Pernod Ricard, numéro 3 mondial des vins et spiritueux, se dit sûr de pouvoir s’emparer du numéro 2, le britannique Allied Domecq, qui lui apporte de nombreuses grandes marques lui permettant à terme de talonner le leader mondial Diageo. Il n’empêche, l’américain Constellation Brands prétend étudier une contre-offre tandis qu’en Australie, une fusion entre Foster’s et Southcorp priverait le groupe français de son nouveau rang de numéro 2 mondial du vin.
Pernod Ricard a finalisé son offre amicale sur la totalité du capital du groupe Allied Domecq avec l’approbation du conseil d’administration du groupe britannique. Les actionnaires des deux groupes devraient avaliser le rachat fin juin pour une clôture de l’opération fin juillet. L’événement est l’un des plus important de l’histoire de Pernod Ricard et c’est jusqu’à nouvel ordre la plus grosse OPA de l’année : dans ce secteur, on n’en avait pas vu de cette taille depuis la fusion en 1997 de Guinness et de Grand Met dont est issu Diageo, le britannique n°1 mondial du secteur.
Le groupe français devient clairement numéro 2 mondial (et N°1 en dehors des Etats-Unis où il se hisse quand même de la huitième à la quatrième place). Il voit le volume de ses caisses de vins et spiritueux vendues dans le monde grimper de 50 à 77 millions de caisses de 9 litres. Il se rapproche ainsi de Diageo (91 millions de caisses) même si l’« écart reste important », comme l’admet Patrick Ricard.
Un CA porté à 5,8 milliards d’euros
Pernod Ricard va aussi faire passer son chiffre d’affaires de 3,5 à 5,8 milliards d’euros (+54%), encore loin derrière le géant britannique, qui a réalisé près de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour son exercice 2003-2004. Pour Pernod Ricard, l’affaire sera profitable rapidement, son résultat opérationnel devant doubler à 1,45 milliard d’euros.
Un tiers de l’activité vins et spiritueux de Allied Domecq, dont le cognac Courvoisier, va être cédé à l’américain Fortune Brands, le partenaire du groupe français dans cette opération, qui lui aussi va doubler de taille à cette occasion.
20 des 100 plus grandes marques
En achetant son concurrent britannique Allied Domecq, le groupe français Pernod Ricard met la main sur des marques prestigieuses, ce qui va lui permettre de détenir désormais 20 des 100 plus grandes marques mondiales de spiritueux.
Aux étiquettes connues que comprenait son portefeuille – les whiskies Chivas Regal, Clan Campbell, Glenlivet, le cognac Martell, le gin Seagram’s, le whiskey irlandais Jameson, le rhum cubain Havana Club et le bourbon américain Wild Turkey, Pernod Ricard va désormais pouvoir ajouter le whisky Ballantine’s, le scotch Imperial, le gin Beefeater, la liqueur à base de rhum Malibu, les droits de distribution de la vodka russe Stolichnaya et les liqueurs au café Tia Maria et Kahlua.
Pernod Ricard détiendra 20 (dont 8 proviennent d’Allied Domecq) des 100 plus grandes marques « haut de gamme » de spiritueux, le pastis Ricard, au 8e rang, étant encore le plus vendu, avec 6 millions de caisses.
Le groupe français acquerra aussi de nombreuses marques locales telles qu’Imperial en Corée du Sud, Wiser’s au Canada et Presidente au Mexique.
Nouveau n°2 mondial du vin
« Le champagne nous intéresse également, notamment pour le monde de la nuit et pour la Chine », a déclaré devant la presse le p.-d.g Patrick Ricard, ravi que tombe dans son escarcelle les marques Mumm, numéro 3 au monde, et Perrier Jouët. L’opération donne également naissance à « un nouveau géant » dans les vins, car Pernod Ricard, avec désormais 23 millions de caisses de 9 litres, va talonner l’Américain Constellation Brands (33 millions de caisses) pour le secteur des bouteilles dont le prix est supérieur à 3 dollars.
Pernod Ricard, qui s’est retiré du secteur du vin en France depuis la vente de la SVF puis du champagne Besserat de Bellefont il y a de nombreuses années, va pouvoir notamment ajouter à son emblématique vin australien Jacob’s Creek les vins espagnols Campo Viejo et Siglo, le numéro 1 du vin néo-zélandais Montana et le californien Mumm Cuvée Napa.
