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Aviculture Le poulet français à la reconquête des marchés

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Une semaine après la présentation du plan d’actions pour l’aviculture française, les interprofessions de l’aviculture française se réunissaient le 25 avril à Angers pour leur assemblée générale. Une des ambitions est claire : reconquérir le marché du poulet.

«Il n’y a plus d’ambiguïté : pérenniser le poulet grand export français sera un des leviers de reprise de l'aviculture en France », a déclaré Daniel Sauvaget, p.-d.g. de Tilly-Sabco, lors de l'assemblée générale des interprofessions de l’aviculture française rassemblant le Cidef (dinde), le CIPC (poulet de chair), le Cicar (canard à rôtir) et le CIP (pintade), le 25 avril à Angers. Une semaine plus tôt, Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l’agro-industrie, révélait le plan d’action pour l’aviculture française, dont un des piliers consiste à identifier les opportunités de marché : poulet standard et poulet grand export. Sur le premier, le marché national est à reconquérir. Sur le second, le marché Proche et Moyen-Orient est à pérenniser.

Combler le gap avec le Brésil

Le poulet grand export français part vers la Russie, le Proche et Moyen Orient où, comme l’explique Daniel Sauvaget, la population d’Arabie saoudite augmente d’une manière « vertigineuse » et le pouvoir d’achat avec. De l’autre côté de la Méditerranée, en France, 23% de la production française est destinée à l’export : « Un poulet breton sur deux est destiné au grand export ». Il s’agit de poulets entiers légers congelés. Historiquement, le principal concurrent sur ce marché est le Brésil qui détient 80% des parts de marché, laissant le reste aux Français. Selon Daniel Sauvaget, la différence de prix entre le poulet brésilien et le poulet français est de 350 euros la tonne. Les restitutions à l’export, déjà bien diminuées, vont être amenées à disparaître totalement. « Structurellement, nous devons combler ce gap. Nous pensons économiser ces 350 euros de différence sur l’amont, sur l’industrie et sur des mesures d’accompagnement ». Concrètement, il nous faut automatiser les outils, valoriser les déchets de l’industrie. « Des négociations sont en cours pour financer cela avec les nouveaux opérateurs », ajoute le patron de Tilly. Sur l’amont, « l’économie de 120 euros par tonne équivalent carcasse, c’est 90 euros sur la tonne de vif ». Comment trouver ces 90 euros dans les élevages? Pour Daniel Sauvaget, cela passera par une amélioration des performances zootechniques, une meilleure saturation des bâtiments en lien avec l’activité des accouveurs ou encore un ajustement du prix des matières premières ce qui, par ailleurs, remet sur le tapis la question non résolue des relations contractuelles céréaliers-éleveurs. Enfin, dans le cadre de la PAC, il faudra mettre en place un fonds d’accompagnement et d’adaptation de la filière grand export pour aller vers un modèle sans restitutions.

Faire face au bassin Nord-européen

« Le bassin de production breton fait face au bassin de production du nord de l’Europe (Pays-Bas, Allemagne, Belgique) », a rappelé Christian Renault, économiste du cabinet Agriculture Nutrition et Développement International (ANDI) le même jour. Ce sont précisément ces pays qui ont pris les parts du marché national que la filière française rêve de reconquérir. L’économiste a révélé les résultats d’une étude sur les flux d’importation de la volaille en France. Qui importe quoi et de quels pays ? Le taux d’importation de poulet est respectivement de 60% et 65% pour la Restauration hors domicile (RHD) et pour l’industrie de la transformation. Côté RHD, l’exemple des cantines scolaires est présenté. Un repas coûte 1,50 euro par personne. Sachant qu’il faut y mettre 100 grammes de viande, le calcul est rapide, le choix de la stratégie approvisionnement de la RHD l’est tout autant : trouver le moins cher. L’origine du poulet est belge, néerlandaise, allemande. « Les exigences qualitatives sont moins fortes qu’en industrie ». Justement, côté industriels, un transformateur interrogé lors de cette étude confie que les Français sont les plus chers des pays européens. Par exemple, sur un filet de poulet, pour un indice de prix de 100 en France, il tombe à 87 dans l’Union européenne à 15, à 82 dans l’UE à 27 et à 74 au Brésil ou en Thaïlande. Mais l’industrie a des critères de qualité qui n’aboutissent pas systématiquement à acheter le moins cher. La preuve : la majorité des importations se font au sein de l’UE qui propose des produits frais mieux appréciés que les produits congelés transportés par bateau depuis le Brésil. Enfin, sur le segment découpe de poulets standards premier prix, qui reste un des produits les plus vendus en grandes et moyennes surfaces (GMS), l’enquête menée par l’ANDI révèle qu’une entreprise du bassin nord-européen, mais de dimension internationale, est déjà sur le marché breton : les produits importés sont moins chers et certains distributeurs les jugent supérieurs aux productions françaises (poids fixe, barquettes simples, gamme courte, 100% végétal contrôlable). Ces offreurs sont d’autant plus puissants qu’ils ne sont pas dépendants du marché français. Par ailleurs, la filière avicole garde un œil sur les pays de l’Est du continent qui progressent à vitesse grand V. La Pologne, membre de l’Union européenne, est déjà sur la liste des fournisseurs de deux des cinq centrales d’achat française. L’Ukraine, non membre de l’Union européenne, est sur liste d’attente, en attendant que l’Accord libre-échange avec l’UE soit débloqué.

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