La tonne de blé atteint une valeur historique, après l’annonce par l’Inde d’un embargo à l’export. Cette décision ravive les tensions sur les marchés.
Jusqu’où ira-t-il ? Le cours du blé a atteint 438,25 €/t le 16 mai sur Euronext, un nouveau sommet. Cela efface le précédent record de 422,50 €/t le 7 mars, au moment de l’invasion russe en Ukraine. Un nouvel évènement secoue la planète céréalière. L’Inde a décidé le 14 mai d’interdire ses exportations, face à une production menacée par la canicule. Sur les marchés mondiaux, le choc est d’autant plus rude que ce petit Poucet du blé montait en puissance : le pays, deuxième producteur mondial (109 Mt récoltées en 2021), avait exporté 7,2 millions de tonnes en 2021 (2,1 Mt en 2020) et tablait sur 10 millions cette année, apparaissant désormais comme une des alternatives possibles au blé ukrainien.
Forte sécheresse en Europe de l’Ouest
La flambée des cours s’explique aussi par la météo dans d’autres bassins de production. « En France, et d’une manière générale sur l’ouest de l’Europe, le déficit hydrique conjugué à des températures inédites pour la saison laissent craindre une révision à la baisse des rendements », a indiqué le 18 mai la société Agritel. « Les orages du week-end n’ont apporté que peu de pluie, voire rien localement. » Ces nouvelles arrivent au plus mal : l’Ukraine devrait voir sa production amputée d’un bon tiers cette année, a indiqué le 12 mai le ministère américain de l’Agriculture (USDA), n’estimant plus qu’à 10 Mt la capacité d’exportation du pays en 2022, contre 19 Mt de blé un an plus tôt. L’USDA table sur une production mondiale de 774,8 Mt de blé, soit 4,5 millions de moins qu’en 2021-22, d’après son rapport mensuel. « La réduction de la production en Ukraine, en Australie et au Maroc n’est que partiellement compensée par des augmentations au Canada, en Russie et aux États-Unis », avance le ministère.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Déjà à un niveau inédit, le prix du blé a augmenté de 50 % depuis le début de la guerre et restait soutenu du fait des risques actuels de sécheresse dans le sud des États-Unis et en Europe de l’Ouest. Alors que le conflit s’enlisait en Ukraine et en attendant les nouvelles récoltes australiennes et canadiennes, le blé indien, en cours de récolte, avait jusque début mai un peu soulagé des marchés sous tension, notamment au Moyen-Orient et en Asie, clients traditionnels de l’Inde. L’embargo indien sur le blé, qui fait écho à celui de l’Indonésie sur l’huile de palme au nom de la souveraineté alimentaire, promet de maintenir la pression dans les pays importateurs, comme le Maroc, dont la production de céréales va baisser de plus de 60 %, ou l’Irak, où le manque d’eau a conduit à réduire de moitié les surfaces cultivées. Pour des observateurs du marché, les prix vont rester soutenus car « la demande est toujours là ».