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Quatre ans après l’acquisition de 39,1% du canadien Seagram, et de nombreux rapprochements dans le secteur des spiritueux, Pernod Ricard se devait de participer à la course à la consolidation. Sa position de troisième opérateur mondial l’aurait marginalisé ou fragilisé, le transformant en cible et non plus en prédateur, selon les analystes. Par ailleurs, le fait que l’OPA se fasse sur une base amicale réduit les chances d’une éventuelle contre-offre, et donc d’une bataille de surenchère.
Afin de s’offrir cette proie un tiers plus grosse que lui, Pernod Ricard déboursera 4,6 milliards d’euros en cash et 2 milliards en titres Pernod Ricard (une émission de 17,48 millions de titres correspondant à une augmentation de 20% du capital du nouvel ensemble, ramènera la part de la famille Ricard de 12,1% du capital à un peu moins de 10%). Il laisse son allié Fortune Brands, qui reprend sa quote-part du passif, payer 4,1 milliards d’euros en numéraire pour acquérir quelques uns des joyaux d’Allied Domecq.
300 M EUR de synergies
Pour financer l’OPA, d’un montant de 10,7 milliards d’euros auxquels s’ajoutent 2,6 Mds d’endettement d’Allied Domecq, Pernod Ricard « empruntera environ 9 milliards d’euros » auprès d’un groupe de banques, cet argent servant également à assurer le besoin en fond de roulement du nouvel ensemble et à refinancer une partie de ses dettes existantes ainsi que sa quote-part de celles d’Allied Domecq.
L’impact financier pour le groupe français sera double : d’un côté, Pernod Ricard supportera des charges de restructuration, y compris de suppressions d’emploi, de l’ordre de 450 M EUR, de l’autre le groupe attend 300 M EUR de synergies avant impôt à l’horizon 2008 du fait de cette opération et un allègement relatif des frais de structure qui passeraient de 19% à 16% du chiffre d’affaires.
Par ailleurs, les cessions d’actifs vont à terme alléger la charge de l’opération. Celles qui sont déjà prévues sont mineures, portant sur 100 à 200 M EUR, à l’exception de la branche de restauration rapide d’Allied Domecq, avec les enseignes Baskin Robbins pour les glaces, Dunkin Donuts (beignets) et Togo’s (sandwichs), qui sera mise aux enchères. Elle a vu son résultat opérationnel bondir de 36% à 45 milliards de livres portant sa rentabilité opérationnelle à 36,6% du chiffre d’affaires : estimée à 1,5 milliard d’euros, elle attirerait de nombreux candidats.
Enfin d’ici 2008, Pernod Ricard compte introduire en bourse les 23,75% du capital dont il hérite dans Britannia, le leader britannique des boissons sans alcool.
Des cessions à Fortune Brands pour satisfaire Bruxelles
L’américain Fortune Brands, associé à Pernod Ricard dans cette OPA, possédait déjà le bourbon Jim Beam et il va récupérer le cognac Courvoisier, le whisky Canadian Club, le bourbon Maker’s Mark, la tequila Sauza et le scotch Laphroaig, les vins californiens dont la marque Clos du Bois, ainsi que les principales marques locales d’Allied Domecq en Espagne (whisky DYC, brandy Centenario, Castellana, Fundador), au Royaume-Uni (whisky Teacher’s, sherry Harvey’s, porto Cockburn) et en Allemagne (Kuemmerling, Jacobi). Pernod Ricard lui revendra également sa marque de gin en Espagne, Larios.
Ainsi seraient contournés les problèmes de concurrence qu’aurait pu soulever la Commission européenne. En effet, l’acquisition d’Allied Domecq, numéro 2 mondial des vins et spiritueux par le numéro 3 Pernod Ricard agissant seul aurait pu se heurter à son refus : sans les cessions d’ores et déjà prévues avec Fortune Brands, la transaction aurait risqué de donner à Pernod Ricard une part de marché élevée sur les marchés du gin et du whisky en Espagne, une position dominante sur le marché du cognac au Royaume-Uni et une forte présence sur le marché de la tequila en Europe de l’Est.
Mais, grâce à son accord de cession d’actifs au groupe américain, Pernod Ricard devrait avoir le feu vert de la Commission européenne, sans même que celle-ci ouvre une enquête approfondie.