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Le ralentissement du bio souligne ses relais de croissance

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Le chiffre d’affaires du bio aurait diminué de 68 millions d’euros entre 2020 et 2021, un événement rare pour une filière habituée à une croissance à deux chiffres. Mais le ralentissement épargne les circuits courts, la restauration collective ou encore le vin, autant de nouvelles locomotives pour la croissance du marché. Et que des territoires comme la Drome expérimentent déjà localement.

« Atone ». Voilà comme le président de l’Agence bio Loïc Guines décrit le marché actuel de l’agriculture biologique. Car dans un secteur habitué depuis plusieurs années à une croissance à deux chiffres, les derniers éléments publiés mi-juin déçoivent et inquiètent. Entre 2020 et 2021, le chiffre d’affaires de la bio aurait reculé de 68 M€ pour atteindre 13,3 milliards d’euros (Md€), soit une baisse de 1,34 %. Un recul que l’agence explique par la crise du coronavirus, qui a bousculé les habitudes alimentaires, mais aussi par la multiplication des labels aux promesses environnementales alternatives, tel que la HVE.

Certains aspects peuvent consoler. La bio n’est pas isolée, puisque le marché de l’alimentaire dans son ensemble a perdu en dynamique, avec un recul de 2,28 % de la consommation alimentaire annoncée par l’Insee sur un an. D’autre part, en excluant une année 2020 marquée par les confinements, les ventes restent en croissance de 11 % par rapport à 2019. La baisse française reste en revanche une exception européenne, puisque la consommation aurait, à l’inverse, augmenté de 6 % en Allemagne (16 Md€), ou de 9 % en Espagne.

Dans le même temps, la SAU bio française a continué de progresser de 9 % sur un an, pour atteindre 2,8 Mha en 2021 (10,3 % de la SAU), soit la première surface européenne. « Les jeunes qui s’installent sont attirés par la bio, et nous devons trouver les moyens d’accueillir toutes ces nouvelles fermes », prévient Loic Guines. Principale solution pour la directrice de l’Agence bio Laure Verdeau : « Stimuler la consommation », notamment au travers de campagnes dans les médias grand public, telle que celle lancée au printemps.

Restaurants et cantine en ligne de mire

Dans les tableaux de chiffres publiés par l’Agence bio se dessine peut-être le tournant du secteur. Alors que la grande distribution captait jusque-là la plus grande part de la croissance, le recul de chiffre d’affaires s’explique cette année avant tout par une baisse de 370 M€ des ventes en GMS généralistes, un marché bio de 6,7 Md€. À l’inverse, les artisans et les magasins en vente directe voient leurs ventes augmenter respectivement de 6 et 8 % sur un an, pour atteindre ensemble 2,4 Md€. Et le chiffre d’affaires bio en restauration hors domicile a, lui aussi, progressé de 20 % sur un an, pour atteindre 610 M€, un peu moins que le niveau pré-Covid.

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Ce marché-là, selon l’Agence bio, pourrait être l’un des prochains eldorados. Car selon les estimations de l’agence, seuls 2 % des 13,9 Md€ d’achats annuels de la restauration, soit un peu moins de 2 %, seraient actuellement certifiés AB. « Le premier produit bio à rentrer dans les menus est le vin », précise Laure Verdeau. Certains restaurants, poursuit-elle, se montrent encore frileux, notamment par peur de devoir faire certifier l’ensemble du restaurant. Mais d’autres, comme la cheffe trois étoiles Anne-Sophie Pic, proposent déjà des caves entièrement bio.

La restauration collective ne semble pas non plus encore adepte du bio. Si le chiffre d’affaires a augmenté entre 2020 et 2021 pour atteindre 377 M€, il reste inférieur aux achats de 2021 (390 M€). L’application de la loi Egalim devrait accélérer les choses de ce côté-là. Le conseil général de la Drôme revendique par exemple déjà 41 % de produits bio en moyenne dans les assiettes de ses collégiens. Principal obstacle pour aller plus loin : l’approvisionnement. « On a du mal à structurer les filières », regrette Franck Solignac, vice-président du département.

Vers une restructuration du marché

La situation actuelle pourrait aboutir à une restructuration de la grande distribution bio. « Il y a déjà eu quelques annonces, mais des magasins vont fermer, et certaines enseignes vont changer de main », prévoit le président de Biocoop Pierrick de Ronne. Des éléments qui ne l’inquiètent pas outre mesure, lui qui se souvient des turbulences déjà traversées en 2008. À l’époque, le marché européen avait reculé de 4 %, principalement en raison d’un recul de chiffres d’affaires en Allemagne, mais la dynamique s’était maintenue en France.

Pierrick de Ronne n’en reste pas moins optimiste. Dans le scénario tendanciel, présenté par la fédération des distributeurs et transformateurs Natexbio le 14 juin, la croissance est d’ailleurs prévue à 5 % annuels. Dans cette trajectoire la bio pourrait alors peser 19 Md€ et 13 % de la SAU à horizon 2027. L’atteinte de l’objectif de 18 % de SAU bio prévu par le plan stratégique national (PSN) de la future Pac reposera en revanche, selon Pierrick de Ronne sur « une volonté politique forte ». À défaut de ce soutien, la bio pourrait suivre la trajectoire « défavorable » identifiée par Natexbio, avec une croissance très faible aboutissant à 9,4 % de SAU bio et à un marché de 13,4 Md€ d’ici à 2027.

En restauration hors domicile, le chiffre d’affaires a progressé de 20 %

« Des magasins vont fermer, et certaines enseignes vont changer de main »