans doute pour ne pas froisser un électorat qui exprime régulièrement son ras-le bol face aux nouvelles contraintes franco-françaises. « Je ne dirai pas que cela commence à bien faire avec l’environnement ! », a-t-elle toutefois lâché, faisant référence à la « sortie » du chef de l’Etat au Salon de l’agriculture. Sous le feu de l’actualité, le dossier des retraites et du régime agricole est aussi abordé. Le PS demande que la « retraite complémentaire obligatoire soit étendue aux conjoints d’exploitants et aux aides familiaux ».
Plus novateur, le PS « exige une révision complète de la répartition des aides directes actuelles » de la Pac. Le critère de l’emploi doit être prioritaire dans la répartition des aides. Les deux piliers de la Pac (soutiens directs et développement rural) devraient être fusionnés. Enfin, le pluralisme syndical sera reconnu « au sein de tous les organismes interprofessionnels ». Cette pluralité syndicale s’est déjà manifestée concrètement lors de ce premier forum des idées. L’ensemble des syndicats agricoles a été invité à débattre lors d’une table ronde. Une méthode déjà pratiquée par Bruno Le Maire dans ses phases de consultations sans pour autant la généraliser dans la loi de modernisation agricole pour les organisations agricoles.

 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.